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Abdou Bakari Boina, de l’oubli à l’hypocrisie des gens

Abdou Bakari Boina, de l’oubli à l’hypocrisie des gens

Indécence des hommages post-mortem censés lui être rendus

Par ARM

      Il a fallu attendre la mort de Madi Mbalia, le mardi 9 juillet 2013, pour que les autorités comoriennes se souviennent enfin de lui et de son œuvre pour le pays. À sa mort, il a «droit» à l’hypocrisie d’une médaille de l’État comorien, qu’il devra sans doute présenter à Dieu un jour pour tenter de faire pardonner tous les malheurs causés à tout un peuple par des dirigeants malhonnêtes et faux-culs.

À la mort, de Madi Mbalia, j’avais écrit ceci: «Une fois de plus, il faut s’élever contre l’hypocrisie méprisante consistant à ignorer de leur vivant les plus dignes enfants des Comores et attendre l’annonce de leur mort pour verser d’inutiles larmes de crocodile. Une fois de plus, il faut s’élever contre l’hérésie consistant à dire que “les funérailles étaient belles”. Belles pour qui? Pour le mort, désormais mort et enterré et pour sa famille dans la douleur, ou pour une bande de politiciens qui cherchent une occasion d’exhiber leur ventre que les pantalons ne peuvent plus cacher et qu’il faut éloigner du regard inquisiteur, méprisant et réprobateur du peuple, en essayant de le camoufler dans les boubous les plus larges, faisant office, chez les chantres des biens mal acquis de “cache-richesses mal acquises”, et chez le Comorien lambda de “cache-misère”».

Par ailleurs, le mercredi 1er avril 2015, en plein conseil des ministres, le pittoresque Ikililou Dhoinine apprenait la mort, survenue la veille, de l’écrivain Salim Hatubou. Sa réaction sera: «C’est qui, Salim Hatubou?». Donc, le Mohélien de Bête-Salam ne connaissait pas le plus prolifique des écrivains comoriens. Pourtant, Salim Hatubou aura des funérailles nationales dans sa ville de Hahaya. Bel exercice d’hypocrisie.

Abdou Bakar Boina vient de finir son existence terrestre. Avec Madi Mbalia, il a en commun d’avoir milité au sein du Mouvement de Libération nationale des Comores (MOLINACO) et d’avoir été enfoui par l’État comorien dans un tas de gravats d’indifférence jusqu’au jour de la mort. Les hommages post-mortem noyés dans l’hypocrisie ont, une fois de plus, fleuri. Heureusement, emportée par une belle plume, la journaliste Faïza Soulé Youssouf dénonce toute cette débauche d’escobarderie malsaine et indécente. Voici son beau texte.

      «Et si Abdou Bakari Boina voulait se protéger de la pathétique apathie de l’État comorien? Abdou Bakari Boina est mort. Il est mort dans la plus grande indifférence. Indifférence au niveau de cet État pour lequel il s’est tant battu. Il est mort, et c’est triste. Rares sont les morts qui sont gaies. Sa disparition est d’autant plus triste que l’homme a, toute sa vie, lutté contre l’injustice sociale. Cet homme, qui enfant, a dû envoyer un courrier à l’autorité coloniale, en y précisant son statut d’enfant indigent, pour pouvoir poursuivre ses études. Cela fait mal et cela nous indique à quel point nous venons de loin. De ce long chemin parcouru, pour que tous les enfants de la République puissent aller à l’école, fils de «quelqu’un» ou illustre inconnu.

      Mais sa mort est d’autant plus triste, que malgré ses combats, malgré le combat de tous qu’il a si bien mené, il est mort, pas dans l’indigence, non. Les hommes et femmes comme lui ne sont jamais «indigents». Ce qui est triste, c’est qu’il soit mort dans la plus insolente, la plus grossière indifférence de la part cette République, pour laquelle il a tant sacrifié.

