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Azali Assoumani et son destin

Le connu dans la maison ! Au gouvernail de l’Union des Comores, on est loin de l’énigme. Le tout nouveau président de l’Union des Comores n’atterrit pas comme un inconnu. Il est élu dans une ambiance particulière féerique. On a compris ! La magie du changement s’est imposée à cette élection. Le rejet est donc clair, celui contre des politiques impuissants face au chaos social ascensionnel sévissant dans ce petit pays de moins d’un million d’habitants. Azali Assoumani est subséquemment porté par ce vent dominant. Il n’a qu’à planer sur.

En plaine tempête, nous avons reçu ce joli cadeau pour un voyageur habitué. Mais n’est-il pas empoisonné ce cadeau ? C’est du moins une question qui mérite d’être posée car l’état dans lequel le pays se trouve, bien visibles et immenses sont les défis que nous avons à relever. Le pays vogue sur une mer très en colère, le grand mât caduc. A bord de ce bateau ? 805090 bouches dont 405 406 masculines (50,4%) et 399 584 féminines (49,6%). 10 074 naissances, rien que pour cette année 2016. 784 Comoriens ont quitté le territoire[1] en 2016. La croissance démographique ne faisant que grimper tous les ans. 2 250 sont les Comoriens décédés cette année dont nombreux disparus dans les eaux de cette mer en colère. La jauge sociale en dit long. Mais ça c’est une autre question dont nous en aurons l’occasion de décomposer largement le fond.

Notre héros a fleuri. C’est bien le moins. Bien évidemment, nous sommes très loin de la politique cataloguée gauche-droite, républicaine-démocrate. – Oui, nous n’en sommes pas là aujourd’hui. Mais pour qu’il y ait 2 en suite, il en faut 1 d’abord. Ça viendra un jour où la politique idéologique prendra les dessus de tous et ce n’est pas une vaine réalité ; il faut reconnaitre qu’on ne peut en aucun moment souhaiter revenir en arrière, mettre en cause l’évolution démocratique que notre pays a déjà expérimentée dans son Histoire récente qu’elle soit. Les Comoriens sont de plus en plus matures, font fi à toutes opérations et propagandes hostiles à la paix civile et donc favorables aux fronts et à l’affrontement chaotique.

Dans la liesse et les vivats, le peuple des Comores chante et fait chantonner le cri de la liberté pour avoir enfin vu et fait respecter son expression dans une course folle et longue entre le 21 février et le 11 mai. Ça c’est de la démocratie. Bien sûr, cette victoire, elle vient de très loin. Mais nous n’en bouderons aucunement. Ah non ! Le peuple des Comores a su donc faire le tri en mai 2016 au cours du long voyage en mer. Question : quel est l’âge du capitaine ?

Azali Assoumani a 57 ans. Militaire de formation, il est officier et homme d’Etat. Le pays, il le connait encore mieux après l’avoir gouverné et assisté dans la difficulté. Les Comoriens, alors gangrenés depuis 1994 par le séparatisme profond ont vu, grâce à lui le pire s’être déjoué : la dislocation totale de notre archipel. Le jeune Mitsoudjéen – qui aime le foot, les petites blagues – a la facilité d’approcher tout le monde. Il a quitté le pouvoir sans les moindres réticences en 2006 dans une tournante présidentielle qu’il a lui-même assise en 2002 pour mettre fin aux caprices insulaires des uns et des autres. Il épouse donc une normalité politique propre à lui vue de sa façon modeste de se comporter vis avis des autres et avec qui il garde la même hauteur. Dans cette longue course électorale de 2016, Azali Assoumani a su dépasser les petits calculs mettant en avant l’intérêt général et évitant les petits pièges, les gros filets tendus et contractés pour le tirer vers le bas. Contrairement aux conseils manqués ou pas mais qui n’ont pas démontré leur efficacité chez Mohamed Ali Soilihi, Azali Assoumani a été bien entouré, mieux conseillé dans cette longue et dure épreuve. Cela relève du propre de lui-même. Il accorde une importance à l’autre. Il l’écoute, confronte ses idées avec celles des autres et en tire les conclusions qui s’y imposent.  Il sait faire preuve d’un Grand habitué à jouer dans les cours des géants. N’est-il pas, avant tout émergé dans un ventre régional de Hambou remarquablement connu, matrice de la plus part de toutes nos présidences ? – Chouani d’Ali Soilihi et Djohar, Mitsoudjé d’Azali (1999-2006) et Mitsoudjé du même Azali aujourd’hui.

Azali Assoumani sait qu’il y a du pain sur la planche, que les Comoriens font reposer sur lui tous leurs espoirs jusqu’ici éclaboussés. Il peut compter sur nous qui, dès le départ, nous l’avons cru, nous avons emprunté son chemin, nous avons compris que le destin d’un homme ne se brise pas sur les coups des « on dit ». La grande affaire, Monsieur le président, c’est d’être digne de ton destin. Un destin d’auguste qui t’élève encore une fois et t’expédie en apesanteur, non pas dans un espace que tu connais parfaitement (Beiti-Salam), mais celui de l’Histoire.

[1] http://countrymeters.info/fr/Comoros le 16 mai 2016 à 11h56.

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