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Azali vers un pouvoir absolu à l'africaine

Feu président Ahmed Abdallah Abdérémane l’avait tenté. Après deux mandats, il projetait à la fin des années 1980, de changer la Constitution pour s’imposer président à vie. Il voulait faire comme ses pairs africains de l’époque.

Le Président Azali tente le coup lui aussi.
En soixante ans les temps n’ont pas tellement changé en Afrique. M.Biya au Cameroun ne vient-il pas de se faire élire avec un score de plus de 70 % pour un 7ème mandat. Et il n’est pas le seul président africain assis sur le pouvoir depuis des lustres. Il se trouvera toujours des milliers de citoyens pour soutenir le pouvoir en place pour toutes sortes de raisons personnelles ; des fidèles parmi les fidèles du président en place ; des griots capables de chanter les louanges du chef ; des vrais et faux journalistes pour joindre leurs plumes acérés au concert.
Bien sûr que certains « illustres » présidents ont chuté lamentablement et ont honteusement pris la fuite tels Compaore au Burkina, Ben Ali en Tunisie, etc. Qu’à cela ne tienne ! Et puis les délices d’un pouvoir absolu n’ont pas de prix même si l’avenir demeure incertain. En tout cas les Comores semblent avancer à grands pas vers un pouvoir personnel de l’actuel président.

M. Azali réussit tout.
Il s’est emparé des assises, les a tenues sans des institutions fondamentales comme le Gouvernorat de Dzuwani, sans l’opposition, sans une bonne partie de la société civile. Des assises nationales « inclusives », « bénies » par la communauté internationale et les sages du pays, des assises dont les recommandations légitimeraient la marche forcée vers son pouvoir personnel.
Il a paralysé la Cour Constitutionnelle en faisant obstruction à sa complétude et il s’en est servi pour la suspendre. Une suspension dissolution de fait qui est passé sans trop de vagues.
Il a organisé son référendum et fait adopter sa Constitution. Le scandale d’une main sectionnée n’est perçue que comme un détail, un rien qui ne puisse entacher le scrutin. Une Constitution largement boycottée mais qu’il s’apprête à appliquer naturellement.
Il a embastillé les dirigeants politiques du principal parti d’opposition sans trop de dégâts. Imaginez donc, un Gouverneur en prison sans aucune réaction. Parvenir à boucler Salami, le fantôme qui l’empêchait de dormir en paix. Des vrais faux prisonniers politiques dans des geôles insalubres.
Il a dévoyé le dialogue inter comorien dans le même style que les assises, on discute entre soi et le tour est joué. L’absence de l’Union de l’Opposition n’empêchera pas d’avancer. En tout cas on en trouve des opposants prêts à collaborer et on les exhibe !
Il se prépare à organiser les présidentielles comme si cela allait de soi. Et ce processus emportera le gouverneur récalcitrant de Gazidja, le dernier troublion.

En face, rien de rien
L’Union de l’Opposition qui rassemble les principaux partis opposés au régime, Juwa et l’UPDC, semble dépourvue de stratégie. Ses réactions aux multiples agressions arrestations, dispersion de ses réunions publiques, levée de l’immunité parlementaire de ses députés les plus actifs, mise en détention de Salami, ont été ou sont pour le moins timorées. Elle donne l’impression de s’en remettre à la communauté internationale. Elle croît peut-être au scenario Nkuruziza au Burundi. Le président burundais parti furieusement à la conquête d’une présidence à vie a du y renoncer, du moins formellement. Il s’est engagé à ne pas solliciter un 3ème mandat ! A suivre … !
La Mouvance a déjà répondu. La communauté internationale recommande mais ne peut pas contraindre. Elle en veut pour preuve les multiples résolutions de l’ONU sur Mayotte restées lettres mortes. Elle oublie ou fait semblant d’oublier qu’entre un grand pays, membre au surplus du Conseil de sécurité de l’ONU et un petit pays insulaire il y a un immense fossé. On a donc raison de prendre appui sur l’Union Africaine. Mais force est de rappeler que l’international n’opère qu’en s’appuyant sur des facteurs nationaux. Et c’est là où l’on pèche.
Le peuple comorien est de toute évidence hors jeu. Il n’a pas de représentant, il n’a pas de voix. Il ne peut se retrouver dans le pouvoir brutal incarné par Azali, un pouvoir qui ne respecte rien et qui croit pouvoir justifier ses abus par ses réalisations par le biais d’une propagande populiste.
Le peuple comorien ne peut pas non plus se retrouver dans cette opposition qui n’ose pas s’engager à défendre fermement la démocratie et les droits de l’homme, une opposition qui n’a pas compris que son rassemblement sur la seule opposition au président actuel la décrédibilise. Aucun projet commun, juste le ôtes-toi de là que je m’installe. Une Union de l’Opposition qui risque d’éclater à l’occasion des présidentielles.
Tant que le peuple ne parviendra pas à se doter d’une organisation politique susceptible de porter ses aspirations, il n’aura pas de voix, son destin sera tranché sans lui.

Idriss

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