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Chasse des Comoriens à Mayotte : à quand le dépassement du statut de dominé ?

« Comment écrire alors que ton imaginaire s’abreuve, du matin jusqu’aux rêves, à des images, des pensées, des valeurs qui ne sont pas les tiennes ? Comment écrire quand ce que tu es végète en dehors des élans qui déterminent ta vie ? Comment écrire, dominé ? », Patrick Chamoiseau, penseur et écrivain français d’origine martiniquaise, Prix Goncourt en 1992 pour son roman Texaco » plus de 70 ans après la récompense de l’Antillais René Maran pour Batouala.

« Il sera utilisé contre nous, pour nous forcer à renoncer à notre unité nationale, l’arme absolue : l’arme économique et financière. », Ali Soilihi, Président de la 1ère République des Comores (1975-1978).

Deux extraits tirés dans deux textes de genres et d’auteurs différents dont l’un un essai du Martiniquais Patrick Chamoiseau Ecrire en pays dominé, Gallimard, 1997, et l’autre extrait tiré de l’un des discours du feu président Ali Soilihi Mtsachiwa, celui que les Comoriens se mettent d’accord aujourd’hui sur la très célèbre appellation « Mongozi », mais que l’écrivain comorien Salim Hatubou choisit de mettre en valeur à l’ouverture de son roman Hamouro, L’Harmatt2005. (Paix à son âme).

Dominés mais qui et par qui ?

Loin des débats français sur l’intégration, sur les rapports entre cette France pays des droits de l’Homme et son immigration, loin des tollés que ces débats sur la reconnaissance des dégâts de l’esclavage avaient suscités en France, il y a une quinzaine d’années, nous sommes aujourd’hui face à une triste réalité où nous sommes obligés d’en revenir : y-aurait-il dans l’enceinte de la République, des zones hors-la-loi républicaine ? Cette question peut nous renvoyer encore plus loin car elle ouvre une frange connue, celle admettant sans tabou le dilemme d’une France Nord-Sud, d’un questionnement sur la Francophonie et sa nécessité réelle dans les girons républicains, bref, tout un questionnement sur l’Outre-mer de la République française.

L’idée n’est pas de s’étaler sur cette question vaste, mais de s’interroger pour comprendre si des territoires sous l’autorité républicaine seraient et feraient exception.

Comment est-ce qu’on a pu laisser des groupuscules s’en prendre pendant plusieurs jours à des hommes et femmes, à des familles, à des enfants peu importe leurs statuts « paperastiques » (francophonie nous oblige) ? Serions-nous face au dicton cesérien selon lequel Mayotte serait un département entièrement à part au lieu de Mayotte département à part entière ?

Les faits ? – Des Comoriens vivant à Mayotte deviennent la cible préférée de nombreux voyous de la République dans cette île comorienne gardée depuis deux siècles par la France et revendiquée par l’archipel des Comores depuis. Plus de 500 Comoriens sont sauvagement roués de coups et chassés de leurs résidences souvent brulées et sont trainés sur la voie publique à Mayotte. La question n’est pas « pourquoi des voyous s’en prennent à ces personnes-là, mais « qu’est-ce qui explique le vide républicain dans ce territoire de Mayotte et pourquoi ce manque de réaction immédiate des autorités ?

Comme nos aïeuls, nous nous emparons de cette langue française. Parfois, nous la chérissons, la laissons telle que la décrivent leurs institutions, la manions d’une beauté inouïe pour que la République et d’autres humanitaires nous entendent nous écoutent à l’oreille dénudée. Va-t-il nous écouter ? – Je ne peux pas l’avouer mais pour que nous soyons écoutés, nous devrons sortir du silence. Nous, ce sont les autorités comoriennes dans un premier temps. Elles sont naturellement contraintes à agir et à remplir leur rôle de tutelles lorsque la sécurité, la dignité et l’intimité des concitoyens sont en jeu sur leurs propres territoires ou en dehors de ceux-ci. Ces valeurs humaines, lorsqu’elles sont menacées, la voix de l’autorité se fait sentir sans attendre avant que d’autres s’en mêlent. Or, force est de constater que les autorités de Moroni s’en moquent, n’y accordent aucune importance. Le journaliste, Directeur du journal Al-Watwan, Ahmed Ali Amir y perd patience et accable les autorités comoriennes avec ses mots durs en lettres capitales « PENDANT QU’A MAYOTTE, DES FAMILLES COMORIENNES SONT SOUS LA PLUIE, LES ENFANTS DORMENT A MEME LE SOL, A CIEL OUVERT, VIVANT SOUS LA MENACE D’AGRESSIONS, MORONI SE CONTENTE DE DECLARATIONS VASEUSES ET SE PERD DANS DES COMMUNIQUES SANS RELIEF. »

Une parole se libère encore une fois et gare à ceux qui nous en tiendront rigueur dans l’avenir. La peur de discourir sur ce qui ne va pas à l’intérieur, pire encore, de s’abstenir à le faire envers l’extérieur résume tout simplement le cri du Martiniquais Chamoiseau s’interrogeant sur le comment écrire dominé. L’acte d’écrire c’est une forme comme tant d’autres mais qui répond à un et unique objectif humain de communiquer. Communiquer pour dire quoi ? – Pour dénoncer quand il le faut bien et non pour se résigner.

Comoriennes et Comoriens, comme vous le faites aujourd’hui, d’où que vous soyez dans le monde, vous avez le devoir se vous exprimer contre l’indifférence de nos autorités face à cette situation à Mayotte, comme vous devriez en faire votre propre combat. Ne vous laissez pas dominer ainsi. Chacun a sa contribution estimable sur ce combat patriotique. On ne peut que saluer le geste noble de l’une des élues conseillères municipales françaises d’origine comorienne, Mme Maliza Said, après son courrier officiel du 17 mai 2016 adressé au président François Hollande dont une copie est conjointement envoyée à des personnalités politiques : le député Daniel Godberg, à la ministre de l’Outre-mer, Mme George PAU-LANGEVIN et au ministre de l’intérieur, Bernard CAZENEUVE.

Enfin, quand Salim Hatubou fait le tri et place en avant l’extrait d’Ali Soilihi dans son roman Hamouro, un texte dominé par la question comorienne de Mayotte, l’idée qui me vient en tête, est une légende collée à NDADJALE pour laquelle, le matérialisme éblouissant finira par prendre le dessus chez les peuples aux esprits fragilisés.

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