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COMORES : Le sort de la candidature de Sambi serait-il déjà scellé ?

Ira, n’ira pas ? La question ne se pose plus : le mercredi 16 décembre, l’ex-président de l’Union (2006-2010) a finalement déposé sa candidature à la Cour Constitutionnelle. La recevabilité physique n’a posé aucun problème. Sa validation, une toute autre question…

COMORES : Le sort de la candidature de Sambi serait-il déjà scellé ?
Accompagné de ses trois colistiers, Ibrahima Mhoumadi Sidi à la vice-présidence de Ngazidja, Sounhadj Attoumane à la vice-présidence d’Anjouan et Fouad Mohadj à la vice-présidence de Mohéli, des cadres de son parti et plusieurs de ses militants, Sambi a déposé sa candidature vers midi et personne ne l’a empêché, pas même Houmed Msaidié, le porte-parole du gouvernement, qui s’était à un moment donné substitué au juge constitutionnel et jurait d’empêcher le dépôt même de cette candidature. Il n’en est rien finalement. La tâche de valider ou d’invalider est maintenant du seul ressort de la véritable Cour Constitutionnelle. Si les choses se sont passées ainsi, c’est que chacun a mis de l’eau dans son vin et accepté de laisser faire la loi. Et les réactions de la communauté internationale a certainement aidé à calmer les ardeurs des uns et des autres.
En effet à quelques jours seulement de l’ouverture des dépôts des candidatures et après des semaines de joutes verbales et manifestations d’humeur pour soutenir ou dénoncer l’idée d’Ahmed Abdallah Mohamed Sambi de se porter candidat en 2016, l’ancien président tanzanien, Jakaya Kikwete, a effectué une visite de 24 heures à Moroni, le 30 novembre 2015. Une mission mandatée par la présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), Dr. Nkosazana Dlamini Zuma, et dans le cadre de l’appui de l’UA au processus de stabilisation des Comores. Selon un communiqué de l’Union africaine du 6 décembre, « l’objectif de la visite était d’insister auprès des parties prenantes comoriennes sur la nécessité pour elles de faire preuve d’un sens élevé des responsabilités et de contribuer à la tenue, en 2016, d’élections paisibles, transparentes et régulières, conformément aux dispositions pertinentes de la Constitution comorienne, y compris celles relatives à la présidence tournante de l’Union des Comores. »
Et à l’unisson, la communauté internationale (Union Africaine, Organisation des Nations Unies, Union Européenne et Organisation internationale de la Francophonie) par le biais de ce communiqué conjoint en date du 6 décembre 2015, a lancé un appel aux parties prenantes comoriennes pour qu’elles « œuvrent à la tenue réussie des élections prévues en 2016 et se conformer scrupuleusement à la Constitution du pays ». Les quatre organisations, agissant dans le cadre de leur partenariat dans le domaine de la paix, de la sécurité et de leur appui conjoint à la consolidation de la paix aux Comores, en appellent à « toutes le parties prenantes comoriennes pour qu’elles mettent à profit les élections à venir afin de garantir que les progrès accomplis ne sont pas remis  en cause ». En particulier, elles exhortent au « respect de l’esprit et des dispositions pertinentes de la constitution comorienne notamment les principes de la présidence tournante », rappelant que l’adhésion à ce principe a été la pierre angulaire du maintien de la stabilité et de préservation des acquis enregistrés sur le plan de la réconciliation.  Les quatre organisations ont lancé un appel à tous les acteurs politiques concernés pour qu’ils « s’abstiennent  de toutes actions qui pourraient compromettre le processus  électoral et placent l’intérêt  de leur pays au-dessus de considération personnelles et égoïste ».

La Nation avant l’ego !
Déjà, le 21 septembre 2015, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine (UA), en sa 545ème réunion tenue le 21 septembre 2015, avait exprimé sa « préoccupation face aux tentatives de certains acteurs politiques comoriens de remettre en cause le principe de la présidence tournante, tel que consacré par la Constitution comorienne. »  Le Conseil avait mis « en garde contre ces tentatives et contre toute autre action de nature à créer des tensions et à compromettre les avancées enregistrées dans le processus de réconciliation et de stabilisation des Comores. »
A la lecture poussée des appréciations des partenaires internationaux, l’on est porté à penser que pour Sambi, les carottes sont cuites ! Et comment penser autrement ? Quand ladite communauté internationale conseille de « placer l’intérêt  de son  pays au-dessus de considérations personnelles et égoïstes », de qui parle-t-on ? Et lorsque le président Dhoinine, à Fomboni jeudi dernier, a promis de« veiller  au respect strict de l’esprit et de la lettre de la Constitution », en « marquant nettement son adhésion à la tournante telle qu’elle se pratique depuis 2002 », comme l’a mentionné Al-watwan du vendredi, l’on se demande s’il n’influence pas, même passivement, le juge constitutionnel.

K.A.Y 
COMORES : Le sort de la candidature de Sambi serait-il déjà scellé ?


Entre esprit et lettre…
Les dernières sorties médiatiques de Msaidié, Boléro et du président Ikililou, tendent à faire passer l’interprétation « de l’esprit » de la Constitution au-dessus des ses dispositions pertinentes, qui empêche justement de faire une interprétation insulaire de la pratique de la présidence tournante. Laisser les résidents d’une île choisir trois comoriens dans le cadre d’une élection primaire tournante, n’a en réalité rien à voir avec le fait de choisir un comorien d’origine insulaire, qui n’est mentionné nulle part dans la loi. Mais d’aucuns pensent du même coup que le fait que la loi a ordonné aux candidats à la présidence de se choisir un vice-président dans chaque île, marque justement cet esprit « insulariste ». A chacun de voir… 

Convenons-en : à part le caractère dit « revanchard » et le plus souvent « impulsif » imputé à Sambi par ses adversaires, ce dernier n’a tout de même pas le mérite d’être celui qui ose jauger les relents séparatistes encore existant chez ses compatriotes, treize ans après l’institution du Nouvel Ensemble Comorien ? En 2005, à la veille des primaires  d’Anjouan, cette brèche avait déjà failli être ouverte par feu Saïd Mohamed Djahar et Saïd Ali Kemal. A l’époque, la tension n’avait pas été pas aussi vive.On aurait déconseillé aux concernés leur démarche, afin de « préserver l’architecture institutionnelle encore fragile ». Les prétendants avaient fini par se rétracter volontairement, pour des raisons apparemment personnelles et non pas constitutionnelles.

La question est donc celle-ci : est-il encore utile aujourd’hui de rappeler un « esprit » de la loi fondamentale qui prévalait encore il y a dix ans par ce qu’il y avait un séparatiste de taille qui contrôlait l’île avec une armée à part ? L’actuel candidat Azali Assoumani saura nous dire si oui ou non en 2016, l’évolution de l’application scrupuleuse de la Constitution créerait un tsumani, semblable à celui qui l’avait obligé à recourir aux forces de l’Union Africaine en 2006 pour organiser des élections crédibles ?
K.A.Y

source (sans la photo) : Courrier d’Anjouab N°010 du 18 au 31 décembre 2015

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