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Abidhar Abdallah, porte parole du FReSUN : « Comme le FReSUN, les Comoriens semblent avoir compris que l’aventure des Assises peut conduire le pays à la catastrophe »

Abidhar Abdallah, porte parole du FReSUN (Source: La Gazette des Comores)

A 40 ans, Abidhar Abdallah a un parcours politique bien rempli. Depuis près d’une vingtaine d’années ce  géographe de formation et ancien journaliste d’Alwatwan,  s’est toujours dressé à chaque fois que l’Unité du pays est en jeu. En 1997 déjà, alors qu’il était encore étudiant à Antananarivo,  il s’est investi corps et âmes depuis Madagascar dans la lutte contre le séparatisme qui secouait alors Ndzouani, son île natale. Il a, de ce fait,  crée un Mouvement étudiant dans le but de sensibiliser contre ce danger qui pesait sur le pays.  Comme on pouvait s’y attendre, il s’est très rapidement attiré le courroux  des séparatistes qui l’ont ainsi déclaré persona non grata dans l’île.

Depuis, le quadragénaire trace tranquillement son chemin avec comme ligne de conduite la défense sans faille de l’unité nationale.  En 2010, on  le retrouve ainsi dans les négociations qui ont suivi la réforme constitutionnelle de 2009 et la polémique soulevé alors par la volonté du  Président Sambi de prolonger son mandat d’une année supplémentaire. Il fut également le 1er responsable national du Comité de suivi chargé de la mise en œuvre de l’accord du 16 juin 2010 pour le respect du calendrier électoral. L’ancien président du parti Radhi dont il a claqué la porte, il y a quelques mois, lutte depuis 2014 pour la paix et la sécurité mondiale.  En août dernier, quand le Front Républicain pour la Sauvegarde de l’Unité National  (FReSUN) a été lancé, il s’est vu attribué le poste de porte parole de ce Mouvement. 

C’est dans  ce cadre que Comores Essentiel a interrogé cette figure du FReSUN pour comprendre l’origine du mouvement, ses motivations et son appréciation par rapport à l’actualité nationale dominée par le projet des Assises Nationales prônées par le Mouvement du 11 août depuis 2015 et repris depuis trois mois déjà par le Pouvoir Azali Assoumani… Interview.

Monsieur Abidhar Abdallah, vous êtes le porte parole du Front Républicain pour la Sauvegarde de l’Unité Nationale (FReSUN), pouvez vous nous présentez brièvement ce mouvement lancé récemment dans le paysage politique comorien ?

Comme le stipule sa dénomination, le FReSUN est un Mouvement spontané, d’hommes et femmes, au delà de toute appartenance politique, qui ont décidé de se battre pour la Sauvegarde de l’Unité Nationale des Comores. En d’autres termes notre Mouvement est une force avant-gardiste, prête à agir contre tout propos, acte ou type de gestion de nature compromettante à l’égard de l’Unité du pays. Pour nous l’Unité des Comores n’a pas de prix. Elle devrait, d’ailleurs,  être le souci majeur de tout Comorien, dirigeant, homme politique et intellectuel. L’avenir de notre pays en dépend. Malheureusement on assiste aujourd’hui à un régime qui semble ignoré les réalités géographique, historique et socio-culturelle de notre archipel.

Dans ce cas, pourquoi l’avoir lancé seulement au mois d’août et non avant ?

Mr Faïssoili! Question très pertinente. Le Front Républicain est né pour plusieurs raisons suite à la signature du Mémorandum du 7 août 2017.

Personne ne peut le nier, depuis le 26 mai 2016, à notre grand étonnement, la population comorienne assiste à une résurgence du discours insulariste qui semble avoir pris le dessus dans presque toutes les discussions sur les places publiques, sur les réseaux sociaux et partout où il est question des Comores. Cela devrait nous interpeller tous et en particulier les autorités actuelles. A mon sens, il s’agit d’une remise en cause explicite de la gouvernance actuelle, marquée par une gestion chaotique, l’annihilation des institutions, les multiples violations de la Loi et le mauvais traitement réservé aux îles par le pouvoir central.

