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Dans nos archives: Mohamed Abdou Madi – III

Dans nos archives: Mohamed Abdou Madi – III

«Ahmed Sambi a trahi son pays pour ses intérêts personnels»

Interview exclusive de Mohamed Abdou Madi (Partie III)

Ex-Premier ministre des Comores, sous Saïd Mohamed Djohar

      www.lemohelien.com: Vous n’aimez pas Ahmed Sambi, et cela saute aux yeux. Que lui reprochez-vous exactement?

Mohamed Abdou Madi: Je reproche à Sambi d’être un manipulateur, un menteur, un monteur de scénarios cruels et inimaginables pour celui qui présidait à la destinée du pays. Comment comprendre que Sambi et équipe:

–          ferment les frontières aériennes et martines d’Anjouan avec les autres îles,

–          décrètent un embargo alimentaire contre Anjouan,

–          imposent un embargo au niveau des hydrocarbures,

–          gèlent les comptes bancaires au niveau de l’île autonome d’Anjouan,

–          imposent même un embargo pour ce qui est des évacuations sanitaires,

Et c’était pour que Sambi aille se plaindre à l’Union africaine, avec la complicité onéreuse du Médiateur de l’Union africaine de l’époque, un certain Francisco Madeira, accusant les autorités anjouanaises de s’être repliées en séparatistes, en ayant coupé tout contact avec les autres îles. À ce niveau mensonger et de méchanceté, comment peut-on aimer un tel Monsieur, qui est si immoral?

www.lemohelien.com: Vous accusez Ahmed Sambi d’un certain nombre de choses, alors qu’il devait défendre l’unité et l’intégrité territoriale des Comores. Il était dans son rôle, en sa qualité de chef de l’État comorien. En plus, à l’époque, il aurait été beaucoup plus sage de saisir la main fraternelle qu’il vous tendait.

      Mohamed Abdou Madi: Sambi n’a jamais été un défenseur d’une quelconque unité, d’une quelconque intégrité territoriale. Sambi est impardonnable. Il a trahi sa nation pour ses intérêts personnels de rêve de pouvoir à vie et d’enrichissement illégal: «Citoyenneté économique», pavillons, Galawa vendu pour être démoli, «Projet Habitat» fictif… Sambi a eu à inventer lâchement et cruellement des infractions pour se mettre à les condamner; même le Coran le pourchassera partout où il se réfugiera. Quand on fait les comptes, on s’aperçoit que son débarquement a été une opération crapuleuse. Où sont les fosses communes qu’il avait déclarées, les handicapés à vie, les mutilés, les démolitions de ses sociétés, de sa résidence privée? Enfin, je dirai à Sambi que: «L’incarcération ne peut être une démarche honnête pour résoudre l’adversité, sinon la science politique serait obsolète».

www.lemohelien.com: Que pensez-vous de sa candidature à la présidence de la République en 2016, alors que selon l’esprit de la Constitution et la coutume constitutionnelle confirmée au cours des trois derniers scrutins présidentiels, seuls les Grands-Comoriens sont fondés à briguer la présidence de la République?

      Mohamed Abdou Madi: Sambi ne changera pas. Du fait d’avoir réussi à emballer malhonnêtement les Comoriens, dont ceux de Ngazidja et la communauté internationale, à l’adhésion de l’histoire de son débarquement crapuleux du 25 mars 2008, il croit qu’il peut réussir à embobiner le monde continuellement. Et son tour viendra et il paiera cher.

www.lemohelien.com: Aux Comores et dans les chancelleries, de lancinantes questions se posent sur votre fuite d’Anjouan vers Mayotte après le débarquement militaire du 25 mars 2008. Avez-vous bénéficié de complicités extérieures? Si oui, lesquelles?

Mohamed Abdou Madi: Pour vous dire vrai, il n’y a pas eu complicités extérieures. Faudrait-il rappeler que ce sont des complicités internes de l’Armée qui nous ont permis de nous retirer d’Anjouan? Nous avions d’ailleurs pris la décision de nous soustraire de la cellule souterraine où nous étions séquestrés dès lors que nos jugements de notre mise en liberté ont été bottés en touche par Sambi. À rajouter encore que c’était le gendarme, chef de cellule qui nous avait ouvert la porte de la cellule et il nous avait même accompagnés dans la traversée vers Mayotte. Il est d’ailleurs sous protection internationale.

www.lemohelien.com: Actuellement, vous vivez de quoi à Mayotte, et quel est votre statut juridique sur cette île transformée en département français sous la présidence d’Ahmed Sambi?

