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A Anjouan, la paix des hypocrites…

Par Faïssoili Abdou


Photo provenant de la page facebook de Beit-Salam

Une marche « pour pérenniser la paix et la sérénité tant réclamée par les Anjouanais », indique un document signé par le préfet de Mutsamudu, est prévue ce lundi 19 novembre dans la ville, chef lieu d’Anjouan, par les partisans du régime Azali. « Une marche contre les insurgés de la Medina », précise un partisan du pouvoir. Les « insurgés de la Médina » ? C’est ce groupe de jeunes qui, à la mi-octobre dernier, s’est frontalement accroché à l’armée nationale lors d’une manifestation pacifique. « L’opération île morte »,  ainsi baptisée par ses promoteurs, a très vite dégénéré. Des affrontements entre civils armés et militaires s’en sont suivi faisant des morts deux morts selon les autorités et des blessés.

Après, un premier accrochage devant ces barricades, les jeunes armées se sont repliés au cœur de la ville, donnant  du fil à retordre à l’armée nationale qui essayait de les déloger pendant cinq longues journées qui se sont conclu par la fuite des insurgés. Sans que les insurgés aient émis une revendication claire justifiant leur acte, les observateurs ont très vite compris que ces troubles étaient liés aux changements constitutionnels opérés par le régime en place. Des réformes, d’ailleurs, rejetées par une large majorité de la population, quoi qu’en disent les autorités. Afin de décrédibiliser cette révolte de Mutsamudu, les autorités se sont empressées de désigner les insurgés comme étant une poignée de « jeunes drogués et manipulés » qui sont armés pour servir des intérêts qui les dépassent. Dans la foulée, le Chef de l’Etat Azali Assoumani promettra de n’engager aucune poursuite judiciaire à tout jeune qui rendra son arme. Une offre qui n’a apparemment pas convaincu les jeunes insurgés qui ont préféré se réfugier à Mayotte. C’est donc, contre ces jeunes que les participants à la « marche » de ce lundi vont manifester. Mais pas que…

Rappelons que la question de cette révolte à Mutsamudu est revenue dans les différentes interviews accordées par Azali Assoumani aux médias étrangers durant son séjour en France. Cela a, semble-t-il, aussi été le cas lors des ses rencontres officielles en France et à Addis-Abeba. Le Chef de l’Etat comorien s’est contenté à chaque fois de soutenir qu’il s’agissait d’un groupe isolé qui a voulu semer le trouble. Une explication pas très convaincante qui peut certainement expliquer cette marche prévue ce lundi. En clair, un gouvernement en manque d’arguments pour défendre la légitimité de son passage en force  a décidé de mobiliser ses soutiens dans l’île d’Anjouan pour faire illusion. Montrer aux caméras du monde entier que les mesures du président Azali bénéficient d’un soutien populaire sur l’ile à laquelle échoit la tournante de 2021. Cette marche pour la « paix et la sérénité » participe ainsi beaucoup plus à une opération de communication qu’à une réelle volonté d’enraciner ces deux concepts dans le paysage politique de l’archipel. Ils sont conscients qu’ils nous  dirigent vers le mur, mais ils foncent quand même..

« Paix et sérénité ». Retardons-nous sur ceux deux mots.  Selon le dictionnaire en ligne Wikipédia  « La paix est un concept qui désigne un état de calme ou de tranquillité ainsi que l’absence de perturbation, de trouble, de guerre et de conflit. ». La sérénité, quant à elle, définit « un état de calme, de tranquillité, de confiance sur le plan moral ».  Pour être complet, on pourrait associer les mots « Harmonie » et « Tolérance » à ces deux concepts.  On comprendra dès lors que la « paix » ou « la sérénité » n’auront pas de sens tant qu’une frange importante de la population est étouffée et sent oppressée, méprisée. Or c’est exactement qu’on l’on vit à Anjouan et aussi  dans l’archipel des Comores en général depuis que le régime en place a décidé d’adopter la brutalité comme système de gouvernance en emprisonnant à tour de bras ses opposants. Parler de « paix » et de « sérénité » dans ces conditions n’est qu’une illusion. Prêcher la paix, sans dénoncer les injustices qui ont cours dans notre pays c’est une hypocrisie. C’est prendre les Comoriens pour ce qu’ils ne sont pas. Ainsi, la démarche des manifestants de ce lundi ne sera crédible tant qu’ils ne chercheront d’abord à comprendre et à chercher des solutions par la suite aux  causes des troubles qui ont secoués l’île le mois dernier. Soulignons ici, que depuis plus d’un an, toute initiative de l’opposition en vue d’une marche pacifique ou autre est systématiquement empêchée ou dispersée sans ménagement par le régime en place. Des arrestations s’en sont suivies à chaque fois. Les prisons de l’archipel débordent de prisonniers politiques.

Ce 19 novembre cela fera exactement six mois que l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi est enfermé dans sa résidence de Voidjou transformée depuis en prison. Un emprisonnement arbitraire qui fait jaser nombre de Comoriens qui aimeraient avoir l’occasion de manifester pacifiquement, à Mutsamudu et dans d’autres villes de l’archipel, pour exprimer leur solidarité à cet homme ainsi que tous ses camarades d’infortune incarcéré dans les geôles. Le régime en place a toujours sorti des prétextes fallacieux pour interdire cette expression démocratique.

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