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Ahmed Sambi: biberon et diplomatie du tam-tam

Ahmed Sambi: biberon et diplomatie du tam-tam

À Paris, l’ex-dictateur affirme en public son obédience chiite

Par ARM

   Donc, Ahamada Ahamadi, secrétaire général du ministère des Relations extérieures, avait bien raison en affirmant, le samedi 9 janvier 2016, à l’Aéroport de Hahaya, qu’Ahmed Sambi allait réagir très brutalement à la rupture des relations diplomatiques entre les Comores et l’Iran. Pourquoi? Parce que, explique-t-il, Nimr Baqr Al-Nimr, le Chiite saoudien dont l’exécution par l’Arabie Saoudite a mis les feux aux poudres entre ce pays et l’Iran, a été le lointain Professeur du futur dictateur comorien. Par la suite, les séides d’Ahmed Sambi ont envoyé quelques signaux signifiant que leur famille politique voyait d’un très mauvais œil la rupture des relations diplomatiques entre les Comores et l’Iran, suite à la mise à sac et à l’incendie de l’Ambassade de l’Arabie Saoudite en Iran, un acte très grave que n’ont guère empêché les autorités de la République islamique d’Iran, alors qu’elles devaient assurer la protection de cette mission diplomatique. Après quelques ronchonnements en privé, il a fallu qu’Ahmed Sambi, la nounou de la candidature-biberon, se déplace jusqu’à Paris pour dire en public que sa préférence va à ses frères Chiites d’Iran et non aux Sunnites d’Arabie, jugés plus proches de la grande majorité des Comoriens sur le plan religieux, surtout à un moment où le Royaume d’Arabie Saoudite a été agressée par l’Iran.

   Oui, c’est muni de son passeport français flambant neuf que «l’apatrîle» français Ahmed Sambi est allé en France affirmer son appartenance au Chiisme, alors que presque tous les autres Comoriens sont des Sunnites. En plus, pour la circonstance, Ahmed Sambi, dans son rôle de nounou de la candidature-biberon, s’est autoproclamé «Professeur» de Relations internationales et de Droit international public. Il avait donc choisi le meeting de son candidat-biberon Fahmi Saïd Ibrahim en région parisienne, le samedi 16 janvier 2016, pour aller vociférer et grogner.

   Voici ce qu’il dit dans son langage prétentieux, haineux et crapuleux: «Je connais plusieurs choses à venir sur notre diplomatie, une diplomatie qui, aujourd’hui, pour être vendue, elle est vendue. Je saisis cette occasion pour m’adresser aux gens et leur dire que ce qui est difficile, c’est construire, mais démolir est facile. Pour que nous soyons partis suivre un seul État, qui n’avait pas des relations diplomatiques avec nous, les Comores, jusqu’à leur établissement, il a fallu de la force, c’est un effort qui a été fourni. Mais, rompre des relations diplomatiques avec un État est facile. Mais, avec qui allons-nous jusqu’à rompre des relations diplomatiques avec eux? Il faut que ça soit des gens avec qui nous avons une mésentente et peut-être même un conflit, qu’on rompt avec eux. Mes frères, je vous dis que la diplomatie que nous voulons pour demain, et j’ai la certitude que si c’est Fahmi qui a le drapeau de commandant du navire, je suis sûr que cette diplomatie suivra la voie que nous avons déjà ouverte».

   Seulement, «le Professeur» Ahmed Sambi commet plusieurs fautes de conceptualisation dans ses vociférations et grognements. La première de ces lourdes fautes est la confusion monumentale qu’il fait entre «politique étrangère» ou «politique extérieure» et «diplomatie». Ce qu’il appelle «diplomatie» se nomme en réalité «politique extérieure» ou «politique étrangère»: la philosophie et les orientations de l’État sur la scène internationale. Il parle d’un futur changement de «voie» dans les relations internationales des Comores, et cette «voie» s’appelle non pas «diplomatie» (moyens au service de la politique extérieure), mais «politique extérieure». La deuxième faute grave provient du fait qu’Ahmed Sambi estime que l’Iran aide les Comores plus que ne le fait le Royaume d’Arabie Saoudite, alors que le Vice-président Mohamed Ali Soilihi, exprimant le sentiment général de l’État comorien, soutient exactement le contraire, comme il a expliqué récemment sur le plateau de Télésud: «Nos relations avec l’Iran n’ont jamais été au beau fixe. Nos relations n’ont jamais été fructueuses. Et ça fait longtemps qu’il y a une représentation diplomatique, une ambassade d’Iran aux Comores, et je dois vous avouer qu’on n’a pas vu grand-chose dans cette communication. Même s’il y a des gens qui pensent que l’Iran a apporté quelque chose en matière de coopération, surtout l’aide au développement, il n’y a pas du tout le moindre signe d’une solidarité réelle avec le pays, avec le développement des Comores». C’est le grand argentier de l’État comorien qui s’exprime ainsi, et il sait de quoi il parle. Et le Vice-président Mohamed Ali Soilihi a expliqué qu’il y avait des principes à défendre: «Le fait est que sur le plan diplomatique, ce qui vient de se passer avec l’Arabie Saoudite, c’est quelque chose d’inacceptable, qui est contre une représentation diplomatique dans un pays et que les autorités du pays n’arrivaient pas à protéger quand même. C’est quand même la représentation diplomatique. Nous-mêmes, nous avons une ambassade en Iran et nous avons pensé que ça pourrait nous arriver demain», et «pour nous, c’est l’ingérence d’un pays dans les affaires intérieures d’un autre pays qui est inacceptable». Pour tout juriste internationaliste, il n’y a aucun mensonge dans la déclaration du Vice-président.

