You are here: Home » OPINION » Comores 2016 : quand Sambi et ses partisans veulent profiter du flou de l’article 13

Comores 2016 : quand Sambi et ses partisans veulent profiter du flou de l’article 13

Plus on s’approche de 2016, moins nombreux sont celles et ceux qui se désintéressent de la politique et de l’actualité comoriennes. Rares sont les Comoriens, d’où qu’ils se retrouvent, même ceux qui se disent « apolitiques » qui ne s’y intéressent pas. A vrai dire, le Comorien aime la politique et est prêt à tout faire pour en créer des débats là-même où il n’en faut pas. Mais ce n’est pas notre objectif ici aujourd’hui. Le sujet concerne Sambi et ses partisans, tous fascinés par 2016 et décidés à tout faire pour se présenter aux prochaines élections. Force est de constater que Sambi, qualifié parfois d’ « homme d’affaire discret et obséquieux prédicateur » n’a jamais caché ses ambitions personnelles pour s’accrocher au pouvoir. Cofondateur du parti islamiste FNJ (Front National pour la Justice), il s’est souvent montré distant et individualiste vis avis de sa famille politique comme si ses ambitions n’étaient que pour son compte. Ses talents d’homme de discours raffiné ont suffi à inciter bon nombre de Comoriens (de hauts cadres, de retraités, militants syndicats…) à se ranger à ses côtés hier à la conquête du pouvoir et aujourd’hui même après les impressions pénibles et décevantes qu’il a laissées lorsqu’il a cédé la place à son successeur Ikililou Dhoinine comme l’a fait Azali pour lui en 2008. Il a réussi toujours à se servir de son charisme religieux, de son statut de populiste, des failles de son successeur pour continuer à fasciner surtout les Comoriens de Ngazidja à qui c’est le tour en 2016. L’ancien président a trouvé le goût du pouvoir pendant quatre années légales instituées par l’article 13 de la Constitution en vigueur et bénéficie d’un soutien en Grande-Comore des cadres prêts à tout pour imposer le sambisme en 2016. Pourquoi cette fascination et stratégie du raccourci ?

Quand le seul espoir de se réintégrer reste l’article 13 de la constitution

C’est ce fameux article dont il est question dans notre réflexion, pour cette raison que l’ancien président et ceux qui l’entourent veulent en profiter, exploiter son caractère sémantique horizontal (ce « mandat de (4) ans, dit l’article 13 est « renouvelable dans le respect de la tournante entre les îles »). C’est sur cette spécificité floue que referme l’article que les partisants de Sambi s’appuient pour revenir précipitamment au pouvoir. Mais quelle interprétation faire de leur détermination ? Cette posture sambiste explique d’abord la légitimité, non pas pour une candidature de l’ancien rais en 2016, mais plutôt la légitimité des Comoriens de se poser les questions sur les bienfaits et méfaits de la Constitution de 2001.

C’est d’ailleurs l’idée en têtes des Comoriens (on ne saurait pas s’ils sont sincères), de se poser légitiment cette question de maintenir ou pas le dispositif constitutionnel tournant. On aperçoit concrètement, à titre illustratif cette hypothèse dans la prise de position des « vieux » qui, remontés par le fiasco des jeux olympiques de la COI ont demandé le rapport introspectif sur les 40 ans d’autonomie et celui que nous devrions faire sur la tournante 15 ans après. Une autre lecture est possible sur cette volonté sambiste visant 2016, cette détermination et cette espèce d’attachement des sambistes, ayant ramené à la création d’un nouveau parti (Juwa) après la rupture avec son ancien colistier (Ikililou), cette hardiesse appelant à des alliances (Pec-Juwa).

Cette vaillance aujourd’hui exprimée par l’alliance Pec-Juwa met en exergue un autre problème que pose la Constitution, une constitution qui nous a pourtant sortis de la traversée du désert séparatiste. Ce problème est la difficulté de l’opposition comorienne de se positionner contre le pouvoir en place. En effet, il est difficile qu’une opposition dont les acteurs politiques se positionnent majoritairement pour des objectifs personnels, d’être bien visible dans son combat contre le régime en place et espérer lui prendre les manettes et s’y assouvir très prochainement avec le dispositif de la tournante.

