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Demain, jour de rentrée des profs, j’effectuerai ma trentième rentrée

Demain, jour de rentrée des profs, j’effectuerai ma trentième rentrée, depuis ma première en tant qu’écolier en 1985. Que ça passe vite !

Mon maître s’appelait Ali Imani. On l’adulait, comme une rock star. Nos familles aussi. Il était invité à toutes les cérémonies religieuses et festives. C’était un homme qui comptait.

Comme tous les maîtres, d’ailleurs, à l’époque. Monsieur Ali Imani, qu’on n’appelait jamais par autre chose que Monsieur, était, c’est vrai, un fin pédagogue. Il dansait avec nous, chantait, bougeait, pour nous apprendre à lire et à écrire. Bon, il pratiquait des punitions physiques qui étaient très violentes, parfois, il faut le dire. A part ça, c’était un bon maître. Le meilleur sans doute, car il a réussi à me faire lire en français et à me faire compter.

Monsieur était mon maître au CP1. Et oui, les enfants ! On avait deux CP, le 1 et le 2. On faisait 6 ans à l’école primaire. Est-ce toujours le cas ? Je ne sais pas. Ce que je sais en revanche c’est qu’il y a des maternelles. Des maternelles aux Comores, comme à Paris, quelle bêtise !

Je dis quelle bêtise car on avait nos maternelles à nous, les écoles coraniques. On y apprenait aussi à lire en arabe. Mais pas seulement. C’était l’école de la vie. On y apprenait le travail de la terre, notamment par les « fameux jeudis du maître ». Ce dernier n’étant pas rémunéré, c’est dans les traditions comoriennes, envoyait ses élèves, nos frères africains du continent les appellent les talibés, pour cultiver son ou ses champ(s), faire brouter ses bêtes.

Rassurez-vous, il n’y en avait guère plus de 4 bêtes. On était ainsi préparés à cultiver la terre, un des meilleurs et des plus beaux métiers qui soient. Mon maître à l’école coranique, donc à la maternelle, était Foundi Soulaïmane, Foundi voulant dire maître.

Lui non plus, tu ne pouvais jamais l’interpeller par son nom. Et ce, jusqu’à la fin de la vie. Il y avait aussi de la bonne chicote ! Mais qu’il était fort, ou plutôt qu’ils étaient forts ! A à peine 3 ans, tu étais déjà à l’école coranique. Le maître t’apprenait tout à partir de zéro. Il faisait ta tête, ton cerveau en quelques sortes.

Aujourd’hui, 33 ans après mon entrée à l’école coranique et 30 ans après celle à l’école française, où on n’était inscrit qu’une fois le Coran maîtrisé, j’ai envie de rendre hommage à nos maîtres, à ces maçons des esprits, à ces artistes aux talents hors du commun, à ces peintres du savoir dont le pinceau est la bouche, l’encre le cœur et le tableau les têtes de leurs élèves.

Bravo Messieurs!

Mohamed Bajrafil

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