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Chammasse, un héros, un frère, nous a quittés

Chammasse, un héros, un frère, nous a quittés

Il occupera toujours une place de choix dans nos cœurs

Par le Général Salimou Mohamed Amiri

     Chammasse, hélas!

     Le poète Homère (VIIIème siècle avant Jésus-Christ) attribuait le titre très envié de héros aux humains dotés d’un courage et d’un mérite supérieurs, ainsi qu’aux favoris particuliers des dieux de l’Olympe, à une époque où les Grecs de l’Antiquité en reconnaissaient une multitude. Nous, en terre d’Islam, nous parlerons bien sûr de «bénis de Dieu», car pour nous, il est l’Unique, l’Omnipotent et l’Omniscient. Pour nous qui préférons les personnes «moins connues» à celles placées sous les feux de la rampe, Chammasse est assurément un héros, dans le sens le plus noble du terme. Il était un héros comorien.

     Chammasse est un héros dont le courage et le mérite consistaient pour lui à savoir transcender avec dignité et courage son handicap, pour vivre non pas comme le non-voyant qu’il était, mais comme un individu normalement constitué, sinon plus. Parce que, s’il ne voyait pas par les yeux, il voyait par le cœur, un cœur pur.

     Chammasse, hélas!

     Quel est ce Comorien qui n’a pas en tête une de ces merveilleuses chansons dont il avait lui seul le secret, et dont certaines, un tantinet engagées, attiraient l’attention de nos responsables politiques sur l’état de déréliction profonde dans lequel gît notre pays? Qui oubliera le courage de ce non-voyant qui a su transformer son handicap en avantage, séduisant plus d’un aux Comores et en Afrique du Sud, allant jusqu’en Inde, où il chantait pour le bonheur de ceux qui l’avaient invité, mais aussi pour le nôtre, pour nous qui l’avons admiré jusqu’à la dernière minute?

     Est-il un héros national? Voilà un autre débat, qui en cache d’ailleurs un autre, non moins important, que je lance ici, et pour lequel tout un chacun peut donner son avis: Chammasse mérite-t-il des funérailles officielles? Il en aura bien sûr si nos gouvernants estiment qu’il leur est redevable de quelque chose. Une certitude cependant: Chammasse a tout fait pour n’être redevable que de lui-même, de son propre succès.

     Chammasse est un héros; il est en tout cas un de mes héros; un héros parce qu’il était un «béni de Dieu», et Celui-ci nous l’a bien dit: le meilleur des humains n’est pas forcément le plus beau ou le plus riche (…). Le meilleur de nous tous est le plus pieux et assurément, et Chammasse était un humaniste d’une piété exemplaire et d’une pureté indéniable.

     N’oublions pas que lors du Sermon d’Adieu, en 632, le Prophète Mohammed nous légua cet héritage: «[¼]. O peuple, en vérité, votre Seigneur est un, et votre ancêtre est un: vous descendez tous d’Adam, et Adam a été créé de terre. Le plus digne de vous auprès de Dieu est celui qui Le craint le plus. Et aucun Arabe n’a de supériorité sur un non-Arabe, sauf par la piété. [¼]».

     Chammasse, hélas!

     Malheureusement, la mort l’a fauché, à équidistance entre son pays qu’il aimait si tant, et l’Afrique du Sud, où il vivait. Dieu nous l’a ravi à notre affection pour le garder maintenant sous Sa propre affection. Pour autant, il occupera toujours une place de choix dans nos cœurs.

     En cette douloureuse circonstance, j’adresse en mon nom personnel, en celui de ma famille, et en celui d’autres qui se reconnaîtront ici, mes condoléances les plus attristées à la famille de Chammasse, à tous ceux qui lui sont chers, ainsi qu’à tous ceux qui lui étaient proches par les idées et les convictions; je suis de tout cœur avec sa femme, restée en Afrique du Sud, dont j’imagine le choc d’avoir vu partir un mari qui lui a promis de la revoir quelques semaines plus tard, mais qu’elle ne reverra finalement que dans l’au-delà; qu’elle sache que son mari a laissé beaucoup d’amis, sur lesquels elle pourra toujours compter.

     Mon frère Chammasse, cher héros, tu n’as fait que nous précéder sur le chemin de Dieu. Nous n’arrêterons pas de prier pour toi jusqu’à ce que nous te rejoignions; je te demande à toi aussi de prier pour notre pays, cette terre dont tu as tant voulu le développement, mais qui jusqu’ici, comme le bateau ivre du poète, semble n’aller nulle part. Je te salue. Tu vas manquer à des milliers de Comoriens.

     Que Dieu accueille Chammasse en Sa Sainte Miséricorde et l’agrée dans la demeure éternelle de la Paix.

     «À Dieu nous sommes, à Lui, nous retournons».

Par le Général Salimou Mohamed Amiri,

Ancien chef d’État-major de l’Armée nationale de Développement (AND) des Comores

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© www.lemohelien.com – Lundi 12 septembre 2016.

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