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Ali Soilihi : quand les excès nuisent aux ambitions

De tous les hommes, chefs d’Etat ayant gouverné les Comores, l’on retient, même sans le vouloir l’image d’une emblématique personnalité, d’un incontournable maître politique du Temps : Ali Soilihi Mtsachiwa. Dans un article précédent, nous avions regretté le phénomène comorien consistant à être contraint d’admirer le passé, même celui que les contemporains avaient sévèrement jugé, parce que le présent n’est que maléfique. Mais qu’est-ce qui a fait d’Ali Soilihi un homme détesté par les Comoriens hier mais le plus admiré dans sa tombe aujourd’hui ? Quelle lecture fait-on de ce phénomène comorien ? Les ambitions peuvent-elles être nuisibles à l’homme ? Nous avons jugé nécessaire d’analyser cette page de l’Histoire comorienne pour comprendre l’engouement actuel mais aussi la haine d’hier contre Ali Soilihi par le même peuple : les Comoriens.

L’ambition mais laquelle ?

Dans son essai Quand l’ambition fait perdre la raison, l’écrivain ivoirien Fodjo Kadjo développe avec aisance la nécessité d’être ambitieux pour réussir ses projets même les plus fous dans la vie. En revanche, il interpelle le lecteur, l’individu, ambitieux qu’il veut ou peut paraître sur les mécanismes de réalisation de ladite ambition. Selon Kadjo, […] Une ambition n’est pas démesurée parce qu’elle dépasse l’entendement du commun des mortels, ni parce que les moyens nécessaires à sa réalisation ne semblent pas, à priori, être à portée de main. Elle ne l’est que lorsque les moyens mis en œuvre pour la satisfaire sont manifestement contraires à la Loi ou à la morale. Pour illustrer son analyse, l’ivoirien qui a tout vu sur cet aspect rajoute : Le voleur et le commerçant ont la même ambition : gagner de l’argent. Mais celle du premier est jugée excessive et condamnée parce qu’il emploie des moyens immoraux, parce qu’il emploie des moyens malhonnêtes reprouvés par la conscience collective. Et de poursuivre, […] une ambition est démesurée, lorsque pour la satisfaire, celui qu’elle habite recourt à des moyens légalement ou moralement condamnables. C’est bien une ambition légitime pour chacun de nous, de vouloir réussir dans la vie, être riche, célèbre ou puissant. Mais la réalisation de ces vœux passe nécessairement par des voies et moyens non nuisibles aux autres et dont l’emploi n’est ni prohibé ni reprouvé par la société.

Ainsi, Ali Soilihi, celui que les Comoriens appellent unanimement le « révolutionnaire » n’a-t-il pas manqué d’attention quant à ses ambitions personnelles pour le compte du collectif comorien ? Ce manque d’attention, faut-il le souligner ne s’inscrit pas dans un registre moderne où le doute serait ancré sur des soupçons de détournements de fonds publics. Tellement le pays avait bien avancé dans cette période soilihiste avec la mise en place d’une vraie politique de décentralisation, qu’on aurait du mal à justifier tout abus public d’ordre financier. Pour illustrer ce fait dans l’actualité, nous prenons l’illustre exemple de la société ONICOR aujourd’hui dont le patron d’origine mohélienne est jugé comme étant parmi les meilleurs directeurs généraux dans le pays. Pourquoi cela ? – Et bien parce que depuis qu’il est là, il n’y a pas eu de pénurie en matière de riz dans le pays et que sa politique anticipe.

La Révolution au service d’une démocratie libératrice

Pour revenir sur le cas Ali Soilihi et son pouvoir, la démocratie s’est beaucoup plus manifestée par les ambitions du chef de l’Etat dans sa campagne directe ou médiatique devant sensibiliser le peuple comorien en mettant l’accent sur l’utilité de la langue locale. Les campagnes d’alphabétisation expliquent l’ambition d’Ali Soilihi d’éradiquer le problème par ses racines. L’implication de la femme comorienne dans les affaires publiques en est aussi un symbole fort de cette démocratie, la lutte contre les inégalités sociales et la politique de décentralisation traduisent cette ambition démocratique du régime révolutionnaire d’Ali Soilihi. Son charisme d’homme de terrain a pu s’illustrer par la volonté de l’homme, de faire de la langue comorienne une expression réelle par elle-même quand on exprime des réalités dérivées de la culture universelle. Ainsi, l’on trouve dans cette volonté soilihiste une envie d’enrichir les Comores dans tous les nivaux à commencer par la culture. L’ambition du Mongozi, de développer le pays était alors bien claire. Pour citer Saïd Mahamoudou, cette ambition d’Ali Soilihi était basée sur la lutte contre les dépenses ostentatoires liées aux coutumes locales, le charlatanisme, le chômage, la corruption, les inégalités sociales et l’inapplication de la loi, marque fortement le programme politique du nouveau régime.

Quand les ambitions nuisent à elles-mêmes

Cependant, pour atteindre les objectifs fixés par la Révolution, le régime a souvent fait usage de la répression. Les méthodes ont longuement engendré la terreur et beaucoup plus d’abus de pouvoir dont les acteurs principaux furent les Washangirizi et le Commando Mwasi. Le caractère dur d’Ali dans l’exercice du pouvoir s’est donc illustré par les manifestations immédiates de joie populaire après l’annonce de la mort du Mongozi. Ce n’est donc pas anodin que le premier roman d’expression française La République des imberbes est un lourd témoignage, un sombre procès fait sur les deux ans et-demie de pouvoir du Mongozi. Comme le personnage historique, dans l’Histoire de La République des Comores, entre le 3 août 1975 et le 13 mai 1978, le personnage fictif, dans La République des imberbes de Mohamed Toihiri est maudit par le peuple qui danse après l’annonce de la chute tragique du pouvoir. Ali Soilihi, aidé par la France a conquis le pouvoir, à la suite d’un coup d’Etat, quelque jours après la proclamation de l’indépendance. Il en est destitué par le mercenaire français Bob Denard derrière lequel se trouvait Ahmed Abdallah « grand rancunier » du 3 août 1975.

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