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Crise à Ndzouani/ Le président Azali danse sur un volcan

Par Faïssoili Abdou

Azali Assoumani entouré de dignitaires à Dar Nour, Mutsamudu

La formule évoque le danger, l’inconscience et même l’irresponsabilité. S’adonner à cette exercice peut s’avérer fatal. Et pourtant, à regarder de près c’est clairement l’option que semble avoir adopté le Chef de l’Etat Azali Assoumani et son gouvernement par rapport à la crise anjouanaise. Une crise qui, voilà près de deux semaines, a vu des insurgés s’affronter à  l’armée nationale dans la médina de Mutsamudu paralysant ainsi l’île de Ndzouani pendant près d’une semaine. Ce que l’on constate pour le moment c’est que les autorités de l’Union prennent à la légère ce soulèvement qu’ils ont tôt attribués à un groupe de « décérébrés drogués et manipulés » qui ont voulu mettre à mal la stabilité politique du pays. Et pourtant, le mal est bien profond. L’ignorer c’est prendre le risque de voir le pays confronté à des graves difficultés dans l’avenir.

Une fois les hostilités armés ont pris fin par la fuite des insurgés vers Mayotte,  le gouvernement central a tout de suite  procédé à l’interpellation de plusieurs responsables de l’Exécutif insulaire parmi lesquels le Gouverneur Abdou Salami Abdou placés depuis en détention provisoire. Les autorités se prépareraient à nommer incessamment un remplaçant du Gouverneur pour marquer ainsi leur entière prise en main de l’île. Il semblerait que cet homme sera Abdallah Mohamed, actuel directeur de Cabinet du Gouverneur. Un acte anti-constitutionnel car la Constitution prévoit qu’en cas d’empêchement définitif du Chef de l’Exécutif c’est le secrétaire général qui assure l’intérim jusqu’à la fin du mandat.

Parallèlement, l’armée a entrepris une vaste opération de ramassage des armes qui circulent aux mains des civils depuis la crise sécessionniste de 1997. Une démarche qui peine jusque là à apporter ses fruits malgré les appels pressants des autorités centrales qui affichent leur détermination à mener cette opération jusqu’au bout. Un détecteur d’armes serait spécialement commandé pour cet effet.  Il est important de  rappeler ici qu’Azali a eu un mandat présidentiel de 1999 à 2006 sans avoir jugé nécessaire de ramasser ces armes. C’est ainsi que voir aujourd’hui, le gouvernement en place ainsi que ses soutiens imputer la responsabilité de la prolifération de ces armes aux seules autorités qui ont menés le débarquement de 2008 nous parait être une hypocrisie totale.

Pour revenir à la récente crise, on constatera qu’alors que les autorités insulaires ont été jetées au cachot  et que les insurgés ont pris la poudre d’escampette,  le Président Azali Assoumani s’est lancé à corps perdu dans une opération de reconquête de l’île. Sauf qu’il a pris le problème dans le mauvais côté. En effet, au lieu de chercher à apaiser les esprits par un dialogue franc et sincère sur le problème de fond qui est, comme tout le monde le sait, la question de la tournante anjouanaise de 2021, le maître de Beit-Salam a choisi de jouer avec la baïonnette,  l’argent et la manipulation à grande échelle. La carotte pour ses soutiens et le bâton pour ceux qui s’opposent.

La dernière opération en date de cette opération séduction est  l’envoi cette semaine d’une armée de « notables » originaire de Ngazidja à Ndzouani pour aller soudoyer leur collègues de l’île afin de pouvoir ainsi s’acheter la paix à bon compte. Le communiqué publié à l’issue des échanges entre ces « notables » et leurs collègues anjouanais n’a pas tardé de soulever des interrogations au sein de l’opinion. On constatera que ces émissaires du régime en place ont délibérément choisi d’ignorer le problème à l’origine de cette récente poussée de colère de leurs compatriotes anjouanais. Ils se contenteront d’édicter des fatwas allant jusqu’à demander solennellement à la communauté internationale de ne plus « s’immiscer dans les affaires intérieures de l’archipel ». Une déclaration qui fait écho au discours du gouvernement Azali qui semble avoir découvert la lune depuis peu en mettant en avant le concept  « Etat souverain » à toutes les sauces.

En définitive, on s’aperçoit qu’Azali  semble se dire qu’il peut tout avoir en arrosant certains dignitaires d’espèces sonnantes et trébuchantes. Une erreur d’appréciation du profond malaise qui mine le pays. Droit dans ses rangers le colonel Azali s’octroie le loisir de cacher la poussière sous le tapis et continuer son bonhomme de chemin comme si de rien n’était faisant la sourde oreille à tous les appels au bon sens, et  à la raison. La politique de l’autruche qui risque de nous coûter très cher.

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