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Dans nos archives: Mohamed Abdou Madi – I

Dans nos archives: Mohamed Abdou Madi – I

«Je ne suis pas séparatiste. J’ai subi le séparatisme»

Interview exclusive de Mohamed Abdou Madi (Partie I)

Ex-Premier ministre des Comores, sous Saïd Mohamed Djohar

      www.lemohelien.com: Monsieur le Premier ministre, vous avez un parcours politique atypique, explosif, controversé et déroutant. Aujourd’hui, des milliers de Comoriens voudraient vous poser la question suivante: qu’est-ce qui a pu conduire un ancien Premier ministre comorien (janvier à octobre 1994) à collaborer avec Abdallah Ibrahim, le premier dirigeant indépendantiste et «rattachiste» anjouanais, à rompre de manière spectaculaire avec le séparatisme anjouanais et à se faire nommer ministre à Moroni en mai 1998, après avoir débarqué à Anjouan en février 1998 dans un zodiac de l’Armée comorienne «bourré d’armes lourdes et de 25 millions de francs comoriens (330.000 francs français)», pour «fomenter des troubles sur son île natale» (Le Monde/AFP: Affrontements armés dans l’île comorienne d’Anjouan, Le Monde, Paris, 15-16 février 1998, p. 4.), et à retourner dans le séparatisme anjouanais sous la houlette du Colonel Mohamed Bacar?

      Mohamed Abdou Madi: Je commencerai par vous remercier pour la décision de cette interview, car il est toujours utile de s’exprimer et d’assumer ses actes, surtout pour ceux qui ont eu à décider pour tout un peuple. J’ai engagé un combat pour mon pays. J’ai pris des engagements politiques. Je peux me targuer de nombreuses réussites, qui ne doivent pas devenir un facteur d’exclusion et me rendre indésirable, mais consacrer de la reconnaissance, du mérite et de promotion pour moi. Ancien Premier ministre des Comores exilé à Mayotte aujourd’hui, je me défends d’être dans la déchéance. Et cela ne réduit en rien ma détermination pour des Comores de demain, beaucoup plus prospères. La vie de l’homme politique est sans doute liée à celle de son pays. Ayant vécu toutes les péripéties de l’Histoire récente des Comores, je ne pouvais voir mon île natale en crise et demeurer obsédé par un cursus politique qui devait suivre son cours normal.

Cette perception et cette conception politique me permettent de poursuivre le combat sur les tous les fronts. Premier ministre de la République, ministre, Coordinateur du Mouvement révolutionnaire revendicatif, ministre des Comores comme ministre de l’île d’Anjouan, je reste toujours mobilisé pour un principal idéal: le développement du pays, de l’île. Je le sais, de par mes prises de position, mes critiques et mon comportement vis-à-vis de mes pairs, voire à l’égard de mes supérieurs, en ayant internalisé comme l’ont dit des grands hommes politiques contemporains, qu’en plein exercice politique, on n’est le père de personne, on ne peut avoir que des amis, des collaborateurs, quelques disciples, mais jamais des enfants. Je le sais, je suis perçu comme un homme qui dérange, un homme qui n’est toujours pas prêt à se soumettre facilement à la compromission. Comme je me livre à chaque occasion pour conduire des réformes, impopulaires soient-elles. Si le pays en a besoin, je n’ai jamais manqué de laisser mes traces partout où j’ai eu à servir. Du fond de mon exil, le fait qu’Anjouan et les Anjouanais soient en proie à une ségrégation politico-constitutionnelle, cela me préoccupe et m’interpelle au premier plan.

Maintenant que les Comores se trouvent sous les feux conjugués d’une insularité agissante, d’une crise économique sans précédent et d’une déchéance financière qui a conduit à l’hypothèque même de leur citoyenneté, de leur pavillon, en comorien traduit, «des Comores qui présentent l’image de celui qui a soldé son cercueil», on ne peut que donner la parole à ceux qui ont gouverné le pays, à ceux qui sont présentement aux commandes, mais aussi aux prétendants pour un meilleur éclair, un objectif constat. Il est temps de ne faire sien l’attentisme des politiciens vicieux qui n’aiment que noircir leurs vis-à-vis, toujours enclins à les dénigrer en attendant que les fruits tombent d’eux-mêmes car trop mûrs. Il faut oser se positionner, avancer. Je n’ai jamais pu être du moindre repos face aux différentes crises que traverse le pays. Je continue toujours à ramer, à bosser pour réussir à consentir ma modeste contribution au retour de la stabilité au Pays. Et s’ajoutant à cela, le phénomène d’exilés comoriens à Mayotte, à la Réunion comme en France métropolitaine, qui demeure circonscrit exclusivement à des Anjouanais, chacune de toutes les familles du haut des collines d’Anjouan comptabilisant au moins un des siens aux lots des exilés d’après le débarquement comoro-africain du 25 mars 2008 et autres actions sanguinaires militarisées de l’Histoire du pays.

