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Culture comorienne : Bientôt la langue comorienne( chikomori ) n'existera pas

 Culture comorienne : Bientôt la langue comorienne( chikomori ) n'existera pas
Culture comorienne : Bientôt la langue comorienne( chikomori ) n’existera pas 

La meilleure des façons de sauver cette langue, c’est de l’apprendre à nos enfants au quotidien.

Depuis l’arrivée de la religion musulmane aux Comores au 7eme siècle et de la colonisation française au 19eme siècle, la langue comorienne ou le chikomori est en déclinaison, c’est-à-dire que peu des comoriens peuvent construire une phrase en chikomori sans que les langues étrangères précitées ne s’invitent pas dans la communication.  De ce fait, La situation a atteint son apogée, au point que bon nombre d’entre nous, surtout les plus jeunes générations, créolisent inconsciemment notre langue (chikomori). Malheureusement Ce phénomène  gangrène de plus en plus la population, avec les risques de voir disparaitre un jour langue qui puise ses origines du peuple bantoue. Pour rappel le chikomori est une langue vernaculaire
 Face à ce constat, la question qui se pose à nous est de se demander si dans un siècle et demie, linguistiquement, les comoriens seront encore d’origine bantoue ou deviendront arabes ou français ?

En effet, depuis les années 70, La langue comorienne est rentrée dans un état de déshérence. Cela signifie que nous nous désintéressons, petit à petit, de notre langue bantoue qui est issue de l’une des grandes langues du continent Kamit(noir), c’est-à-dire le swahili, au profit des langues étrangères.  Aux Comores, lorsqu’on s’exprime en Français ou en Arabie, cela est synonyme d’évolution, d’éducation et de civilisation. Dans cette configuration, un comorien arabisant ou francisé, a plus de faire valoir que celui qui n’a pas été à l’école. La fièvre de parler français est tel que même l’analphabète s’efforce de parler  français ou  arabe afin de parfaire son intégration dans cette société à la recherche des nouveaux repères. C’est très à la mode aux Comores, c’est à-dire que créoliser linguistiquement le chikomori est devenu fashion; c’est ce que nous appelons le « nomadisme linguistique ». C’est un mélange de plusieurs mots issus de différentes langues, comme le français, l’arabe et le malgache.

Mais le pire dans ce nomadisme linguistique, ce sont les  politiques, car malheureusement, étant les dépositaires de notre patrimoine culturel, ils s’adonnent au nomadisme culturel dans leurs discours, leurs meetings ou leurs réunions publiques. Parmi eux, seulement deux hommes, deux  anciens présidents Taki et Ali Soilih, ont cherché à s’adresser aux comoriens pendant leurs innervations publiques, en chikomori ou swahili. D’ailleurs c’est ce qui a fait que le mongozi a réussi son projet politique car il se définissait comme un comorien qui respectait sa culture et entre autre le chikomori. Ces discours sont authentiques, captivants et émouvants, car ils s’inscrivent dans le respecte de notre patrimoine culturel.

Au niveau de la jeunesse, ils sont eux-aussi plus paumés que leurs parents, car ils ont l’excuse de n’avoir jamais été initié à l’apprentissage de la langue. Devenus bilingues malgré eux,  le français et l’arabe sont devenus leur latin, comme étant leurs langues de base. Pour certains d’entre eux, le fait de s’exprimer en arabe ou en français, est perçu comme étant un jeune bien éduqué. Contrairement à celui à celui qui n’est pas bilingue et qui est vu comme un ringard ignorant. Non, cela est complètement faut, notre patrimoine culturel, linguistique est riche car il dérive du swahili, l’une parmi les langues les plus belles du monde. D’ailleurs ce n’est pas pour rien si les panafricanistes et les afro-centristes prônent l’instauration du swahili comme une langue continentale. C’est une raison de plus pour amener nos enfants à parler le chikomori ou swahili car nous sommes situés en Afrique de l’est, où 80% des pays parlent swahili. Alors vu les enjeux,  nous ne pouvons pas rester indifférent face un tel bouleversement qui, in fine, conduit notre pays à la déconnexion de son milieu géographique?
La situation est critique et demande la mobilisation de nous tous, afin de s’atteler sur le chantier de restauration de nos valeurs culturelles. A ce titre, l’examen de conscience est nécessaire, afin de comprendre les enjeux de ces grandes puissances culturelles et spirituelles qui nous aliènent au quotidien… Si l’état actuel perdure, la crainte de voir disparaître complètement le chikomori d’ici 2150 est probante. Sur cette hypothèse, au 3eme milliaire, les comoriens parleront couramment arabe ou français. Et en l’an 3000, les Comoriens auront oublié leurs origines bantoues. Tout le monde admet que nous éprouvons d’énormes difficultés à communiquer entre nous dans notre propre langue.

Au niveau de la diaspora, c’est une catastrophe. Presque cent pour cent des expatriés n’intéressent pas leurs enfants à l’apprentissage du chikomori, parce que nous croyons que s’exprimer en cette langue c’est ringard. Pourquoi nous nous ouvrons pas les yeux pour constater que les magrébiens, les chinois, les sénégalais et les maliens sont nos voisins de paliers ou de quartier et pourtant, dès le jeune âge de leurs enfants, ils sont soumis à l’apprentissage de la langue de leurs parents, pendant que malheureusement, nous, parents comoriens, passons le clair notre temps à jouer à la vantardise ; A se montrer plus civiliser que les autres, en éloignant nos progénitures de la langue de leurs ancêtres au profit du français. Pour preuve, un jour trois garçons étaient placés en garde-vue au commissariat. L’un était un magrébin et lorsque sa mère s’est présentée au commissariat, l’échange avec son fils s’est fait en arabe, la langue maternelle de ses parents. Vient ensuite le tour du deuxième garçon qui était un malien et avec sa maman, leur échange s’est fait en langue bambara, l’une des grandes langues parlées au Mali. Et enfin le 3eme garçon qui originaire des Comores, aves sa maman,  ils communiqué en français devant les agents de la police. Inconsciemment, cette mère a posé toutes les questions compromettes contre son fils et le fils répondait naïvement a répondu à sa mère devant les policiers. Au final, ce jeune comorien a été reconnu coupable. Pour les deux garçons, ils ont retrouvé la liberté en niant les faits, car ils ont suivi les conseils de leurs mères.
Ainsi nous sommes face à une urgence  qui nécessite la mobilisation de chacun de nous.
En effet, l’exemple ci-dessus montre combien nous sommes atteints par l’aliénation. Nous sommes arrivés à un point où, le mépris que nous éprouvons devant notre patrimoine  culturel est si grand. Il faut que cela change, si nous ne voulons pas faire de nos enfants nés à l’extérieur des étrangers, dans leur pays d’origine, des « apatrides linguistiques ».
Toutefois cet apprentissage doit se faire par la création des supports éducatifs (des BD, des manuel scolaire etc).
Au quotidien, l’apprentissage de langue par nos enfants doit être systématique, surtout ceux issus de la diaspora.
Tout comme l’état comorien doit également mobiliser les moyens pour la création d’un département chargé de la réhabilitation de notre langue et d’autres pratiques  chikomor, au sein du ministère .
Et enfin un concours de stimulation pour parler le chikomor  doit  faire l’objet de subvention, afin d’inciter les comoriens, de la même façon qu’une structure de recherche linguistique doit voir le jour.

Kari Abdou Toihir
Mbadakome

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