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Affaire de la citoyenneté économique, lutte pour les libertés fondamentales : pas d’amalgames

Par Faissoili Abdou

Ce dimanche 3 juin, cela fait 16 jours depuis que l’ex-président Ahmed Abadallah Sambi est injustement confiné chez lui par la seule volonté des princes qui nous gouvernent. Une simple note du ministère de l’intérieur a suffit pour priver le citoyen Sambi de sa liberté de mouvement et de circulation. L’homme est reclus. Il n’a pas de contact avec le monde extérieur.  Plusieurs juristes ont dénoncé une mesure « illégale » quand certains, proches du pouvoir, la justifient et la soutiennent sans réserve. Sur les réseaux certains internautes, soit par mépris de l’Etat de droit, soit par passion ou parce qu’ils éprouvent un ressentiment envers l’ancien Président se délectent de le voir ainsi embourbé dans les ennuis.

Cité parmi une pléthore d’hommes politiques dans le rapport parlementaire sur la citoyenneté économique qui pointe une vaste opération de détournement de deniers publics, l’ancien chef de l’Etat est déjà condamné avant le procès. La présomption d’innocence n’est pas pour lui, elle est pour les autres. Tous les autres sauf lui. Pas pour lui, le chef du premier parti de l’opposition des Comores.  Et pourtant, comme cela se passe dans tout  Etat de Droit, les moyens pour recouvrer ce qui aurait été acquis injustement ou illégalement ne peuvent être injustes ou illégaux. On appelle cela un règlement de compte. Cela ne se passe que dans les milieux du grand banditisme. « Il n’y a pas de justice aux Comores,  à cause de sa passivité,   elle s’est laissée remplacer par le ministère de l’intérieur », me lança, il y a quelques jours, un éminent juriste comorien. Voilà où nous en sommes… Voilà où ce qui se passe dans les Comores d’Azali Assoumani. 

A travers des amalgames savamment distillés, les manifestants de l’opposition qui descendent dans les rues de certaines grandes villes de l’archipel depuis quelques semaines pour dénoncer les mesures anti-démocratiques prises par les autorités de Moroni sont accusés de soutenir « ceux qui ont pillé le pays ». Une manière comme tant  d’autres de décrédibiliser leurs revendications. Aux yeux des soutiens du pouvoir et l’armée d’opportunistes qui gravitent autour, ces « égarés »sont forcément du mauvais côté.  Or, il n’est un secret pour personne que le gouvernement actuel est également infestés de corrompus notoires. Tapies aussi bien dans les ministères, qu’à l’Assemblée et à la Présidence de l’Union, ces derniers sont ceux là mêmes qui manigancent, qui télécommandent les intrigues sournoises encours dans l’archipel. Ils arrivent ainsi à s’achèter  un brevet d’honorabilité à bon compte. Les mauvais sont dans l’autre camp, dans l’opposition tandis que la crème des honnêtes gens se trouve dans les rangs de ceux qui tiennent les rênes du pouvoir. C’est cela qu’ils veulent nous faire avaler.

A ce stade, il est important de souligner que le combat contre la corruption est légitime mais il doit être mené dans les normes juridiques établis. L’opération mains propres doit-être menée avec une rigueur sans failles. Tous ceux qui se sont servis dans les caisses de l’Etat doivent payer.  Cette bataille là ne doit pas se confondre avec la dénonciation des mesures anti-démocratiques qui prennent de plus en plus racine dans notre pays. Le combat pour les libertés fondamentales est aussi noble comme la volonté de récupérer l’argent subtilisé. Il est beaucoup plus important. Rappelons nous combien d’années de luttes, combien d’hommes ont souffert ou payer de leur vie pour arriver au semblant de liberté que nous jouissons actuellement dans l’archipel.  Il suffira de quelques mois pour que ces acquis volent en éclat. Et comme l’a dit un jour l’ancien président Ratsiraka de Madagascar, « on ne connait la valeur de la liberté qu’après l’avoir perdu. Et, à ce moment là, c’est trop tard ». Le vieux Ratsiraka n’était pourtant pas un tendre…

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