Je m’interrogerais encore si la débandade actuelle que traverse Anjouan, ne serait-elle pas une divergence comoro-anjouanaise? Si tel est le cas, que les Comoriens comme les Comoro-Anjouanais se donnent une réponse! Ce qui est certain, et personne ne doit se tromper, c’est que le renforcement du patriotisme comorien et autres liens de solidarité entre nos populations insulaires ne peut être imposé à travers des changements expéditifs de Constitutions, des coups de Kalachnikovs et des exclusions à répétition, qui ne font et ne feront qu’accentuer la haine. Depuis l’indépendance, le 6 juillet 1975, une vingtaine de Constitutions ont été élaborées aux Comores, on compte 5 coups d’État, trois débarquements sanglants sur Anjouan et autres fusillades mortelles à travers le pays avec leurs morts, disparus et milliers d’exilés en 1975, 1997, 2008…, et sans que cela ne crédibilise la fraternité, ni ne renforce l’adhésion à une nation.

À force d’esquiver un véritable débat concernant le devenir statutaire de notre Archipel et surtout sur ce qui pourrait être adaptable à leur insularité, on ne fait que reporter une contradiction qui pourrait être fatale au patriotisme comorien. Il aurait été et serait plus que judicieux de dialoguer aussi longtemps qu’un compromis n’aurait été dégagé, en incluant tous les paramètres à l’origine des contradictions entre les îles de notre Archipel, y compris les nuances de terminologie et d’accents dans les expressions insulaires, en évitant de faire évoluer des antagonismes irréversibles. La vigilance devrait être de mise face à un coefficient d’insularité aidant à l’éloignement des îles comme le cas de Mayotte, dont les sœurs se livreraient à lui emboîter le pas. Enfin, que personne ne se sente agressé par mes propos; si, éventuels écarts d’expression, coïncidences ou similitudes il y a, que j’en sois toléré. Je saurai réparer à l’occasion d’une prochaine interview. Je mets à votre disposition pour répondre à vos questions, des plus pertinentes, je m’imagine.

www.lemohelien.com: Vous n’avez rien à craindre: mes questions seront pertinentes. Monsieur le Premier ministre, aujourd’hui, des milliers de Comoriens voudraient savoir ce qui a pu conduire un ancien Premier ministre comorien (janvier à octobre 1994) à collaborer avec Abdallah Ibrahim, le premier dirigeant indépendantiste et «rattachiste» anjouanais.

      Mohamed Abdou Madi: Je commencerai par un constat: il est établi, quand on évoque le séparatisme comorien, que les leaders politiques comoriens se rejettent la balle. Beaucoup d’accusations sont formulées à l’endroit de l’ancien Premier ministre Mohamed Abdou Madi alias Mjamaoué, qu’on a cherché à faire passer pour un parrain du séparatisme anjouanais de 1997. La petite phrase que j’ai prononcée lors d’une réunion politique, le 5 août 1997, à l’Hôtel la Guinguette de Mutsamudu, «l’indépendance d’Anjouan est irréversible», a été mise en exergue par mes opposants en la déformant pour soutenir leurs accusations à mon endroit. Il faut dire que j’ai toujours eu un franc-parler qui dérange mes ennemis mais qui plaît beaucoup à mes soutiens et proches politiques. Face aux incriminations dont je suis victime, j’ai su tenir bon, pour poursuivre mon chemin sans perturbation aucune. Quand je suis convaincu du bien-fondé d’une action, je m’expose, je m’engage, je progresse, et surtout j’assume. Je ne connais pas la demi-mesure dans l’action. Comme je le disais plus haut, je ne peux me préserver face à une situation qui peut être fatale à mon pays, à mon île.