Cela fait mal au cœur quand on entend des citoyens lambda, Mohéliens ou Anjouanais, dire que le chef de l’Etat gère le pays comme s’il était composé d’une seule île au moment où les  Wa N’gazidja rétorquent en affirmant que c’est une Présidence presque villageoise.

La situation s’est empirée depuis le 6 juillet dernier, à partir de l’instant où le Président de l’Union a exprimé sa volonté de soutenir les Assises Nationales prônées par le Mouvement du 11 août. La suite tu le connais…les Comoriens ont droit à des discours de mise en garde, menaçants et appelant clairement à la violence.

Pour couronner le tout, le Président est allé jusqu’à affirmer ceci:  » je suis Imam à Ngazidja, chef de l’Etat à Moheli et colonel à Ndzouwani‘. Tout cela a réussi à susciter en nous une grande inquiétude d’où la naissance du FReSUN pour parer au danger qui guette notre patrie, notre Nation.

« Le FReSUn rejette le le format du Comité de pilotage des Assises Nationales tel que stipulé par le décret n°17-100/PR du 16 septembre de la même année, en son article 4 « 

Justement, votre Mouvement a tenu une conférence de presse ce jour à Moroni, pouvez nous faire part du  message principal passé lors de cette rencontre avec les journalistes ?  

Le Front Républicain pour la Sauvegarde de l’Unité Nationale a tenu cette conférence de presse ce lundi 25 septembre 2017 pour faire savoir qu’il rejette le format du Comité de pilotage des Assises Nationales tel que stipulé par le décret n°17-100/PR du 16 septembre de la même année, en son article 4. En effet, ce décret dit que le comité de pilotage est composé de 10 représentants des institutions étatiques, 13 des partis politiques, 12 du Mouvement du 11 août, 8 de la société civile et 2 représentant de Maore. Pour le FReSUN ce format n’a pas respecté la réalité géographique et sociopolitique du pays.  La répartition ainsi faite, tantôt par structure tantôt par île, est arbitraire et contradictoire. Il est loin d’être inclusive dans la mesure où il n’y a pas de place pour la diaspora, les Ulémas et la jeunesse. Ce format ne garantit pas la souveraineté des Assises. Pour le FReSUN, les Assises ce sont essentiellement les deux mois de travaux du comité de pilotage et non les quatre jours de l’Assemblée des Assises au cours desquels 600 personnes sont attendus. Il y a aussi le risque d’une représentation déséquilibrée puisque 2/3 des membres du Comité pourraient être issus d’une seule entité. Le FReSun exige une participation par entité, à l’image du format des Accords de Fomboni du 17 février 2001, parallélisme de forme exige.

Le 6 septembre dernier, vous avez été reçu par le Président de l’Assemblée Nationale. Qu’en est-il ressorti de cette rencontre ?  L’avez trouvé réceptif à votre message ?

Evidemment, à  la demande du FReSUN, le Président de l’Assemblée Nationale, son excellence Abdou Ousseni a reçu notre organisation le 6 septembre 2017, un mois après sa création. Nous avons été chaleureusement accueillis et nos échanges ont eu lieu en toute franchise. Sur ce point, je tiens à remercier cette deuxième personnalité de l’Etat Comorien.

Mais en réalité, entre ce dernier et le FReSUN, l’approche diverge par rapport aux Assises. Personnellement, j’ai été complètement ébahi, lorsque le Président de l’Assemblée a jeté le pavé dans la marre en nous déclarant ceci : « vous vous inquiétez pour rien…les propos des autorités que vous citez n’auront aucun impact…c’est de la banalité. Je vous convie aux Assises avec vos propositions. Moi, j’y serai car je veux défendre pour la Tournante un mandat de quatre ans renouvelable, ce qui suppose que si je serai candidat ça serait en 2024 et non pas en 2021« . Il a entre autre avancé l’idée d’une primaire généralisée à toutes les îles. Il était clair que les inquiétudes actuelles du peuple comorien face au régime n’ont aucun impact sur la personne.

«  Il s’avère évident que les conditions d’opportunité, sérénité, transparence et confiance sont loin d’être réunies pour réussir un tel rendez vous et éviter la dislocation du pays »

Quelle est votre position par rapport aux Assises ? Peut-elle changer à l’avenir ?

