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Chronique politique. Azali Assoumani, un surfeur chevronné

Par Faïssoili Abdou

Azali Assoumani, président de l’Union des Comores. Photo d’archive

« Un bon stratège », l’ancien diplomate qui s’exprime ainsi parle du colonel Azali qu’il l’a vu très détendu quelques heures avant de commettre son coup d’Etat de 1999. « Il n’avait rien laissé transparaitre dans son comportement », ajoute-t-il. Plus qu’un stratège, le colonel nous apparait comme un surfeur chevronné. Il a déjà fait ses preuves tout au long de son parcours politique au cours duquel il a toujours profité des vagues pour s’imposer.

1999, 2002, 2016…Voilà les plus grandes date du parcours politique du colonel Azali, ancien officier et chef d’Etat major de l’armée comorienne qui a investi par effraction la scène politique comorienne le 30 avril 1999 à la faveur d’un coup d’Etat. Un putsch présenté alors comme une simple  « interposition de l’armée » décidée, selon ses meneurs, afin d’éviter au pays de « sombrer dans le chaos et l’anarchie ». Pourtant, des témoignages de certains observateurs et acteurs politiques de l’époque indiquent plutôt que la chasse aux Anjouanais déclenchée à Moroni quelques jours avant le coup d’Etat de l’armée, était encouragée dans l’ombre par le chef d’Etat major lui même qui prétextera ensuite de ces troubles pour s’imposer au pouvoir. Un pompier pyromane, en somme.

Alors qu’il avait promis de remettre le pouvoir aux civils l’année suivante, le chef militaire changera d’avis quelques mois plus tard en annonçant dans les médias qu’il avait pris le pouvoir et qu’il comptait bien y rester. J’y suis, j’y reste. « Ri fakuwa Nga rendeleyao ; entendez, nous avons pris le pouvoir et nous restons », déclara-t-il alors.

En 2002, Rebelote ! Après que le chef de la junte militaire au pouvoir a réussi à arracher un accord avec les sécessionistes qui tenaient l’île de Ndzouani, il fit ensuite adoptée par référendum, en 2001, la nouvelle Constitution qui allait instituer le Nouvel ensemble comorien.

En 2002, Azali se fera élire premier chef de l’Etat de l’Union des Comores à l’issue d’une parodie d’élection : ces deux principaux conccurents issus des primaires de Ngazidja ayant senti que les dés étaient pipés d’avance ont tout simplement choisi de se retirer ouvrant ainsi un grand boulevard au colonel qui s’est hissé au sommet de l’Etat sans coup férir. Et pourtant, comme dit le proverbe, « à vaincre sans péril on triomphe sans gloire ».

L’ancien chef militaire quittera le pouvoir en 2006, après avoir timidement tenté, un moment, de s’y maintenir prétextant qu’il ne pouvait pas organiser des élections primaires à Ndzouani, l’île à laquelle revenait  alors le tour de la présidence Tournante puisqu’il n’aurait aucun contrôle sur l’île. La forte  pression de la communauté internationale qui s’investira par la suite dans l’organisation du scrutin dans l’île contraindra le colonel à se plier à la loi.

En 2015, après  10 années de traversée du désert, 10 années de « chômage », indique l’intéressé, l’ancien chef de l’Etat retente sa chance pour revenir à Beit-Salam. Dans sa stratégie politique bien huilée, il prendra d’abord le soin de se rapprocher du pouvoir en place dirigé par Ikililou Dhoinine, qui avait officiellement investi Mohamed Ali Soilhi (Mamadou) comme son candidat. Ainsi, on a vu Azali participer à toutes les messes et agapes organisées par le pouvoir de l’Union et également celles du pouvoir insulaire de Ngazidja se donnant ainsi une visibilité à moindre coût. Une exposition qui lui sera bénéfique lors des élections primaires organisées sur l’île de Ngazidja.

En effet, l’ancien président arrive à se classer parmi les trois candidats autorisées à participer à l’élection générale. Une élection qu’il gagnera de justesse. Comme on l’a constaté, à l’issue des primaires, plusieurs candidats, parmi lesquels Fahmi Saïd Ibrahim, arrivé en 4ème position selon les résultats de la Ceni validées par la Cour constitutionnelle,  ont dénoncés des irrégularités lors des primaires et exigeaient ainsi un recomptage des voix. « Narawaze », clamaient-ils.  Une demande rejetée avec force par le pouvoir et la Cour constitutionnelle. Le Mouvement Narawaze s’est dilué après quelques semaines d’une résistance pacifique. Mais cela est une autre histoire.

Ce qui est intéressant dans cette séquence, c’est encore une fois la partition jouée par le colonel Azali. Le candidat arrivé, pourtant, en troisième place s’est rapproché des candidats malheureux se démarquant de la ligne défendue férocement par le pouvoir Ikililou dont il semblait pourtant plus proche. Cette position- était-elle sincère ?- lui attira la sympathie des perdants parmi lesquels le candidat de poids sur la liste à savoir Fahmi Saïd Ibrahim, soutenu par le parti Juwa de l’ancien président Sambi. Une formation politique qui bénéficie d’une grande popularité dans l’archipel et surtout à Ndzouani. Un accord d’alliance sera signé entre les deux parties favorisant ainsi l’élection de l’ancien président Azali qui a retrouvé son fauteuil de Beit-Salam, le 26 mai 2016. Azali a donc réussi le tour de force de puiser des soutiens au sein du pouvoir et dans l’opposition pour regagner le palais de Beit-Salam. Une grande prouesse.

 

Arrivé au pouvoir le leader de la CRC nomma des membres du Juwa dans son gouvernement pour les remercier de leur soutien. Mais cette alliance, entre le président et ses alliés Juwa n’a pas résisté à l’épreuve du pouvoir et éclata.

Depuis, le chef de l’Etat fait du principal leader du Juwa, l’ancien président Sambi, sa cible de choix sur l’échiquier politique nationale. L’actuel locataire de Beit-Salam ne s’empêche pas de l’étriller à longueur de ses meetings pour la campagne des Assises, une initiative citoyenne dont le chef de l’Etat semble vouloir encore une fois s’appuyer pour passer certaines pilules amers et dure à avaler par ses opposants et une large partie de la population. En fait, nombreux sont ceux qui le soupçonnent de vouloir changer la Constitution à l’issue de ce rendez vous pour s’éterniser au pouvoir. Une accusation dont il s’en défend sans arriver à convaincre. Surfeur un jour, surfeur toujours…

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