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De la citoyenneté économique au… terrorisme

De la citoyenneté économique au... terrorismeAu-delà du réel problème humanitaire qui fait du bras de mer entre Anjouan et Mayotte un vaste cimetière marin, se posent de sérieux défis en termes de sécurité du territoire. Les frontières comoriennes entre l’Afrique de l’Est et les Comores, les Comores et Mayotte sont de véritables passoires.

L’Etat comorien, quand bien même il le souhaiterait, est dans l’incapacité totale de contrôler ses eaux territoriales.Et il n’existe pas d’accord bilatéral de coopération en matière de sécurité intérieure. Si le 21 juin 2013, à Paris, les chefs d’État français et comorien ont signé un Document Cadre de Partenariat relatif à la coopération dans le domaine de la sécurité intérieure, la lutte contre le trafic des êtres humains et l’immigration illégale, l’essai qui n’a pas été transformé lors du récent sommet des chefs d’Etat de la COI, lors duquel la partie comorienne s’est opposée à la mise en œuvre d’un projet d’échanges d’informations en matière de sécurité…

Il en découle fatalement un doute sur la fiabilité, voire la crédibilité du pays, qui se traduit notamment par le récent classement des Comores parmi les 40 pays déconseillés aux ressortissants français, par le Quai d’Orsay.

Le problème réside moins dans l’éventuelle hostilité des Comoriens à l’endroit des citoyens français que dans l’incapacité du pays à garantir leur sécurité face à des menaces extérieures. En effet, le pays, dès 1997, a perdu le contrôle réel de l’émission de passeports. Ces pièces d’identité étant distribuées à l’étranger moyennant finance. En 1998, la Lettre de l’océan Indien (n°823) relatait l’étrange ambassade de « trois émissaires du régime du président Mohamed Taki Abdul Karim (…) au Koweit, en Jordanie et au Liban, porteurs d’un important lot de passeports comoriens (diplomatiques et ordinaires). Leur mission était d’offrir la nationalité comorienne moyennant finance à des citoyens de ces pays désireux de l’acquérir discrètement. L’opération devait rapporter (…) de quoi résorber les arriérés de salaire des fonctionnaires.

Le 7 août de la même année, eurent lieu les attentats d’al-Qaida contre les ambassades américaines à Nairobi et Dar es Salaam, en Tanzanie. Et 31 août, le FBI américain débarquait à Moroni pour remonter la piste des facilités douanières accordées aux auteurs des attentats. Trois d’entre-eux, un yéménite, un kenyan et un Palestinien libanais, une fois capturés avaient expliqué au FBI que les composants des bombes avaient été convoyés du Moyen-Orient vers les Comores, avant d’être réexportés vers Dar es-Salaam puis Nairobi. On sait depuis que ce réseau était celui de Fazul Abdullah Mohammed, « le Comorien d’Al-Qaïda », chef de l’internationale terroriste dans la corne de l’Afrique, dont la tête fut mise à prix pour 5 millions de dollars (environ 3,5 millions d’euros), abattu en Somalie, un mois après l’élimination d’Oussama Ben Laden au Pakistan.

« Appartenance et financement du Front Al-Nosra et d’Ahrar Al-Cham »

Le trafic plus ou moins légal de passeports comoriens s’est développé sous le régime du président Ahmed Abdallah Sambi, alias l’Ayatollah, sous un intitulé rassurant, le programme de « citoyenneté économique ». Et ce business devenu industriel, s’est poursuivi avec son successeur le président Dr Ikililou Dhoinine.

Le Monde du 14 mars 2009 relatait les bases du deal passé entre Ahmed Abdallah Sambi et les Emirats arabes unis, en quête de nationalités de pure forme pour « des dizaines de milliers de  » bidouns », apatrides, Bédouins y compris, considérés comme des citoyens de seconde zone dans leur patrie, où ils sont privés de documents d’identité… » Si des garanties étaient formellement exigées, pas d’antécédents judiciaires, en matière de terrorisme ou de blanchiment d’argent, l’affaire s’avérait si juteuse qu’il eut été indécent de se montrer trop regarder sur les nouveaux citoyens.

Le premier accord avec les Emirats arabes devait rapporter 200 millions de dollars (ou 155 millions d’euros) et 4000 nouveaux citoyens bidounes-comoriens. Le seul Koweit compte 100 000 bidounes… à 25 000 dollars ou 25 000 euros le passeport lambda, le business semble extraordinaire. Il le fut, l’argent de la vente des passeports biométriques comoriens dans les émirats, Koweit, Abu Dhabi, Ajman… coulait à flot, directement géré par Ahmed Abdallah Sambi et ses obligés, dont Abou Achiraf, chef de la Direction nationale de la sûreté du territoire (DNST). Selon un rapport de la Banque mondiale, arrêté au moins de décembre 2013, les fonds de la citoyenneté économique auraient rapporté 54 milliards de francs comoriens dans les caisses de l’État (Ndlr : 1 euro = 491,968 francs comoriens).

Quant au nombre et à la qualité des nouveaux citoyens, mystère, les Comoriens n’en n’ont jamais rien su, si ce n’est par la rubrique Faits divers, certains citoyens économiques s’avérant être des trafiquants de drogue, ou pire, des terroristes. Selon une dépêche de l’AFP datée du 1er octobre dernier « quatre ressortissants des îles Comores et deux Syriens figurent parmi les 15 islamistes jugés aux Emirats arabes unis pour notamment appartenance au Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda (…) Les prévenus sont poursuivis pour appartenance et financement du Front Al-Nosra et d’Ahrar Al-Cham (…) deux organisations terroristes (…)qui dépendent du réseau Al-Qaïda ainsi que pour la fabrication d’explosifs, selon l’acte d’accusations… » Un témoin à charge a même affirmé que « deux accusés avaient suivi une formation militaire assurée par DAECH…

« Des réseaux parallèles que la justice comorienne n’a jamais réussi à démanteler… »

L’alerte initiale est venue directement d’Abu Dhabi, une note des autorités de l’émirat ayant informé le président Ikililou Dhoinine, de ce que ses mandants, chargés de la vente des passeports, détournaient allègrement les fonds qui en découlaient, du compte bancaire officiel vers un compte tiers. Lors des faits, 24 millions d’euros ou 2 milliards de francs comoriens avaient été ainsi captés. Le fruit de la vente de 700 passeports. Quelques arrestations et limogeages s’en suivirent, qui touchèrent des personnalités proches du clan Sambi et président Dr Ikililou Dhoinine : Abou Achiraf, ex-patron de la DNST, l’ambassadeur des Comores à Abu Dhabi, Zoubeir Ahmed Soufiane, apparenté au clan Sambi, l’ex-ministre de l’Intérieur Hamada Abdallah…

Mais le programme est en passe d’être relancé, dès l’ouverture au Koweït, de l’ambassade des Comores. Al-Watwan, journal comorien, explique que le général Mazen al-Jarrah, sous-secrétaire d’Etat à l’Intérieur et à la naturalisation, qui rappelle que le Koweit souhaite clore le dossier des 110 000 « Bidounes », en échange d’investissement koweitiens au Comores. Seuls 560 passeports auraient été légalement concédés à des sous-citoyens koweitiens, les autres auraient fait la fortune de « réseaux parallèles que la justice comorienne n’a jamais réussi à démanteler… »

Philippe Le Claire pour Imaz Press Réunion

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