Des Assises pour le bilan de 42 ans d’indépendance, le FReSUN a une position oui mais avec des conditions bien précises. Dans cette optique et dans la logique de l’objectif qui est le notre, le FReSUN  a publié un document intitulé « Pour des assises souveraines et sans risque pour l’Unité Nationale « . Ce document commence par des conditions préalables telles que la restauration de la Cour constitutionnelle, la Commission anticorruption et des droits de l’Homme…, des lignes rouges à ne pas franchir notamment la Présidence tournante, l’autonomie des îles, le calendrier électoral et la durée du mandat des Président de l’Union et gouverneurs.  Il a, en outre, proposé un format de participation aux Assises calqué sur celui de l’accord cadre de Fomboni du 17 février 2001, avoir les quatre entités insulaires et de l’Union.  Contrairement à celle du Mouvement du 11 août et du gouvernement, la proposition du FReSUN semble n’avoir rien laissé au hasard. Mais toujours est-il que rien n’est pris en considération. Le régime continue son bonhomme de chemin et la position du FReSUN risque d’évoluer négativement car jusqu’ici, il s’avère évident que les conditions d’opportunité, sérénité, transparence et confiance sont loin d’être réunies pour réussir un tel rendez vous et éviter la dislocation du pays.

S’il vous arrivait de dire non aux assises, ça serait pour quelle raison?

Le FReSUN peut dire non aux assises parce qu’il ne fait pas confiance au chef de l’Etat comorien. Pour nous, il n’est pas digne de confiance. A titre de rappel: Azali colonel de l’armée s’était réfugié à l’Ambassade de France en 1995, lorsque les Comores ont été attaquées par des mercenaires. Il a ensuite orchestré le coup d’Etat de 1999 (une autre forme de trahison). Pendant son 1er mandat de 2002 à 2006, il a toujours gouverné à contre courant des Accords de Fomboni. En 2005, il a monnayé la question de Mayotte et le mois de juillet dernier il s’est débarrassé, sans raison, de la seule force politique qui fut le levier principal de sa victoire en mai 2016….et ce n’est pas tout.

« En réalité, dans cette affaire, c’est le flou entourant ces Assises qui crée plus de doute et d’inquiétude ».

Le Gouverneur de Ndzouani, qui semble s’inquiéter également de la tournure que risque de prendre ce rendez vous (les Assises) a appelé les forces vives de l’île à se réunir pour dégager une position commune à présenter lors de ces rencontres nationales. Un appel vigoureusement rejeté par le pouvoir central. Quel est votre opinion par rapport à cela ?

S’agissant de la démarche pour des assises insulaires à Ndzouani, prônées par le gouverneur Salami, le FReSUN ne voit aucun mal et ne comprend pas la détermination des autorités de l’Union à vouloir les empêcher. Pourquoi un « deux poids deux mesures »? Hassani Hamadi a, à sa manière, entrepris la même démarche en recevant toutes les couches socio-politiques de Ngazidja pour se faire une opinion commune par rapport aux Assises.

Certains membres du Mouvement du 11 août laissent entendre qu’il y aura même des Assises au niveau des communes… J’ai toujours noté personnellement beaucoup de contradictions, entre les membres du M11 d’une part et ceux du gouvernement de l’autre,  quand il est question du protocole et de la méthodologie des Assises. En réalité, dans cette affaire, c’est le flou entourant ces Assises qui crée plus de doute et d’inquiétude.

Comment votre message est reçu dans l’opinion ?

Monsieur le journaliste! Aux Comores il n’y a pas d’instituts de sondages. Mais quand on fréquente les places publiques comme Ajao, Café du port, les restaurants et les différents services de l’administration, l’inquiétude de la population est palpable et se lit au visage. Les Comoriens semblent avoir compris que l’aventure des Assises peut conduire le pays à la catastrophe. Comme le FReSUN, beaucoup croit qu’il y a anguille sous roche. C’est le débat principal qui anime même les foyers de manière inattendue.

Propos recueillis par Faïssoili Abdou

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