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Assassinat d’Ibrahim : Trois colleurs d'affiches FN pour un meurtre raciste

Par MARC LERAS – Mardi, 9 Juin, 1998
L’Humanité

Un soir d’hiver 1995, à Marseille, trois membres du Front national en train de coller des affiches ouvrent sans raison le feu sur un groupe de jeunes et abattent d’une balle dans le dos Ibrahim Ali, âgé de dix-sept ans. Le procès de ce crime odieux, qui n’a pas été dénoncé par les dirigeants du FN, commence aujourd’hui.
 

De notre correspondant particulier.

MARDI 21 février 1995. Ibrahim Ali, un jeune homme de dix-sept ans, est abattu d’une balle dans le dos, dans le quartier des Aygalades, dans les quartiers nord de Marseille. Ce jeune Français, d’origine comorienne, revenait d’une répétition avec son groupe de rap, B. Vice, et courait après un bus pour rentrer chez lui, dans le quartier de la Savine.
 
Avec neuf camarades, il préparait un gala de lutte contre le SIDA. Trois personnes, des colleurs d’affiches du Front national, en train d’officier à ce carrefour, ouvrent le feu sur le groupe, sans raison apparente, avec un fusil 22 long rifle et un pistolet 7.65. Quatre douilles percutées seront retrouvées sur place par les policiers. Certains jeunes se sont couchés et ont fait le mort sous ce déluge de plomb. Un des amis d’Ibrahim entendra sa dernière phrase avant qu’il s’écroule: « Ils m’ont eu ». Le jeune homme est décédé une demi-heure plus tard, dans l’ambulance des pompiers.
 
Mardi 9 juin 1998. Les trois assassins présumés d’Ibrahim, des militants et colleurs d’affiches du Front national, comparaissent devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône. Dans le box, Robert Lagier, soixante-cinq ans, retraité, détenu, est accusé d’être l’auteur du coup de feu mortel. Mario D’Ambrosio, ébéniste, qui, le soir des faits, avait tiré avec le pistolet 7.65, est également détenu et sera jugé pour « tentative d’homicide volontaire, complicité d’homicide volontaire et port illégal d’armes ». Enfin, Pierre Giglio, un maçon, âgé de quarante et un ans aujourd’hui, mis en examen pour « complicité d’homicide volontaire, complicité de tentative d’homicide volontaire et détention d’armes de quatrième catégorie ». Il est actuellement en liberté sous contrôle judiciaire.
 
Dès le lendemain du drame, soutenus par les leaders nationaux du FN, les trois hommes, qui s’étaient rendus aux policiers du SRPJ de Marseille en compagnie de leurs avocats, plaident contre toute évidence « la légitime défense ». Ainsi, Bruno Mégret, délégué général du Front national, déclarait sur les ondes de RMC: « Les colleurs se sont fait agresser. S’ils n’avaient pas tiré, ils seraient morts aujourd’hui. » Une thèse qui a été balayée par l’instruction. Bruno Mégret a été cité à comparaître comme témoin par les parties civiles, pour s’expliquer sur ses propos de l’époque.
 
Plus fondamentalement, les avocats de ces parties civiles (MRAP, LICRA, S.O.S.-Racisme, LDH), entendent faire la démonstration qu’Ibrahim a été tué parce qu’il était Noir et Comorien. Que le racisme, donc, a nourri le geste criminel. Car le lien est direct entre le discours des dirigeants du FN et l’acte de leurs militants encartés. « Cette propagande du FN constitue un appel à la haine, un mélange de racisme, d’intolérance et de bêtise », note Me Alain Lhote, avocat du MRAP. « Ce cocktail détonnant a frappé une victime sans défense, un gamin français d’origine comorienne. Ibrahim Ali a été la victime expiatoire de cette propagande. »
 
Le procès, attendu depuis plus de trois ans, mobilise Marseille la démocrate. Plusieurs associations, dont la Fédération comorienne, syndicats (CGT, CFDT Sud) et partis politiques (PCS, PS, MDC, les Verts), se sont constituées en « collectif contre l’exclusion » et organisent des manifestations de protestation et des initiatives culturelles.
 
« Ce procès ne doit pas se tenir uniquement dans les murs du palais », explique Patrick Lacoste, membre de la Ligue des droits de l’homme et animateur du collectif. « La population, et surtout la jeunesse, doit se l’approprier pour exprimer son rejet de la haine et du racisme. Nous allons montrer que Marseille s’assume en tant que ville mosaïque. »
 
MARC LERAS
Mardi, 9 Juin, 1998
L’Humanité

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