En 1997, au moment où la situation basculait vers le chaos, tous les leaders politiques, et je dis bien «tous les leaders politiques» du pays, avaient choisi le repli, pour pas se mouiller et attendre que tout se décante pour surgir. Je ne suis pas du genre. Faudrait-il rappeler que le mouvement séparatiste anjouanais fut déclenché en février 1997 avec comme revendication de départ apparent le rejet du premier Premier nommé par Mohamed Taki immédiatement après son élection en 1996, en la personne de l’ancien Directeur de Cabinet et homme fort du Président Ahmed Abdallah, donc Ahmed Abdou Mhadji? Le mouvement déclenché donc en février 1996 évoluait sans qu’aucun membre du gouvernement de l’époque originaire d’Anjouan, y compris le Premier ministre contesté, n’ait osé prendre la mesure de se rendre sur l’île natale pour entamer une médiation politique. Avec le repli des autorités comoriennes, entre autres, pour le limogeage du Premier ministre contesté, la tension était montée d’un cran, et la revendication d’un limogeage camouflé d’un Premier ministre avait franchi une première marche de l’escalier révolutionnaire en revendiquant le rattachement d’Anjouan à la France.

Le 14 juillet 1997, lors d’une manifestation organisée par le mouvement anjouanais pour célébrer la fête nationale française, la situation avait basculé avec l’assassinat à bout portant du regretté Belela, originaire d’Ouani, par le chef régional de la Gendarmerie d’Anjouan de l’époque, Mohamed Daoud, alias Mataba de Domoni, à la tête d’un détachement de la Gendarmerie déployé pour disperser la manifestation. Suite à cet assassinat, la Gendarmerie fut dépassée par les évènements et avait fini par un repli au camp militaire, incapable d’agir face à l’ampleur de la tournure prise par les évènements. Le 31 juillet 1997, le Président Taki convoqua une réunion de la diaspora anjouanaise de Ngazidja, à son domicile privé de Vanamboini. J’y avais pris part pour lui signifier qu’il ne révoquera pas son Premier ministre et qu’il livrera bataille contre les agents perturbateurs-révolutionnaires anjouanais. Cette rencontre de Vanamboini était suivie par une émission-débat radiodiffusée en direct de Radio Comores. J’avais affronté le représentant du pouvoir de Taki, à savoir Mohamed Chaher Ben Saïd Massounde de Domoni, Anjouan, un ancien Professeur de Philosophie. Mes réactions de désapprobation du Président et son entourage m’ont motivé pour aller au front, tenter ma chance pour le retour à la paix.

Le 1er août 1997, au lendemain de la rencontre de Vanamboini et du débat télévisé qui avait suivi, voilà qu’à mes frais et sur décision personnelle suite aux appels lancés par mes compagnons politiques sur place à Anjouan, je m’étais mis en route pour Anjouan pour aller au chevet de mes frères et sœurs anjouanais. Le 3 août 1997, a eu lieu une grande rencontre populaire, une rencontre très impressionnante à laquelle j’avais pris part à la tribune en qualité d’invité d’honneur. Elle devait se tenir Place de l’Indépendance de Mroni, Mutsamudu, réunion à l’issue de laquelle la décision d’investir le camp de la Gendarmerie a été prise et exécutée face à une Gendarmerie qui s’était vue lâcher par son État-major de Moroni et qui avait rallié le mouvement.

Et pour répondre à votre question, c’est suite à la démission des pouvoirs publics, portés aux abonnés absents face à une situation qui avait dégénéré, que je m’étais décidé, dans la soirée même du 3 août, de prendre pratiquement les commandes du mouvement aux côtés d’Abdallah Ibrahim, et c’était pour construire.

www.lemohelien.com: Aujourd’hui, avec le panache et le bagout qu’on vous connaît et qui font le «charme» et la singularité de votre personnalité, vous reniez votre passé de chef séparatiste et «rattachiste» anjouanais, alors que sur Radio France Internationale (RFI) vous disiez que «l’indépendance d’Anjouan est irréversible»?

Mohamed Abdou Madi: Je ne suis pas séparatiste et je peux être qualifié de l’être. Nous sommes face à des Comores dont les leaders ne veulent rien risquer, ni verser leur goutte de sueur pour le combat. Tous nos leaders se camouflent pour attendre les gouvernements de transition pour se porter candidats et y participer. Me concernant, j’ai été le seul en action pour sauveur l’unité nationale. Par contre, j’ai subi le séparatisme. Cependant, je m’oppose plutôt au centralisme politico-administratif, qui a montré ses limites à travers le monde. Ma préférence a toujours été l’autonomie dans le sens le plus large possible et adaptable au caractère insulaire du pays, quand il s’agit des statuts (au pluriel) des îles Comores au sein d’un ensemble commun. Je dirais même que le séparatisme n’est autre qu’une expression de cœurs et non de contexte, ni géographique, ni constitutionnel, ni d’une quelconque soumission à un quelconque Kalachnikov; sinon, le Soudan n’aurait jamais été divisé en deux.