   En plus, Ahmed Sambi ne sait pas que ce qui motive la politique extérieure, c’est l’intérêt national, comme l’a si bien explicité James N. Rosenau, pour qui la politique extérieure est l’«effort d’une société nationale de contrôler son environnement externe par la préservation des situations favorables et la modification des situations défavorables»: James N. Rosenau: Linkage politics. Essays on the convergence of national and international Systems, The Free Press, New York, 1969, cité par Saïd Ihraï: Le consensus sur la politique extérieure, in Georges Vedel présente Édification d’un État moderne (Collectif), Albin Michel, Paris, 1986, p. 543. Et Charles Zorgbibe nous apprend utilement que «la politique étrangère est considérée ici comme le produit des forces environnantes (historiques, politiques, économiques, sociales). Les auteurs cherchent à isoler un facteur ou une série de facteurs du milieu interne ou externe pour les relier, implicitement ou explicitement, aux décisions ou aux ensembles de décisions»: Charles Zorgbibe: Introduction aux relations internationales, PUF, Mémentos Thémis, Paris, 1977, p. 15.

   Pour ce qui est de la politique extérieure qu’Ahmed Sambi veut aux Comores en cas d’élection – impossible – du «Commandant» Fahmi Saïd Ibrahim, les Comoriens savent déjà ce que c’est: la diplomatie du tambour et du tam-tam. Cette dernière est faite de beaucoup de bruit là où on exige une discrétion feutrée, des injures envers la France, partenaire stratégique et historique des Comores, un partenaire privilégié dont la représentation officielle à Moroni est traitée d’«officine» par l’émérite pionnier de la candidature-biberon, des mélanges des genres, le bradage des intérêts nationaux des Comores, «la citoyenneté économique», la vente de la représentation des Comores à l’UNESCO, le scandale des pavillons de complaisance, une demande publique et incongrue pour la République populaire de Chine d’une place de membre permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU, statut que ce dernier pays a depuis l’adoption de la résolution 2758 par l’Assemblée générale de l’ONU le 25 octobre 1971. Les Comoriens se souviennent du fait qu’en mars 2011, la diplomatie du tambour et du tam-tam avait tellement injurié la France que ce dernier pays avait adopté des mesures particulières envers les Comores: fouilles dans les aéroports français des Comoriens porteurs de passeports diplomatiques; arrêt provisoire de l’octroi des visas aux Comoriens; refus d’attribuer des visas diplomatiques aux Comoriens porteurs de passeports français (comme la nounou de la candidature-biberon et son candidat). En fait, les Comoriens n’ont aucune envie de revivre un tel cauchemar.

   Au-delà des considérations diplomatiques de la chose, force est de constater aujourd’hui qu’Ahmed Sambi dit devant les Comoriens qu’il assume ouvertement son appartenance au Chiisme. Ce qui dérange les Comoriens à ce sujet, ce n’est pas l’affirmation d’un choix tout à fait personnel, mais les risques de prosélytisme et de futur conflit entre Sunnites et Chiites aux Comores, comme cela est le cas dans d’autres pays musulmans. D’ailleurs, Ahamada Ahamadi ne décolère pas devant le fait que, alors Président de l’Union des Comores, Ahmed Sambi avait attribué à la République islamique d’Iran des bâtiments construits par l’Union européenne aux fins de développement de l’artisanat aux Comores. En faisant passer ses intérêts personnels avant les intérêts nationaux des Comores, Ahmed Sambi prouve une fois de plus qu’il n’aime pas les Comores, mais cela, les Comoriens le savent très bien et le feront savoir en temps opportun, et comme les Comores sont en période électorale, la coïncidence est des plus heureuses.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Jeudi 28 janvier 2016.

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