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Ahmed Wadaane Mahamoud, écrivain utile et vital

Ahmed Wadaane Mahamoud, écrivain utile et vital

Doté du troisième œil, il voit ce que d’autres ignorent

Par ARM

      «Si nous n’étions pas des aigris, il y a longtemps que nous aurions reconnu que tout le travail que nous devons faire sur le dossier de Mayotte est dans le livre d’Ahmed Wadaane Mahamoud. Mais, comment faire quand la haine, l’aigreur et la jalousie dominent les relations sociales?». Ce mot de reconnaissance de la qualité du travail d’Ahmed Wadaane Mahamoud, l’un des écrivains comoriens les plus brillants, est de Fahmi Saïd Ibrahim, ancien ministre, dont celui des Relations extérieures (juin 2010 – juin 2011). En tant qu’ancien ministre des Relations extérieures, Fahmi Saïd Ibrahim a donc été confronté quotidiennement à l’épineux problème de Mayotte. Sa reconnaissance de l’utilité de l’œuvre d’Ahmed Wadaane Mahamoud l’honore, dans un pays où l’écrivain est considéré comme un traître et où les fainéants sont les plus prompts à insulter ceux qui écrivent, oubliant que dans l’Antiquité, Socrate avait été obligé à boire la ciguë (poison) pour ses idées et qu’en son temps, Jean-Jacques Rousseau avait été partout chassé en Europe, toujours pour ses idées, avant que ses cendres ne soient au Panthéon.

      Pierre Vérin, en bon connaisseur des Comores et des ressorts intimes du pays, avait ricané sur ceux qui dénigrent l’historien Jean Martin, auteur d’une volumineuse Thèse de Doctorat en Histoire sur les îles Comores, en parlant de «certaines assertions de chercheurs qui l’ont beaucoup critiqué mais ont fort peu écrit»: Pierre Vérin: Les Comores, Éditions Karthala, Collection «Méridiens», Paris, 1994, p. 7.

Fahmi Saïd Ibrahim, en parlant du dossier de Mayotte en relation avec Ahmed Wadaane Mahamoud, a une idée derrière la tête, et cette idée se retrouve dans l’utilité du livre écrit par l’enfant de Mbéni: Ahmed Wadaane Mahamoud: Mayotte: le contentieux entre la France et les Comores, L’Harmattan, Paris, 1992 (306 p.). À la sortie de ce livre, l’auteur avait reçu du Président François Mitterrand un mot fort sympathique. Ce mot constitue une reconnaissance de la qualité du travail de l’écrivain mbénien, qui a décidé de sortir des sentiers battus, quitte à se mettre à dos les bien-pensants et les chantres de la bien-pensance. Aristocrate jusqu’au bout des ongles, intellectuel brillant et fin observateur des réalités comoriennes, Ahmed Wadaane Mahamoud sait faire des gestes de grand Seigneur qui, chez quelqu’un d’autre, auraient paru ridicules. En région parisienne, quand il doit se présenter à une cérémonie quelconque, il sait déjà que toutes les dispositions protocolaires sont prises pour son accueil dans la gloire.

      Ahmed Wadaane Mahamoud n’écrit que sur des choses utiles. Les futilités ne sont pas sa tasse de thé. Il est un chercheur qui cherche. Et qui trouve. Quand il écrit, il va au fond des choses. Ses enquêtes sont intenses, toujours assorties de nombreux documents officiels, bien souvent hors de la portée du premier venu. Dans le livre sur Mayotte, on plonge dans les débats houleux de l’Assemblée nationale française des années 1970 sur ce dossier empoisonné. Le travail de sélection effectué par le Président de RIFAID Comores en la matière est tout simplement époustouflant et majestueux.

Citons un autre exemple. Il est dit de Saïd Mohamed Djohar que «pendant son mandat, les citoyens comoriens assistèrent à la gestation, de plus en plus difficile, et à la mort rapide de gouvernements sans cohésion. Salim Himidi a relevé la succession chaotique de “dix-huit équipes gouvernementales et de 200 nominations ministérielles en 5 ans de règne”»: Alain Deschamps: Les Comores d’Ahmed Abdallah. Mercenaires, révolutionnaires et cœlacanthe, Éditions Karthala, Collection «Tropiques», Paris, 2005, p. 173. Mais, où sont les fameuses listes sur ces gouvernements? Eh bien, dans un livre merveilleux, l’ancien chargé d’affaires à l’Ambassade des Comores à Paris déballe toutes les listes dont parle notre vénérable aîné Salim Hadj Himidi: Ahmed Wadaane Mahamoud: Scandales politiques en série. Le cri du Président Djohar: «La France m’a déporté», Les Éditions de l’Officine, Paris, 2001 (357 p.).

      Sur le même livre, on retrouve les documents sur les scandales qui ont détruit le régime politique de Saïd Mohamed Djohar, le calcul du nombre de putschs qu’il y a eu aux Comores. Mais, Ahmed Wadaane Mahamoud va plus loin. Images à l’appui, il nous montre les morts du putsch du 28 septembre 1995 contre Saïd Mohamed Djohar, pendant que le poète poétique Azali Assoumani prenait poétiquement la fuite en slip pour aller, dans la poésie, se cacher à l’Ambassade de France aux Comores. De ces morts comoriens, personne n’a parlé, sauf le truculent et sémillant intellectuel de Mbéni.

Ahmed Wadaane Mahamoud est l’homme de la «Refondation». D’ailleurs, il a intitulé l’un de ses livres Refonder les Comores: Ahmed Wadaane Mahamoud: Refonder les Comores, Cercle Repères, Champigny-sur-Marne, 1996 (268 p.). Ce livre, consacré à l’élection du Président des Comores en 1996, est un vrai régal, notamment à travers les qualificatifs attribués aux candidats: «Abbas Djoussouf, le favori vaincu», «Mikidache Abdourahim, l’altier éliminé», «Mohamed Taki Abdoulkarim, le préféré gagnant», «Mouzaoir Abdallah, l’acrobate écrasé», «Omar Tamou, le grimpeur étouffé», «Saïd Ali Kemal, le sprinteur épuisé», «Saïd Hassane Saïd Hachim, le jongleur laminé».

      La biographie de l’écrivain audacieux du Hamahamet est impressionnante. Il serait donc impossible de citer toute son œuvre. Il faudra un jour découvrir l’œuvre immense de cet homme courageux, au pli de pantalon impeccable (personne n’oserait l’imaginer portant des vêtements froissés), aux vêtements coupés dans la belle étoffe, à la coupe de cheveux de classe internationale, et qui assume ses idées sans le moindre complexe, mais sans heurter la susceptibilité et la sensibilité des gens. Voilà un aristocrate qui refuse de se comporter en enfant gâté.

Je me souviens encore de cette rencontre avec cet intellectuel et politicien de Mbéni qui me voyait pour la première fois en ce mois d’avril 2007. Lors des présentations, dès qu’on mentionna mon nom, il avait sursauté comme piqué par un essaim de guêpes et de frelons: «En lisant ton livre, Comores. Les institutions d’un État mort-né, je croyais que tu étais agité comme Ahmed Wadaane Mahamoud». En réalité, Ahmed Wadaane Mahmoud n’est pas «agité», mais est un agitateur d’idées. Il en propose 30 par jour, dont 29 susceptibles de mise en œuvre immédiate par un État comorien frappé d’autisme.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Dimanche 30 juillet 2017.

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