Quant à la phrase que RFI aurait diffusée, «l’indépendance d’Anjouan est irréversible», je l’assume pleinement et en tout honneur. Le seul problème, c’est que de ceux qui l’interprètent, certains réagissent sans être au courant du contexte dans lequel ladite phrase a été prononcée, et d’autres déforment volontairement le sens de la phrase pour s’éviter le forfait de n’avoir pu rien contribuer au moment où tous leaders politiques devaient se monter, se sacrifier s’il le faut pour l’intérêt supérieur du pays. Mohamed Abdou Madi s’est assumé. Il faut se donner les moyens de ne pas prendre le devant, de ne pas être dans la politique politicienne; il faut se débarrasser des héros, c’est le vrai sous-développement.

www.lemohelien.com: Alors, et d’où ressort cette phase qui fait toujours débat: «L’indépendance d’Anjouan est irréversible», que vous aviez prononcée sur RFI?

Mohamed Abdou Madi: Il ne peut y avoir d’ambiguïté sur le contenu de cette phrase, une phrase prononcée dans un environnement de festivités de célébration de la fête nationale française, le 14-Juillet 1997. À mon arrivée à Anjouan le 1er août 1997, les Anjouanais étaient installés dans une logique de retour à la colonisation française, à l’exemple de Mayotte, dans sa perspective de devenir département français, car déçue de la gestion chaotique d’avant l’indépendance des dirigeants successifs du pays. La phrase, «l’indépendance d’Anjouan est irréversible», je l’ai prononcée le 5 août 1997, une phrase que j’assume pleinement. Le 5 août 1997, c’était le jour de la création de la Coordination politique, l’instance dirigeante du mouvement revendicatif anjouanais, suivie de la mise en place de son Bureau exécutif, dont je fus investi comme Superviseur. Ladite phrase consistait à faire comprendre aux Anjouanais qu’ils ont choisi le 22 décembre 1974 être indépendants de la France statutairement, qu’ils sont devenus indépendants le 6 juillet 1975, un statut sur lequel ils ne pouvaient revenir. Qu’il fallait concevoir une alternative, et ma proposition était d’opter pour une autonomie la plus large possible de l’île au sein de l’Ensemble comorien pour négocier ensuite des accords qui les rapprocheraient de la France dans le cadre de la coopération décentralisée, par exemple.

Et si par hasard, leur appartenance à l’Ensemble comorien serait compromise, il fallait envisager toutes les formules, mais surtout ne pas croire à un engagement français pour un retour de l’île à la colonisation. Face à une île d’Anjouan en pleine ébullition pour son retour à la colonisation et à un rattachement à Mayotte française, il fallait un courageux Mohamed Abdou Madi pour y faire face et oser prononcer cette phrase «l’indépendance d’Anjouan est irréversible», phrase que j’ai eue à prononcer à la fois avec sincérité, objectivité, courage et responsabilité, malgré les risques du moment. Consultez soigneusement les archives.

J’ai été Porte-parole du Mouvement en trois mois seulement (août, septembre et octobre 1997), et devant les caméras et dans les réunions de la Coordination, ma vision a toujours été qu’Anjouan ne pouvait revendiquer la remise en cause de son indépendance acquise en 1975 vis-à-vis de la France, et je pense que j’ai eu raison sur cette irréversibilité de l’indépendance. D’ailleurs, la problématique de l’indépendance de l’île vis-à-vis de l’Ensemble comorien allait venir après l’exécution du débarquement du 13 septembre 1997 destiné à disperser le mouvement par les fusils et non par le dialogue; surtout que les Anjouanais avaient déjà cédé sur tous les plans pour accéder à un retour à une normalité, suite à mon arrivée à Anjouan et à mes initiatives. Ma démarche salutaire était d’entamer la relance d’un dialogue inter-comorien sous médiation internationale via la convocation d’une table ronde de réconciliation nationale, une proposition que j’avais initiée et mise en route dès le 10 août 1997, 5 jours seulement après la mise en place de la Coordination politique, que je supervisais, une proposition qui avait pris son chemin:

le blocage de la tenue du Baccalauréat conséquent à l’interdiction de la présence de jury composé de professeurs de Ngazidja et Moili était levé, et le Bac s’était déroulé sous la coordination d’un jury national,

–        la délégation de l’OUA dirigée par un ambassadeur ivoirien était bloquée à Moroni car elle était interdite de séjour à Anjouan, mais avait pu fouler le sol anjouanais,

–        à l’occasion de cette arrivée de l’OUA, un accord était signé par la Coordination et l’OUA pour la tenue d’une table ronde de réconciliation nationale.

