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Ahmed Ali Amir tance les écrivains et les journalistes

Ahmed Ali Amir tance les écrivains et les journalistes

Il soulève la problématique de l’intelligentsia aux Comores

Par ARM

       Doujani, Mayotte, fin août 2020. On me présente un jeune homme, qui me demande si je l’ai excusé pour les critiques qu’il m’avait adressées à la sortie de l’un de mes livres. Je lui ai tout simplement dit: «Qui suis-je pour me fâcher parce qu’on m’a critiqué? Comment vais-je m’améliorer si je m’enferme dans un monologue avec moi-même, refusant d’écouter autrui, alors que je n’écris pas pour moi-même? La recherche universitaire apprend au chercheur la modestie, et si celui-ci est susceptible et refuse la critique, il doit cesser d’écrire. La critique enrichit». Même après avoir entendu cela, le jeune chercheur croyait que je le détestais pour sa critique. Au cours de mon interminable parcours d’éternel étudiant, j’ai été dirigé par des professeurs qui m’ont conseillé, critiqué et… sauvé. On n’apprend que par les critiques et conseils des autres, et cela exige de la patience et de la modestie.

Le proverbe mohélien dit: «Celui qui cultive son terrain au bord de la route doit se rendre sourd»: quand on travaille devant le public, on est critiqué, et il faut accepter cela.

Justement, Ahmed Ali Amir vient de publier sur Mufdalifa House une tribune intitulée «Écrivains comoriens, susceptibles et courtisans». Il aurait pu ajouter et «oisifs, paresseux et improductifs». Heureusement, dans son article, il parle de cette oisiveté, paresse et stérilité.

Ahmed Ali Amir cible le manque de recul: «Quel journaliste oserait juger La république des imberbes de Toihiri, Deux saisons pour l’Égypte de Mohamed Nabuhani, Interview d’un macchabée de Nassur Attoumani, sans que son papier ne soit, en retour, décortiqué, de fond en comble, avec le risque de se retrouver définitivement classé ou déclassé? Qui? On publie à tout va et on ovationne… Il n’y a pas le moindre questionnement sur l’esthétique littéraire. Ni la critique, ni les écrivains eux-mêmes ne débattent de ce qui est publié. Nulle interrogation! Non pas que tout le monde ose l’écriture: c’est un droit constitutionnel qu’il serait dangereux de restreindre à une élite. Mais ici on publie sans se risquer à la confrontation intellectuelle ou se heurter au ricanement de ses pairs. Et l’on s’étonne que des ouvrages érudits et des livres excellents passent à la trappe!».

Tout écrivain est critiquable. Les choses auraient encore plus simples s’il était possible de débattre librement des livres des écrivains comoriens aux Comores. Lors du seul Salon du livre des Comores, la sélection des écrivains avait été politisée, et cela a tué le débat.

Titillant les journalistes, Ahmed Ali Amir écrit: «Dans la presse, personne n’ose la moindre critique littéraire, le petit effort de discernement sur les œuvres de nos écrivains, de peur d’être taxé de hargneux ou de teigneux. Nia mbi! On se tient donc à carreau et on consent à une position courtoise: arrondir les angles, se contenter de reprendre le propos de l’éditeur, en évitant de s’écarter de la ligne». Les journalistes lisent-ils les livres écrits par des Comoriens et ont-ils droit de parler de livres dont certains sont censurés silencieusement? Aboubacar Saïd Salim peut-il interviewer pour le compte de l’ORTC, «l’odieux-visuel» public comorien, les écrivains figurant sur la liste rouge et noire des détenteurs du pouvoir?

Ahmed Ali Amir verse de l’acide sur les «médiocrités notoires» de la littérature. Celles-ci ont la possibilité de s’améliorer si elles deviennent modestes et s’approchent de ceux qui ont une maîtrise de la langue française pour des corrections, conseils et critiques. Ça enrichit.

Et voici le sujet qui fâche le plus: «Nos écrivains sont frileux, courtisans pour la plupart. On ne trouve point, sur la place, d’œuvre engagée, d’opinions courageusement émises ou de prises de position d’auteur sur les grands sujets de société». C’est vrai et malheureux, surtout quand on sait que «les écrivains devraient épouser les causes qui nous touchent. Permettez-nous enfin de dire qu’il nous manque un Victor Hugo réclamant le droit de vivre pour tous parmi nos écrivains, un Émile Zola en mesure de s’engager à contrecourant de la société entière, défendant Dreyfus accusé à tort. On a besoin d’auteurs capables des coups de gueule d’un Jean-Paul Sartre, prenant la défense des pauvres et des opprimés, d’auteurs capables d’écrire les manifestes courageux d’une Simone de Beauvoir appelant à l’émancipation et à la parole des femmes».

Tout ça est vrai. L’écrivain comorien ne produit rien. Il ne sait pas affirmer son utilité à la société. Il veut plaire, et se complaît dans l’autocensure, la démagogie et la génuflexion.

Pis, les auteurs comoriens se jalousent, se haïssent, se détestent, se méprisent et s’évitent. Certains parmi eux font partie des Comoriens les plus prétentieux et les plus orgueilleux, refusant jusqu’au moindre contact avec d’autres intellectuels comoriens.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Samedi 20 mars 2021.

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