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Abdallah, nouveau président : quand la revanche politique prime sur tout

13 mai 1978, une page de l’Histoire comorienne tourne, d’une manière brutale avec la chute violente du pouvoir révolutionnaire. Ali Soilihi est tué par le mercenaire français Bob Denard. Tout le monde danse, les commanditaires en premier rang duquel le riche homme d’affaire et politique, le « rancunier du 3 août », Monsieur Ahmed Abdallah Abdérémane. L’homme du 6 juillet 1975 revient au pouvoir après près de 3 ans d’absence et d’exile en France. Il sera accueilli d’une manière triomphale le 21 mai, une semaine après le coup d’Etat. Ainsi s’installeront d’autres méthodes de concevoir la politique ; le nouvel homme fort de Beit-Salam choisit alors tout un autre virage, gommant sans doute (sans pouvoir y réussir car il profitera des infrastructures mises en place son grand ennemi prédécesseur) les traces de la Révolution. Des élections dont il est le seul candidat sont organisées le 23 octobre 1978. Sans miracle, il devient président de la République souvent considérée comme laïque à l’époque Soilihi. Une nouvelle voie est empruntée, celle d’une République Fédérale Islamique des Comores. Ahmed Abdallah installe un pouvoir autocratique accordant beaucoup plus de liberté aux pratiques coutumières, un pouvoir généreux à l’égard des familles aristocratiques.

Les dérives du pouvoir mercenarial

Quatre ans après le retour au pouvoir, Abdallah dissout tous les partis politiques et prône pour le parti unique, l’Union Comorienne pour le Progrès appelé aussi le parti bleu en opposition aux autres partis ayant existé bien avant « Partis blanc et vert ». La dictature s’installe de plus en plus, les mercenaires maîtres et défendeurs du pouvoir font régner la terreur. Six ans après, il se représente à des élections organisées le 30 septembre 1984 dont il est tout de même le candidat unique. Le 22 mai 1987, il remporte avec son parti tous les sièges de l’Assemblée fédérale. A la fin de son quinquennat, il ouvre le pays à des investisseurs étrangers, dans le domaine du tourisme et de la pêche, dont l’Afrique du Sud qui va longuement exploiter les Comores pour des fins militaires contre des pays riverains, à l’instar du Mozambique.

Ceux qui ont choisi de marcher avec Abdallah ont bien savouré les délices du pouvoir ; ils se sont souvent vu ramener à la Mecque ou assister financièrement pour devenir des hommes « accomplis » (Wandrwadzima). L’autre catégorie ayant choisi la lutte pour la liberté et la dignité s’opposaient à Abdallah. Cette catégorie-là a choisi l’enfer. Elle a été longuement muselée (ce fut une chance pour eux) s’elle n’est pas exécutée tout court. C’est de cette période que naîtra le personnage imaginaire Miloud de l’écrivain Aboubacar Said Salim. Un personnage dont le sens de la vie, bien qu’il est orienté par l’amour d’une bien aimée (Mkaya) réside dans le processus de libération et de liberté du peuple opprimé. Miloud, est l’anagramme de Moulid. Or, le Moulid est cette danse religieuse aux Comores destinée à guérir les fous et les déprimés à qui les sciences exactes pratiquées sur place n’ont pas de remèdes. De cette danse, on peut aussi se rendre compte du caractère mouvant qui est aussi l’une des caractéristiques du personnage Miloud. Il bouge, il a choisi l’exode pour libérer un peuple terrorisé et étouffé. Hélas, la puissance du régime a tout emporté. Le personnage disparaîtra à jamais comme certains opposants disparus ne laissant aucune trace.

Le Bal des mercenaires d’Aboubacar Saïd Salim : quand l’imaginaire surpasse le réel

Contrairement à La République des imberbes (Guigoz, le personnage président est mort dès le départ du récit. Le lecteur comprendra au final que ce qu’il a lu n’est qu’un souvenir que le narrateur se fait sur le personnage), Le Bal des mercenaires de Saïd Salim présente au départ du récit un personnage d’abord en quête de l’âme sœur. Les traditions, les coutumes, les mécanismes de la rumeur et l’hypocrisie entre celles et ceux qui se côtoient enclenchent l’exode du personnage central qui va devoir fuir les proches de Mkaya, son amoureuse (promise à un vieux pêcheur du village) ; ils sont à sa recherche après avoir su que le jeune entretenait des relations avec leur fille. Ainsi, Miloud quitte seul Mibani et rejoint la capitale Niorm d’où il ne reviendra jamais.

Encore une fois, l’auteur de Et la graine, a choisi de mettre en avant le caractère puissant du régime dictatorial en ne donnant aucune précision ni sur la mort de Miloud ni sur le sort du personnage président Ben Mouzguigue.

Pourtant, en novembre 1989 sonnera la fin brutale du régime oligarchique et puissant d’Ahmed Abdallah Abdérémane assassiné en présence du mercenaire français Bob Denard qui l’a ramené au pouvoir en tuant Ali Soilihi.

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