Je ne manquerais pas de citer François Mitterrand: «Ceux qui agissent par des moyens illégaux me plaisent plus que ceux qui ne veulent rien faire; la philosophie de la vie victorieuse, c’est l’effort».

www.lemohelien.com: Vous disiez à l’époque sur RFI des soldats de l’Armée comorienne qui s’apprêtaient à faire le débarquement du 13 septembre 1997 à Anjouan, vous alliez «les nettoyer tous». C’est grave tout ça, non?

      Mohamed Abdou Madi: La gravité était de quel côté? Côté Anjouan, où la Coordination que je supervisais avait signé l’accord pour les assises nationales de retrouvailles? Ou du côté des complexés et jaloux de ma réussite d’avoir fait déposer les armes? J’avais tout fait pour décourager le débarquement à un moment où un accord était trouvé. Ça n’avait rien à voir avec un quelconque nettoyage et fort heureusement que j’étais encore présent à Anjouan sinon, on se serait trouvé dans une situation de non-retour.

www.lemohelien.com: Vous avez une singulière façon de vous attribuer le beau rôle et de vous disculper. Dans presque tout ce que vous dites. On a entendu les dirigeants anjouanais lancer l’interrogation suivante: «Pourquoi le Président Taki a-t-il opté pour un débarquement militaire alors qu’Anjouan avait affiché sa disponibilité pour un dialogue national?». Vous n’étiez même pas même pas sincères en disant ça.

      Mohamed Abdou Madi: En prenant la décision du débarquement, le Président Taki s’était trompé d’époque et d’analyse, sur ce qui était de l’évolution politique de l’île d’Anjouan. Le Président Taki était en net décalage par rapport à la réalité, n’ayant pas intégré les dernières évolutions politiques du pays avec l’avènement entre autres de la démocratie, du multipartisme; il était resté dans la logique du parti unique, de la dictée du chef à ses sujets. À titre de rappel, Anjouan a vécu une situation bien particulière avant et après l’indépendance, une île qui a subi fortement la loi de la soumission. Les systèmes dictatoriaux qui se sont succédé aux Comores avaient sérieusement verrouillé l’île avec:

–          L’imposition de déportations vers les autres îles à l’encontre de tout responsable anjouanais qui n’aurait obéi aux choix des listes électorales dictées par le pouvoir.

–          Pour ce qui était des cadres et fonctionnaires anjouanais, cette mesure était diligentée à leur encontre à travers des affections dans les régions les plus enclavées du pays.

–          Ces déportations déguisées en affectations d’agents de l’État s’étaient traduites d’une part, par une frustration supplémentaire des familles des déportés restés à Anjouan sans bouée de sauvetage, et d’autre part, par l’inquiétude et la précarité de ceux qui voyaient en ces cadres et agents de l’État des patrons potentiels en agents de maison, jardiniers. D’où une autre forme de mécontentement des Anjouanais, surtout qu’aucune autre population des autres îles n’a été victime de cette politique d’épuration politique.

Face au train de mesures conciliantes inespérées qui étaient prises par la Coordination, le Président Taki et son entourage, mal renseignés, les avaient jugées autrement. Pour eux, la prédisposition au dialogue affichée par Anjouan était une forme de capitulation et de peur, l’expression d’un étouffement du Mouvement à la recherche d’une bouffée d’oxygène, ce qui avait conduit à la prise de la décision du débarquement du 13 septembre 1997, qui allait finalement tout chambouler. En fait, le Président Taki s’attendait à la victoire facile, croyant à la fatigue de ses opposants, qui allaient déposer les armes au premier coup de feu en provenance de Moroni. Dans cet esprit, le dialogue n’avait pas de place. D’où, le 13 septembre 1997, le Président Taki et son gouvernement allaient décider autrement: rompre avec l’OUA et son règlement de la crise par le dialogue car ce serait une victoire pour Anjouan et ses leaders, dont Mohamed Abdou Madi, engager une solution militaire qui était supposée par le Président Taki pour renforcer son autorité et celle de son pouvoir central.

Propos recueillis par ARM

© www.lemohelien.com – Vendredi 21 décembre 2014.

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