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Azali Assoumani ou comment faire du neuf avec du vieux

Azali Assoumani ou comment faire du neuf avec du vieux

Par Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah

     «Le gouvernement d’Angleterre est un des plus sages de l’Europe, parce qu’il y a un corps qui l’examine continuellement, et qui s’examine continuellement lui-même; et telles sont ses erreurs qu’elles ne sont jamais longues, et que par l’esprit d’attention qu’elles donnent à la nation elles sont souvent utiles. En un mot un gouvernement libre, c’est-à-dire toujours agité, ne saurait se maintenir, s’il n’est par ses propres lois capable de correction»: Montesquieu: Romains, p. 152.

     Après le gouvernement de complaisance juste pour récompenser ses alliés électoraux, le Colonel Azali Assoumani nous parle du changement avec des vieux que le peuple avait jetés à la poubelle. On avait compris et noté que le Colonel Azali Assoumani avait été hué et détesté à la fin de son mandat de 1999-2006 et surtout lors de la passation du pouvoir avec Ahmed Abdallah Sambi du fait de la mauvaise gestion qu’il avait eue avec son équipe. Il n’a pas retenu les leçons de ses échecs et la mauvaise stratégie consistant à laisser «Madame la Générale» orienter et en plus dans la pire des directions la politique du pays, en nommant aux responsabilités des sociétés d’État ses hommes de connivence. Remettre à la tête des sociétés d’État des hommes dont la gestion, au sein de ces mêmes établissementsn a été calamiteuse et ruineuse est une insulte à la population comorienne. Azali Assoumani a oublié qu’il avait dit dans son long discours à la grande mosquée de Mramani, Anjouan, que les Comoriens ont évolué. Oui, les Comoriens ont évolué mais, Azali Assoumani n’a pas évolué: il laisse les siens dilapider les deniers publics comme un patrimoine familial. Au-delà de sa vigilance de la gestion des deniers publics, le peuple comorien veut voir aussi son quotidien évoluer et non seulement pas celui de ses dirigeants. Le temps de silence passif est révolu et on n’attendra pas cinq ans pour en juger et agir.

Le Badjini est la région la plus oubliée et la plus méprisée par Azali Assoumani

     «Le gouvernement le plus conforme à la nature est celui dont la disposition particulière se rapporte mieux à la disposition du peuple pour lequel il est établi»: Montesquieu: Esprit des lois, p. 24.

     Depuis Ahmed Abdallah Abdéremane le pouvoir a été toujours partagé au sein des régions, de la plus grande à la plus petite, plus particulièrement entre les grandes villes. On peut comprendre qu’à l’époque, il y avait une dictature et que le chef de l’État ne respectait que lui-même et la notabilité. Mais, à l’avènement de ce que nous appelons la démocratie à la comorienne, on tient compte de l’électorat. Il est étonnant de constater que les Comoriens ont élu à la tête de deux exécutifs deux hommes dont l’un et l’autre sont issus de régions les moins peuplées de la Grande Comore. Le paradoxe est que le candidat promet de récompenser les électeurs afin d’être reconnaissant aux services rendus. Mais, au fond dans la pratique, on donne à ceux qui n’ont pas voté les gros lots, du moment où ils savent magouiller pour servir le chef, et les miettes à ceux qui l’ont amené au pouvoir par les procédés qu’on connaît.

     Il est de notoriété publique que le Colonel Azali Assoumani est un chauvin, qui n’aime que sa ville natale et sa région d’origine. Les Comoriens n’ont pas oublié que pendant les sept ans de sa précédente présidence, le pouvoir a été dans sa ville natale et dans sa région. Comme ses amis mohéliens l’ont remis au pouvoir, il ne voit pas de mal à refaire la même chose, et, de toute façon, il n’y a pas d’autres recettes.

Quel espoir les Comoriens peuvent avoir envers ceux qui ont échoué et ruiné le pays hier?

     Le Messager d’Allah a dit : «Les signes révélateurs de l’hypocrite sont au nombre de trois: il ment lorsqu’il parle, ne respecte pas sa promesse lorsqu’il la donne et trahit lorsqu’on lui fait confiance. Ceci, même s’il accomplit la prière, verse l’aumône et prétend être musulman». Rapporté par Mouslim.

     Les Comoriens ont pris l’habitude d’être enfumés par des discours rêveurs à la sauce du paradis, voir des choses qu’on n’a jamais vues. Mais, au final, ils n’ont rien vu venir que l’enrichissement de ceux qui les gouvernent et l’appauvrissement de la majorité de la population. Le pays continue sa descente aux enfers, sans déviation. Ils peuvent tolérer les fausses promesses, mais pas les insultes. Certes, ils ne supportent pas les insultes qui consistent à remettre au sein des sociétés d’État ceux qui les ont ruinés et se sont enrichis aux dos des Comoriens. Mais, Azali Assoumani se moque des Comoriens du moment qu’il est déjà au pouvoir et qu’il n’attend pas à un autre mandat après cinq ans. Lors de son discours à la grande mosquée de Mrémani, il disait s’inquiéter de l’échec de notre pays au niveau économique, «du moment où l’île Maurice, de la même taille que notre pays, et les Seychelles, plus petites que notre pays, réussissent pendant que nous sommes à la traîne». Les inquiétudes ou les questions sont normales et logiques, mais c’est à lui aujourd’hui de leur apporter des réponses et des solutions.