La question « à qui le tour », non seulement perturbe ces logiques individualistes de rester longuement au pouvoir mais chagrine ces fervents impatients d’y retourner une fois qu’ils s’en sont évincés dans toute légalité. Sambi a dû oublier que l’ancien chef d’Etat, pionnier de cette constitution, Monsieur Azali Assoumani aurait pu en 2008 exploiter l’article 13 comme c’est le cas aujourd’hui avec le clan Sabi pour renouveler ou pas son mandat à l’issue des élections. Il ne l’        a pas fait en 2008 car ce serait incompréhensible pour les Comoriens en général, la communauté internationale et les Anjouanais source du séparatisme en particulier. Azali a quitté le pouvoir, laissant la place à des élections libres où seules les Comoriens d’Anjouans avaient droit à s’y présenter avec bien sûr leurs respectifs colistiers insulaires. Si la Communauté internationale s’intéresse encore aujourd’hui à ces élections, dépêche des délégations à Moroni, c’est parce que ce principe de tournante s’avère menacée par les agissements de l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi soutenu par de fervents homme et femmes politiques du pays qui n’hésitent pas à interpréter de leur façon la constitution, les communiqués, les recommandations et sorties médiatiques sur la bonne tenue des prochaines élections.

L’appétit du pouvoir induit aux raccourcis burlesques que prêtent parfois l’homme politique pour accéder au pouvoir

En cédant constitutionnellement la place à son successeur anjounais, Azali Assoumani n’avait-il pas eu connaissance de l’article 13, lui qui a réussi à ramener la communauté internationale à Fomboni après l’échec d’Antananarivo ? – Certes, il en avait connaissance. An se repliant pendant 10 ans, le temps que ce fameux tour revienne à Ngazidja, l’ancien président Azali a croit à la politique, à la démocratie à l’appui desquelles il peut ou pas être réélu. 10 ans après, le tour est fait et revient aux Comoriens originaires de Ngazidja avec à leurs côtés des listes de Vice-présidents respectifs élus pour chaque île.

La curiosité infaillible de piocher sur la constitution et y trouver l’article 13, l’art et la bravoure d’en sortir l’interprétation qui arrange fait peur. Les Comoriens, dans leur majorité ont compris depuis 2004 que la force de l’Union après le séparatisme est un principe à défendre intelligemment pour la paix et la stabilité entre Comoriens. Laisser tourner la Tournante contribue à ce principe cher aux Comoriens après la traversée séparatiste. C’est ce qui donne sens à l’apaisement et consensus retrouvés par cette constitution de 2001.

Il peut se poser alors la question de révision de la constitution tenant compte des problèmes que les Comoriens commencent à s’en faire de cette constitution. Ce n’est pas un problème et le cas est bien souligné par l’article 37. C’est une décision appartenant au président de l’Union appuyé surtout par le pouvoir parlementaire (1/3) pour en proposer un débat. Il faut savoir que l’adoption de la révision constitutionnelle demande l’adhésion des 2/3 du nombre total des parlementaires de l’Union. Si aujourd’hui, les partis politiques comoriens même avec leurs mouvances mouvantes n’arrivent plus à s’imposer démocratiquement pour ouvrir le débat sur la révision constitutionnelle selon les lois, c’est leur problème. C’est ce qui, me semble-t-il pousse certains à courir derrière toutes les interprétations juridiques pour revenir au pouvoir, prêtant parfois des raccourcis burlesques pour y accéder et en profiter pour s’y étaler comme monarques. Le déterminisme dont fait preuve l’alliance sambiste, les méthodes utilisées qui ne tiennent pas compte du passé et du processus qui nous ont menés à la Constitution de 2001 inquiètent. C’est bien ça ce qui fait peur et qui laisse comprendre que l’opposition actuelle qu’incarne l’alliance Pec-Juwa constitue une menace de la paix et de la stabilité dans le pays à la veille des échéances électorales de 2016.

Powered by Comores infos