      Mohamed Abdou Madi: Certains et des plus nombreux ont un job. Ceux qui ne bossent pas, ils sont quand même encadrés par leurs familles, voire par des amis si marqués par ce qui nous est arrivés injustement en 2008. La scolarité des enfants est assurée. Notre reconnaissance à la partie française, même s’il pourrait y avoir débat un jour, est réelle.

www.lemohelien.com: Actuellement, la classe politique anjouanaise manque singulièrement d’acteurs politiques d’envergure et dignes d’intérêt. On n’entend parler que d’Ahmed Sambi et de ses partisans, qui ne disent et ne font rien d’intéressant d’ailleurs. Est-ce que cela est dû à votre absence sur l’île?

      Mohamed Abdou Madi: Bien sûr que oui, mais on parle de lui en mal. Sambi n’a jamais pensé à l’intérêt supérieur. Il est arrivé au pouvoir à travers des paniers de mensonges et de fausses promesses, sans projets, si ce n’était son «Projet Habitat social», qui s’est avéré un projet fictif qui lui a permis de faire cotiser de l’argent pour s’enrichir. Sambi ayant compris que les mensonges ont des limites, il s’était déployé pour se débarrasser de tous ceux qui peuvent le dénoncer, lui créer des ennuis. On entend parler de Sambi pour ce qui est des actions crapuleuses qu’il a menées contre toute une République y compris le hold-up électoral pour installer Ikililou Dhoinine à Beït-Salam.

www.lemohelien.com: Si vous rentrez à Anjouan aujourd’hui, vous allez reprendre vos activités politiques tonitruantes et quelque peu volcaniques?

      Mohamed Abdou Madi: À chacun son style; le style est caractéristique de l’Homme. Mon style s’apparente à un style volcanique mais mes solutions sont des plus pacifiques. Je peux me permettre une satisfaction personnelle à l’origine d’une jalousie de mes antagonistes politiques. C’est le fait que j’ai été le batailleur infatigable pour surgir à chaque fois que mon pays se trouve en difficulté au moment où mes collègues leaders ne se proposent pour prendre le moindre risque s’apprêtant à déformer les victoires de ceux qui agissent pour se créer les places privilégiées dans des gouvernements de transition post-crise dont ils ne seraient pas investis pour résoudre:

–        en 1993, au moment où le pays vivait un gouvernement par trimestre, je fus rappelé aux commandes d’un parti de coalition, le RDR, puis à la Primature pour le retour à la stabilité gouvernementale;

–        en 1995, suite au coup d’État de Bob Denard: Saïd Mohamed Djohar fut exilé à la Réunion, ses chefs des institutions repliés à l’Ambassade de France: Mchangama, Président de l’Assemblée, Caabi El Yachourtui, Premier ministre, Mohamed Larif Oucacha, Directeur de Cabinet chargé de la Défense, Colonel Azali Assoumani, chef d’État-major des Forces Armées comoriennes.

–        Tout ce monde s’étant mis à l’abri, je fus rappelé pour conduire une médiation qui avait connu un succès, avec la libération de ces chefs des institutions, qui étaient ensuite tous rétablis à leur poste. On avait obtenu le retour de Saïd Mohamed Djohar aux Comores et la tenue du scrutin présidentiel le plus crédible aux Comores, qui avait vu l’élection de Mohamed Taki Abdoulkarim.

–        En 1997, face à la désintégration de la situation à Anjouan avec même le blocage de la tenue du Baccalauréat et de l’arrivée d’une délégation de l’OUA dans l’île qui était conduite par l’Ambassadeur Pierre Yeré, on avait fait appel à moi. Le Baccalauréat s’était bien déroulé, avec un jury composé de professeurs de Ngazidja et Moili; la délégation de l’Union africaine avait pu fouler le sol anjouanais. Et un accord pour une plateforme de réconciliation nationale était signé. Au moment où les délégations s’apprêtaient à décoller pour Addis-Abeba en septembre 1997, les jaloux de ma réussite avaient réussi à dérouter le Président Mohamed Taki pour le convaincre à opter pour la violence, les coups de fusils, ce qui avait tout compromis.

–        En 1998, lorsque les Anjouanais étaient revenus à des bons sentiments pour souscrire à ma démarche de retrouvailles de 1997 boycottée par le débarquement improductif et destructif du 13 septembre 1997, la conférence a été tenue à Addis-Abeba mais sans succès. Je fus même interdit de siéger à la conférence alors que j’avais reçu une invitation en qualité d’observateur, pour avoir été le signataire de l’Accord de la conférence.

–        Encore en 1998, après l’échec de la Table ronde d’Addis-Abeba, je fus rappelé au combat pour la paix par le Président Mohamed Taki, qui n’avait pas tenu longtemps, avec son décès précipité en novembre 1998.

