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A Mayotte, le chômage a augmenté de 27,6% depuis un an

Des débordements violents ont eu lieu ce jeudi matin à Mayotte, en marge du renouvellement de la grève générale par l’intersyndicale CGT-CFDT-FO-FSU-Solidaires-FAEN.
La tention monte à Mayotte. Barrages sauvages, voitures brûlées, jets de pierres… Des débordements violents ont eu lieu ce jeudi matin, en marge du renouvellement de la grève générale par l’intersyndicale CGT-CFDT-FO-FSU-Solidaires-FAEN. Le mouvement devrait être reconduit, les syndicats estimant que «malgré les successions de rencontres» du gouvernement, dont une avec la ministre des outre-mer, George Pau-Langevin, en visite sur l’île de lundi à mercredi, les réponses ont été «insatisfaisantes». Ils revendiquent «l’égalité des droits» à Mayotte par rapport au reste du territoire français, notamment au niveau des salaires.
Autre point noir de l’économie de ce département d’outre-mer: le chômage. Le mois de septembre a marqué la première vraie embellie sur le marché de l’emploi en France. Une embellie qui a même atteint les départements d’outre-mer, territoires habituellement les plus touchés par le fléau. Si la Réunion est en statu quo (0%), la Guyane (-0,2%), la Guadeloupe (-0,9%) et surtout la Martinique (-1,7%) connaissent un recul du chômage. Mais le cinquième département d’outre-mer, le plus récent, est aux antipodes de cette tendance positive. Le chômage a, en effet, augmenté de 2,8% sur le seul mois de septembre à Mayotte.
Une vue de Mamoudzou
Une mauvaise nouvelle de plus pour «l’île aux parfums» (en fait un archipel, avec deux îles habitées), puisque le chômage a grimpé sur un an de… 27,6%. Une véritable saignée, pour ce qui était déjà, et de loin, le département le plus pauvre de France, et où un actif mahorais sur trois est au chômage. Pourtant, le chiffre n’inquiète pas particulièrement la ministre des outre-mer, qui déclare dans un communiqué intitulé «La baisse du chômage se confirme dans les Outre-mer» (sic) que «le marché du travail à Mayotte, soumis à l’exigence d’une transition économique et démographique d’importance, continue à se structurer.»

Pôle emploi installé en 2014

Contacté par Le Figaro, le ministère a une explication «administrative» à un tel chiffre: l’installation de Pôle emploi depuis 2014, qui n’existait pas sur un territoire qui n’est devenu un département qu’en 2011. «Avant cette date, nous n’avions aucune idée du nombre de chômeurs à Mayotte, où le droit du travail n’est d’ailleurs toujours pas le même qu’en métropole, puisqu’il n’existe pas, par exemple, d’intérim. Nous sommes donc dans une situation où les gens, dont une partie non négligeable évoluait dans le secteur informel, s’inscrivent à Pôle emploi, ce qui explique une hausse aussi soutenue».
Une inscription encouragée également par la possibilité pour les actifs se manifestant à la nouveauté locale qu’est Pôle emploi d’avoir, pour ceux qui remplissent les conditions, l’Allocation d’aide au retour à l’emploi. Une base non négligeable dans un territoire où 84% des ménages vivaient sous le seuil de pauvreté en 2011, avant la départementalisation quand il n’existait ni allocation chômage ni RSA.

80% des demandeurs d’emploi connus ont un niveau inférieur aux exigences de la classe de sixième – Ministère des outre-mer

Aussi, assure-t-on au ministère, à terme lorsque la situation se sera structurée, le chômage baissera mécaniquement. Même si on reconnaît à demi-mot qu’il ne faudra pas s’attendre non plus à des performances flamboyantes dans un territoire aussi excentré, où le ministère admet que «80% des demandeurs d’emploi connus ont un niveau inférieur aux exigences de la classe de sixième» et où, selon une étude de l’Insee en 2012, 63% des femmes et 53% des hommes de 15 à 64 ans «ne maîtrisent pas les compétences de base à l’écrit en français».

Plan «Mayotte 2025»

Et le potentiel d’amélioration économique du territoire du 217.000 habitants en 2012 (il n’y a un recensement que tous les cinq ans) est encore flou, malgré de vraies marges de manoeuvre. Un plan de développement «Mayotte 2025» propose des pistes, notamment dans les services à la personne, quasiment inexistants sur place, le tourisme, où très peu d’infrastructures au niveau existent, et même à l’exportation de compétences dans les pays d’Afrique de l’Est (Mozambique, Madagascar, Comores) en demande de produits manufacturés ou de profils professionnels conformes aux normes européennes.

Mais au cabinet du ministère, on reconnaît que si le potentiel existe, il faudra être patient pour voir la situation s’améliorer et la fameuse «courbe du chômage» s’inverser: «Mayotte étant un territoire insulaire, il existe un plafond d’emploi que le secteur privé local peut proposer aux Mahorais. L’Etat va devoir dépenser 806 millions d’euros pour Mayotte en 2015. Avec le développement de la protection sociale issue de la départementalisation, ce chiffre ne pourra aller qu’en augmentant. C‘est évident». Par Damien Durand – lefigaro

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