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 La ville d’Ikoni endeuillée : quel est le rôle de l’Armée ?

  La ville d’Ikoni endeuillée : quel est le rôle de l’Armée ?
 
Quelle est la place de l’Armée dans un pays comme le nôtre? A-t-elle des responsabilités ? Quels sont ses devoirs et obligations vis-à-vis du peule, à la fois régi par «  le Droit africain, romain et musulman »?  Il est en effet légitime de se poser ces questions eu égard à ce qui s’e passé à Ikoni.

Dans la nuit du dimanche au lundi 10 décembre, journée mondiale de la déclaration universelle de droit de l’Homme, l’Armée comorienne a tiré à balle réelle dans la ville d’Ikoni sur une population non-armée, entraînant sur son passage  1 mort et plusieurs blessés dont deux gravement. Et pour cause : une affaire banale qui concerne un dédouanement de deux véhicules dont les propriétaires, des jeunes issus de la diaspora comorienne de Marseille et originaires de cette même cité Djabal, ont été la cible d’une Armée indisciplinée.
 
Que s’est-il passé réellement ? 
 Deux jeunes d’ikoni se sont rendus à la Douane des Comores  à Moroni pour payer et récupérer leurs véhicules en provenance de Marseille. Une fois le règlement des frais de dédouanement effectué, estimés à plus de 6000 euros au trésor public, ils sont allés ramener leurs véhicules chez eux, comme la plupart des citoyens. Sauf que le directeur de Douane s’y était opposé au motif que ces véhicules seraient volés en France. Il demande alors aux deux jeunes de produire une pièce justificative au près de l’interpol qui a une base à Moroni, afin de justifier que ces véhicules ne sont pas volés. Or, c’est bien le cas. Ces jeunes ont reconnu qu’ils étaient bien volés. Depuis plusieurs années, cette pièce justificative est obligatoire pour dédouaner un véhicule venu de l’étranger. C’est Interpol en accord avec les Comores qui produit ce document, la police internationale dont le siège est basé à Lyon,  qui lutte contre la contrebande et procède à des arrestations des suspects recherchés partout dans le monde. Les deux jeunes demandent à être remboursés de leurs frais déjà versés au trésor, mais hélas, une fois de plus, L’institution ne l’entendait pas de cette oreille. Ils ont ensuite saisi la justice qui leur a donné raison dans une décision du tribunal de Moroni ordonnant le dédouanement immédiat de véhicules en questions. 
 
Un refus Malgré une décision de justice 
 
Les autorités de la Douane de Moroni ont opposé une fin de non-recevoir malgré la décision de justice. Obstinés à ne pas lâcher, les jeunes versent dans l’incompréhension totale. Pire encore, quelques jours après, ils apprennent qu’un autre jeune originaire de la ville du président, dans le même cas qu’eux, a réussi quand -même à dédouané son véhicule sans problème. Tout en sachant que le directeur de la Douane est aussi originaire de la ville de Mitsoudjé, tout comme le président. Favoritisme ou justice à deux vitesses?
 
Décider à faire justice eux-mêmes 
 
Excédés par cette injustice, les jeunes se sont décidés de se faire justice eux-mêmes. Formés en petit commando, ils sont descendus à la Douane d’une manière violente pour ramener par la force leurs biens comme la justice n’est plus respectée dans ce pays. L’opération a été un succès, et sont parvenus à ramené les véhicules chez eux à Ikoni. En réponse, un contingent militaire et des éléments de la gendarmerie ont été déployés dans cette ville, complètement quadrillée. Ils se sont mis à tirer alors que ces jeunes n’étaient pas armés. Par riposte, les jeunes leur lançaient des cailloux. Vers 4 heures du matin, le bilan est lourd : un jeune tué par balle, plusieurs blessés dont deux grièvement, ont été évacués à l’étranger. Face à un tel drame, beaucoup de questions taraudent l’esprit des Comoriens. 
 
 
L’injustice engendre la révolte et la désobéissance civile
 
Cette affaire a mis en évidence trois phénomènes très intéressants. D’abord, sur le plan sociologique, Pierre Bourdieu, un des sociologues du XX eme siècle, a dit que « lorsque dans une société, le droit et la justice sont foulés au pieds par les puissants, il ne peut qu’en engendrer la révolte et le désordre chez les faibles ». Cette volonté de n’obéir ni à la justice pour rembourser les droits, ni de dédouaner les véhicules, s’est soldé par la désobéissance qui a entraîné la mort des être humains et des blessés dont le pronostic vital est engagé. Celle-ci met en évidence le malaise qui règne au plus sommet du pouvoir mais aussi le mal-être du peuple comorien désabusé.
 
Ensuite, sur plan religieux, le droit musulman interdit de tuer des personnes gratuitement, privilégie le dialogue et l’entraide. Or, dans le chapitre 46, verset 7 : «  Aider vos semblables et ne les tuer point. Car celui qui tue doit être tuée à son tour ». « Wamntalakoutila ».  Les forces de l’ordre ont la responsabilité de procéder toujours par la voie du consensus. Or, ce qui s’est passé est le contraire de ces principes. Quant au droit romain dont nous régissons à 80%, comme la « déclaration universelle de droit de l’homme, la charte des Nations-unies , entre autres», il est interdit de faire usage de la force et de tirer à balle -réeelle sur son peuple. Alors qu’il n’ y’a pas péril de l’Etat. 
 
Sur le plan politique, c’est un message fort chargé de symbole à l’endroit du peuple. D’abord, les autorités ne cherchent pas la voie de consensus et du dialogue dans une période d’émergence. Ensuite, cala prouve la paranoïa du pouvoir qui veut toujours  faire de l’exemple afin de maintenir l’autorité dans une période préélectorale et où l’affaire de la Médina à Anjouan a laissé des séquelles sur l’autorité de l’Etat. Mais faisant ça, le président Azali a saboté tout principe de cohésion et de fédération du peuple au tour de sa  supposée candidature. 
 
Mission principale de l’Armée 
 
Quelle est la mission de l’Armée, est-ce défendre le peuple et les frontières lors d’une agression extérieure ou tirer sur sa propre population non armée ? N’est-ce pas la gendarmerie et la police qui sont chargées du maintien de l’ordre?
Pourquoi le service de Douane passe outre une décision de justice, est-ce pour l’intérêt du pays ou celui du directeur de la Douane ? Pour rappel, le ministre Kiki avait déclaré un jour : « la loi ne m’empêchera pas de poursuivre mes actions ». Et pourquoi la Douane comorienne accepte par la demande d’interpol de se substituer  aux douaniers français qui ont la responsabilité de surveiller leurs frontières? Sommes-nous encore dans un département ultramarin Français ?
 
Il semblerait que certains citoyens ikoniens auraient remercié le gouvernement pour avoir pris en charge les blessés en les évacuants par avion médicalisé vers Madagascar. Mais si cela est avéré, pourquoi ces personnes ont-elles manqué l’occasion de remercier le ou les commandants qui ont pris la décision d’envoyer les militaires chez eux pour les tuer? Il semblerait que depuis quelques années, les véhicules dits suspectés de faire l’objet d’un vol seraient retenus à la douane. Pour faire la lumière sur ces véhicules, nous appelons la rédaction du journal numérique le mohélien et le journaliste Abdallah Agoi d’entreprendre une enquête pour faire la lumière sur cette affaire.
 
Mbadakomé
 

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