–        En 2007, suite à la crise née de l’élection présidentielle d’Anjouan, Mohamed Bacar allait me rappeler pour conduire les négociations de pacification qui n’ont pas abouti à l’issue de plusieurs rencontres de médiation aussi bien à Anjouan qu’en Afrique du Sud sous la houlette de Madame Zuma, ancienne ministre des Affaires étrangères d’Afrique du Sud, aujourd’hui Présidente de la Commission de l’Union africaine. Je pose une question aux jaloux, qui me détestent, en raison de mes réussites: et si un pays était un navire menacé de naufrage, peut-on déculpabiliser l’équipage et la société navale constructrice pour déverser l’exclusivité de toutes responsabilités au seul secouriste, maladroit soit-il?

www.lemohelien.com: Dans quel courant politique comorien vous reconnaissez-vous aujourd’hui sur l’échiquier politique comorien? Êtes-vous prêt à apporter votre caution morale et politique au régime politique actuel, ne serait-ce que pour pouvoir humer l’air pur et vivifiant de Mjamaoué, votre belle ville natale?

      Mohamed Abdou Madi: Malgré le caractère dramatique de la situation, vous arrivez quand même à ramener le sourire sur mes lèvres. Je souris, donc. Je suis nostalgique de l’air de mon adorable village de campagne, Mjamaoué, avec un contenu politique assez riche. Mais, la politique a ses interdictions, ses principes, ses lignes rouges et ses humeurs. Ne brûlons pas les étapes et n’anticipons pas les choses en parlant d’adhésion à des courants politiques en pleine bataille de résolution d’exil. Quant au régime actuel, celui qui a si humilié, si malmené, si traîné, si bâillonné, si séquestré, de grâce, il doit y avoir débat dès lors que la politique peut ne pas avoir de frontières, mais des fois une moralisation. Sinon Nelson Mandela n’aurait pas réussi à faire de l’Afrique du Sud une nation de référence mondiale.

www.lemohelien.com: Vous devez être l’enfant chéri de Mjamaoué, pour être reconnu par la seule appellation du nom de votre ville natale. Mais, est-ce que les Mjamaouéns sont fiers de votre parcours politique en zigzag, vous manifestent de la reconnaissance pour services rendus aux uns et aux autres, et sont-ils prompts à vous témoigner de la solidarité?

      Mohamed Abdou Madi: Comme je viens de vous faire un bref aperçu de mes actions, je ne peux du tout pas être un abonné à des zigzags. J’ai toujours agi là où d’autres reculaient. Une bête politique peut être oui, mais pas de diminutif n’est-ce pas? Sinon, qui a fait mieux que moi, qui a risqué plus que moi? Ouvrez le débat pour faire comparaître les dirigeants successifs du pays la vérité! Vous savez, de par l’Histoire, pour avoir une promotion politique à Anjouan, il fallait appartenir à des villes de référence dont Mjamaoué n’appartenait pas, et être de familles de référence dont Mohamed Abdou Madi que je suis n’en faisait pas partie. C’est après ma nomination au poste de Premier ministre que je me suis attribué ce surnom en hommage à mon petit village de brousse qui m’a vu vivre, évoluer toute mon enfance et qui venait d’initier une révolution politique à travers ma nomination à la Primature. Je ne douterais aucunement du soutien de Mjamaouéns et de leur solidarité renouvelée à mon endroit.

www.lemohelien.com: Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la situation générale des Comores et sur le régime politique actuel des Comores?

Mohamed Abdou Madi: Les Comores ne sont pas du tout sorties des crises: instabilité constitutionnelle, mafia d’État. Parlons du prochain régime. Celui en place vit ses toutes dernières heures même s’il se targue de ridicules rafistolages de prorogation de mandats. Comment Ikililou Dhoinine peut comprendre que la tournante de Ngazidja a duré 4 ans et que lui, il se mettra à penser qu’il doit passer six ans de présidence dont cinq ans de mandat plein et une année de mandat machiavélique d’ajustement de comptes de «citoyenneté économique» et de Pavillon de complaisance, domiciliés on ne sait où?

www.lemohelien.com: Avec le recul, que lui reprochez-vous aujourd’hui?

Mohamed Abdou Madi: Beaucoup de complaisance, de mafias financières, d’immoralité à tous les niveaux. Que des villas qui poussent partout pendant que le pays sombre sur le plan économique, sanitaire. Le patriotisme comorien si entamé ne peut survivre que sur une approche statutaire du pays dosée de beaucoup plus de déconcentration politique que d’une passion exagérément caractérisée par un surdosage de centralisation politico-administrative.

Propos recueillis par ARM

© www.lemohelien.com – Vendredi 21 décembre 2014.

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© www.lemohelien.com – Samedi 22 juillet 2017.

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