     L’île Maurice s’est développée, d’abord, en comptant sur ses propres forces (monnaie, tourisme, agriculture, pêche, textiles et services). L’ile Maurice a surtout bâti d’abord un État de Droit, où la justice a sa place et où les engagements pris ne sont pas remis en cause. Ceci est dû au fait que ses engagements ne mettent pas en cause les intérêts de la nation, seul critère d’un dirigeant politique. Mais, le début du mandat du Colonel Azali Assoumani est inquiétant et risque de nous donner des mauvaises surprises car on sent les odeurs des années 1999-2006. La question qu’on peut se poser est: jusqu’où les Comoriens peuvent tolérer d’être enfumés et ruinés?

Où est la continuité de l’État?

«Que la haine contre un peuple ne vous incite pas à agir avec injustice. Soyez toujours équitables car cela est plus proche de la piété».

(Coran, V, La Table bien servie, 8).

     Aux Comores, l’unique grande entreprise, après la mise à mort de Galawa Beach, qui embauche, est l’État. Chaque dirigeant utilise cette force pour conquérir ou se pérenniser au pouvoir. C’est une réalité que personne n’ignore aux Comores. L’État constitue aussi un levier politique pour mobiliser les militants et les électeurs lors des élections présidentielles ou autres. Mais, il y a une autre réalité aussi que chaque responsable comorien ne doit pas faire semblant d’ignorer: la présence d’un fort chômage des jeunes diplômés dans notre pays. Quels que soient la haine et le mépris de ceux qui ont pris la direction de notre pays aujourd’hui envers leurs prédécesseurs, ils ne doivent pas lancer leur venin contre les nouvelles recrues. Ce sont des Comoriens, souvent qui méritent la place qu’ils occupent. Quand on veut mettre de l’ordre, on ne crée pas des désordres. Depuis l’avènement de la présidence tournante, on connaît une succession au pouvoir d’une manière «démocratique». Le changement de dirigeant au sommet de l’État est presque obligatoire. Le changement de responsabilité est normal, mais l’État continue à fonctionner, et le nouveau doit respecter les engagements des anciens. Ce sont des engagements pris au nom de l’État par des responsables élus ou nommés légalement. C’est valable au niveau de l’embauche et au niveau des investisseurs. À l’arrivée au pouvoir d’Ahmed Abdallah Sambi en 2006, un mois après, il a remis en cause les contrats de travail établis par son prédécesseur, Azali Assoumani. Ce dernier vient de refaire la même bêtise que son ex-remplaçant. Il y a une décision du ministère des Finances qui annule les recrutements qui ont eu lieu depuis janvier 2016. Il paraît qu’au niveau insulaire, à la Grande-Comore, on va annuler plus de 600 embauches fait par le dirigeant précédent. Nos nouveaux dirigeants prennent-ils conscience de drame qu’ils créent au sein des familles et de notre société? Remettre en cause les décisions des dirigeants auxquels on vient de succéder crée une mauvaise image de notre État à l’intérieur et à l’extérieur.

La continuité de lÉtat rassure les investisseurs étrangers

     Parmi les moyens que nos dirigeants doivent exploiter est l’attraction des investisseurs étrangers. Or, pour les attirer dans notre pays, il faut plusieurs facteurs, que nos voisins, comme l’île Maurice, ont pratiqués. Parmi ces facteurs, il y a la stabilité politique (qui n’est pas uniquement dans l’absence de coup d’État), qui rime avec respect des lois et des engagements priss par les dirigeants quel que soient le changement au sommet de l’État. Chaque fois que nos dirigeants expulsent un investisseur qui n’a commis aucune faute sauf celle d’être venu avant eux, il dissuade une dizaine au moins de ne pas venir chez nous. Un investisseur s’installe chez nous pour faire fortune et non pour se faire ruiner tous les cinq ans, quand il y aura un changement. Il ne peut y être profitable sans un État de Droit, où les dirigeants politiques respectent les engagements pris par leurs prédécesseurs. C’est au nom de l’État dont ils ont hérité que les autres ont agi. Nous osons espérer que nos nouveaux dirigeants remettent en cause leur décision. L’État doit être au service de tous les Comoriens, et non d’un clan politique.

     Que Dieu bénisse les Comores et les Comoriens dans l’unité de l’archipel, à savoir Mayotte, Anjouan, Mohéli et Grande-Comore.

Par Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah

Président du Parti Comores Alternatives (PCA)

Moroni, Comores

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© www.lemohelien.com – Dimanche 19 juin 2016.

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