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Comment endiguer la corruption aux Comores?

Comment endiguer la corruption aux Comores?Mohamed Souffiane Ancien Ministre et Azali Assoumani Président de l’Union des Comores

La question est délicate, car mettre en place un nouveau fonctionnaire chargé de surveiller les autres, risque fort de créer un nouvel étage à la corruption, celui qui le nomme risque peu de se voir inquiéter par celui dont la promotion lui est redevable.

La corruption a toujours existé parmi les hommes sous différentes formes et natures et ne peut être entièrement éradiquée ; du moins on pourra la réduire ou la contrôler.

Il peut paraitre simple de dire que s’il y a corruption c’est parce que les fonctionnaires ne sont pas assez rémunérés pour leurs responsabilités, ceci pourrait-être valable pour certains petits fonctionnaires. Pourtant l’argument disparait en constatant que des hauts fonctionnaires extrêmement bien payés se laissent souvent corrompre sans trop de remords.

Mettre en place un système de surveillance via un contre-pouvoir tel que les journaux, peut paraitre positif, sauf que l’indépendance de la presse n’est pas prouvée chez nous et l’arme de la dénonciation peut alors devenir redoutable. Les corrupteurs peuvent être tentés de lancer une campagne précisément pour éliminer ceux qui sont chargés de les surveiller.

Pour lutter contre la corruption, il faut donc passer par une autre logique que surveillance, dénonciation, répression. Ce ne sont pas des acteurs qu’il faut mettre en place mais une structure sociale. Mais avant de placer cette structure sociale en place il convient de revoir en premier lieu les institutions existantes telles que la CC, la CENI et la CNPLC.

Voici mes suggestions :

-Réfléchir sur un mode de désignation de ses membres qui répondra à ces quatre critères: compétence, indépendance, honnêteté intellectuelle et morale.

-S’agissant des membres actuels de la CENI, ils n’ont pas fait montrer d’une honnêteté morale pendant leur mandat. Leur comportement l’a prouvé. Leur renouvellement mérite d’être envisagé.

-Quant à la commission nationale chargée de prévenir et de lutter contre la corruption (CNPLC), il s’est avéré que depuis sa création la corruption ne fait qu’accroître jusqu’à atteindre son paroxysme. Certains d’entre nous se demandent si elle fait sérieusement son travail ou si elle se contente tout simplement de percevoir ses émoluments. Son bilan est en tout cas négatif. Le premier qui doit être déçu est l’ex-Président Ikililou qui croyait faire de cette commission son cheval de bataille. Son maintien en l’état reste superfétatoire. Son renouvellement éventuel devrait être composé des membres issus de la société civile.

-Apprendre aux citoyens que l’intérêt collectif est leur réussite; leur démontrer par ailleurs que le partage rapporte plus que l’appropriation.

-Ensuite favoriser cette prise de conscience en faisant rédiger des codes de déontologie par les hommes eux-mêmes, car un code imposé deviendrait vite la loi des autres, qu’un être humain prend plaisir à détourner.

-Subséquemment, organiser autant que possible des prises de décisions collectives, et autant que possible par une instance démocratique rassemblant des acteurs ayant des intérêts et des avis différents.

-Admettre que toute réforme qui ouvrira l’économie à la concurrence aura pour effet de réduire les tentations de corruption.

-Accepter la suppression des subventions ou des aides mettrait fin, du même coup, aux pots-de-vin qui pouvaient les accompagner. Il serait beaucoup plus rationnel que les pays qui veulent bien nous aider prennent l’exemple sur la Chine. L’initiative salutaire prise par ce pays a été bénéfique pour les Comores car si c’était de l’aide financière elle serait en grande partie détournée.

-Revoir en baisse les taxes douanières contribuerait à atténuer la corruption des agents et à augmenter paradoxalement les recettes car certains destinataires des marchandises honnêtes qui préféreront passer par la voie légale au lieu de payer des bakchichs.

-La transparence des règles et l’introduction de la concurrence au sein de l’administration peuvent également constituer un moyen de réduire la corruption.

-Enfin plutôt que surveiller ou punir mettre en place des procédures de contrôle. Une phrase clé à appliquer : « ni confiance, ni méfiance, contrôle ».

*Je sais que c’est facile à dire, mais ces réflexions peuvent, peut-être, aider à éclaircir la question et à limiter ou à diminuer la corruption.

Je demande poliment à ceux et à celles qui ont des propositions constructives de les exposer au lieu de se livrer à des critiques futiles.

« Celui qui critique les propositions des autres n’a en général rien à suggérer, il en est de même que celui qui se met mouchard quand il ne peut pas être soldat.»

Comment endiguer la corruption aux Comores?Mohamed Souffiane
Ancien Ministre des transports du tourisme et de l’artisanat Comores

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