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Comores 2016 : quels enjeux pour les présidentielles ?

Les courses à la présidence auront bientôt lieu en début d’année 2016. Les candidatures prennent de plus en plus de forme et démontrent les ambitions des uns et des autres, aspirant à devenir future locataire de Beiti-Salam dans les cinq prochaines années. Mais ces élections, représentent-elles vraiment d’enjeux ? Peut-on parler de vrais enjeux électoraux aux Comores ?

Il n’y a pas de vrais enjeux en l’absence d’une conscience collective, cela pour l’intérêt général

Certains pourraient voir de ces interrogations une lâcheté, une moquerie, une mise en scène du manque d’estime… Et pourtant, l’idée n’est pas de botter en touche un débat si nécessaire mais de se poser des questions sur le niveau, les capacités de jugement et de réaction du peuple des Comores vis avis d’une échéance électorale. Les Comoriens se demandent-ils vraiment ce qu’ils attendent de ces élections de 2016 ? La constitution et son tourment tournant nous permet-elle vraiment de voir clair et de se poser cette question sur les enjeux des présidentielles aux Comores ? La gestion des affaires politiques dans le pays, généralement emprisonnée dans l’antre d’une poignée de mains, parfois orientée même selon l’appartenance villageoise, régionale et/ou insulaire permet-elle vraiment à ce qu’on voie clairs ces enjeux ? Quel sens donner au fait que presque dans les régions en Grande-Comore se dessinent des candidatures ? Pourquoi il est question aujourd’hui de l’article 13 de la constitution ? Que comprendre du débat sur une candidature de Sambi prédécesseur d’Ikililou ? –

Il me semble que l’enjeu électoral, disons l’impact d’une élection se mesure par la force que celle-ci représente, non pas pour des intérêts singuliers partagés entre amis, parfois, si ce n’est pas souvent entre les mêmes individus. Pour qu’il y ait impact électoral, il faut donc une sensibilité collective qui, touchée, dérangée, heurtée par le passé et l’actualité qui la font prisonnière, se mobilise et impose ses lois populaire répondant à ses besoins quotidiens. Est-ce le cas ? Le messie n’arrive pourtant que pour l’intérêt d’un collectif, sinon le terme lui-même serait de nature plurielle. Il me semble donc qu’avec ce tableau, Il n’y a pas de vrais enjeux électoraux en l’absence d’une conscience collective. Et pourtant, la matière est bien là ; les éléments devant pousser les Comoriens à installer le débat sur des vrais enjeux sont bien là : manque d’infrastructures répondant aux exigences des populations, vie quotidienne pénible pour la majorité, économie négative, envie de fuir le pays pour un ailleurs meilleur… On ne peut pas ignorer néanmoins le militantisme en marche dont fait preuve la jeunesse comorienne aujourd’hui à l’exemple de N’Goshawo dans cette perspective de conscientisation. Espérons qu’un jour N’Godjo Husha.

Les enjeux, ils ne manquent pas pourtant

Parler des enjeux des présidentielles pour un pays dont le niveau de vie est lamentable n’est pas problématique en soi car c’est une question qui se répond seule dès le départ. Si nous penons à démontrer les défis d’une telle élection, c’est que le pays lui-même est déjà problématique. Mais, avançons.

Je prends deux défis majeurs auxquels les candidats à cette élection doivent faire face dès la campagne. D’abord, le défi social. Les Comoriens ont besoin de manger à leur faim, pouvoir se déplacer d’un village à un autre, d’une île à une autre, de l’archipel à d’autres points du monde. Puisqu’ils mangent, ils boivent aussi. Ils doivent identifier à l’œil nu ce qu’ils consomment jours et nuits. Puisqu’ils vivent, ils sont malades. Les Comoriens veulent se soigner chez eux pour limiter les dépenses sans prestations générées. Puisqu’ils vivent, ils renouvellent la société avec des enfants qu’ils mettent au monde tous les jours et qu’ils doivent suivre en éducation et en enseignement…Certains abandonnent l’école très tôt. Celles et ceux qui s’y accrochent ne retrouvent plus d’alternatives les ramenant facilement à la vie professionnelle.

Ensuite, il y a un défi économique ; la population comorienne est aujourd’hui dominée par une jeunesse entre 17 et 37 ans chez nous. Cette masse doit être active. Ces jeunes-là se marient dès le jeune âge. Ils se font des bouches à nourrir tous les ans sans revenus temporaires ni permanents. C’est une bombe à retardement.

La campagne présidentielle de 2016 a alors de la matière grise pour mériter d’en être une. Il faut imposer le débat dans ce sens. Imposer le débat, c’est refuser la fatalité, c’est projeter sans éblouir une lumière forte aux candidats dont le message serait leurs capacités respectives, avec des programmes clairs promettant le redressement de l’économie nationale au profit de ce peuple souffrant. C’est en donnant espoir à ces milliers de Comoriens en situation de précarité, cette garantie, cette promesse électorale que la campagne de 2016 en sera une pour enfin parler de vrais enjeux. S’il faut que des reformes soient faites pour relever ce défi, il faut avoir et assumer le poids de le dire et le faire.

Il y certes d’autres défis vus de l’atmosphère nationale mais en rapport avec l’extérieur ; nous avons un pays dont les dirigeants, en majorité posent leurs têtes sur l’aide internationale. Ce n’est pas un pêché mais cela fait quand-même tâche. Ce rapport avec l’extérieur animé par cette faiblesse du dirigent national le pousse souvent à s’allier avec même controverse, cela pour arriver à ses fins. On ne peut, certes pas se fermer entre Comoriens dans un monde aujourd’hui ouvert dont les frontières sont surtout contrôlées par rapport à des enjeux géopolitiques stratégiques vus hier des échanges culturels, diplomatiques et commerciaux. Les attentats de 2001 ont changé encore la donne. Le terrorisme devient aujourd’hui un élément catalyseur dans la solidification des relations entre pays puissant et le reste du monde. Sur ce, les Comores ne peuvent donc pas faire fi à ces logiques internationales. Le défi est alors potentiel car il demande des dirigeants capables à assurer leur fonction en connaissance de cause et à anticiper en cas de besoin.

A nous d’imposer les bons débats de 2016 pour l’intérêt de tout le monde et non pour amuser une poignée de mains de quelle sorte qu’elle soit…

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