      Sa mort est d’autant plus triste, qu’aujourd’hui les langues se délient. Au delà des périodes passées en prison sous Ahmed Abdallah Abderemane ou Djohar, au-delà du retrait de son passeport diplomatique, au-delà de sa mise à l’écart, au-delà la mise à l’écart de ce grand homme. Au-delà des turpitudes des politiciens comoriens, comment pouvait-on célébrer un 6-Juillet, sans que lui, Mdrehuri, sans que lui, le Combattant, sans que ce guerrier de Lumière, lui qui jusqu’au bout s’est battu pour un idéal, un idéal qui s’appelle aujourd’hui État comorien, comment pouvait-on célébrer la plus symbolique de nos fêtes nationales, sans penser à lui envoyer une invitation pour qu’il y prenne part?

      Ce pays n’est pas maudit, je refuse de l’écrire. Ce pays n’est pas maudit, il faut sans doute le répéter plusieurs fois. Ce pays a porté des hommes et des femmes d’une valeur inestimable, tellement inestimable que des hommes et des femmes de piètres valeurs, de piètres convictions, des lâches qui se malheureusement retrouvés au sommet de l’État par une ignominie, un détournement dont seule l’Histoire a le secret, n’ont pas pu, n’ont pas su rendre grâce aux meilleurs d’entre nous, de leur vivant. Et souvent même au-delà.

      On voulait lui remettre une médaille, dit-on. Pour services rendus à la Nation comorienne. Comme un pauvre quidam, au lieu d’un courrier, on lui envoie un émissaire pour le lui dire, «oralement». Il refuse, il demande une missive, officielle. Le courrier lui parvient. Et là, blasphème, hérésie. Le courrier est adressé à Aboubacar Boina. Les bras m’en tombent. Abdou Bakari ne s’étouffera pas. Il répondra que Aboubacar Boina travaille au CNDRS et que ce n’était pas lui. De décoration, il n’y en aura pas. Fin de l’histoire. Pas la sienne et sûrement pas la nôtre.

      Ne nous étonnons guère si aucune rue de ce pays ne porte son nom. Si aucun manuel ne parle de son combat. Si aucune pièce de monnaie, si aucun billet de banque n’est à son effigie.

      Ne nous étonnons pas. Le meilleur est à venir. Et ce sera, sans ceux qui sont au sommet aujourd’hui comme hier, qui sont ou étaient au sommet par des chemins détournés.

      Et en tête cette phrase, de lui. De Mdrehuri. Répétée inlassablement à ses visiteurs, et à ses enfants. Il ne voulait pas de coups de canon, le jour de sa mort. Le débat fait rage. Devait-on respecter la volonté de cet homme qui ne fut pas seulement, un homme? L’État n’aurait-il pas dû organiser des funérailles nationales pour Abdou Bakari Boina, quoi qu’il ait pu dire, écrire, déclarer au sujet de sa mort? L’État aurait-il dû décréter une journée de deuil?

      Et si Abdou Bakari Boina, voulait se protéger? D’une énième déception, post-mortem cette fois. Et s’il savait? Que cet État qui n’a jamais su l’honorer de son vivant, aurait poursuivi sa pathétique apathie, le jour de sa mort. C’est peut-être pour cela, qu’il a dit qu’il ne voulait rien. Je dis peut-être, parce qu’au fond, je n’en sais rien.

      Triste République. C’est quand même plus facile d’écrire sur lui. Ca sort de nos tripes. Je n’ose même pas imaginer quand il faudra écrire, le jour de leur mort, sur nos prétendues autorités. Quel exercice compliqué ce sera…».

      Des Comoriens ont rendu hommage à Abdou Bakari Boina, mais le plus digne des témoignages vient de Faïza Soulé Youssouf, qu’on voit à ses côtés, en train de recueillir sa parole. Le reste, ne relève que de la bouffonnerie et de la théâtralité. J’ai l’honneur d’avoir en ma possession le livre que m’a remis en mains propres M. Aziz Hasbi, mon Professeur de Relations internationales à la Faculté de Droit de Rabat, au Maroc, et dans lequel est évoqué le combat du MOLINACO. Aziz Hasbi: Les mouvements de libération nationale et le droit international, Éditions Stouky, Rabat, 1981 (540 p.).

Après la mort de Madi Mbalia, Mohamed Fazul dit PASOCO et Abdou Bakari Boina, j’ai une raison supplémentaire de garder soigneusement ce livre, aujourd’hui, introuvable.

Qu’Allah agrée Abdou Bakari Boina dans Son Paradis.

Par ARM

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