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Derrière la façade du «ventriotisme» du 12-Novembre

Derrière la façade du «ventriotisme» du 12-Novembre

Le passage du patriotisme au «ventrotisme»: une «révolution»

Par ARM

     Il fallait être à Sarcelles, en région parisienne, ce dimanche 13 novembre 2016 pour voir toute cette belle brochette de patriotes sincères assistant à l’émouvante cérémonie religieuse à la mémoire du chantre du patriotisme comorien qu’est le regretté Abdallah Hadji. Madame la Maire d’Iconi avait fait spécialement le déplacement, et la chose a été signalée par les orateurs dans leurs flamboyants discours. La crème du patriotisme comorien en France y a pris part. Naturellement, aux prières ont succédé des discours civiques de très haute facture prononcés par d’éminentes personnalités qui ont connu, respecté et aimé le défunt, dont l’ancien ministre Dini Nassur, Saïd Omar Saïd Bacar Halifa, Ibrahim Cheikh, etc. La mémoire de l’ancien Président Ali Soilihi y a été abondamment évoquée, et les soilihistes eux-mêmes y étaient en grand nombre pour prier pour le repos éternel d’un camarade qu’ils appelaient affectueusement «Frère», et que le Président Ali Soilihi leur avait désigné comme étant «votre Conseiller technique».

     Cette émouvante cérémonie patriotique tranche singulièrement avec le vent «ventriotique» qui souffle actuellement aux Comores sous les effets de la date du 12-Novembre, une date correspondant à l’admission des Comores à l’ONU en 1975 en tant qu’entité étatique composée de quatre îles. Dans «ventriotisme» et «ventriotique», il y a le mot «ventre», et il s’agit de la fameuse «politique du ventre» très chère à l’africaniste Jean-François Bayart, qui stigmatise ceux qui ont fait de la politique un moyen de remplir leur ventre jusqu’à être enceintes (suivez mon regard), même quand il s’agit de ces Messieurs les hommes. En réalité, les «Comoricains», les bien-pensants, les chantres de la bien-pensance et les «bons et vrais Comoriens» s’agitent autour de la date du 12-Novembre, mais uniquement pour tout faire afin de cacher la vérité aux autres Comoriens, qu’ils prennent pour de simples «beaufs», qui ne méritent que leur mépris. Et, malheur à ceux qui osent dire qu’ils sont faux-culs, alors qu’ils sont faux-culs.

     Aux Comores, la vénération baveuse de certains politiciens, surtout quand il s’agit des «anciens», conduit à l’évacuation démagogique des vrais débats de société. La sacralisation, la béatification et la sanctification de certains acteurs politiques conduisent à des hypocrisies pour le moins inadmissibles. Quand il s’agit de sujets comme le processus d’indépendance et l’admission des Comores à l’ONU, on tombe dans l’exagération mafieuse. La chose fait rire. Replaçons-nous dans le contexte de novembre 1975. Ali Soilihi dépêche une délégation à l’ONU. Celle-ci rentre au pays avec l’admission des Comores à l’ONU. On fête, on célèbre, tout le monde est content, et les plus emphatiques font passer la chose comme étant la glorieuse victoire des Comores sur «le colonialisme, le néocolonialisme et l’impérialisme français». Quelle bêtise crasse! Or, en y regardant de près, on constate qu’il s’est passé des choses tellement graves au sein de la délégation comorienne aux Nations Unies que certains membres de celle-ci, dégoûtés, refusèrent de retourner aux Comores. Ils s’installèrent en France. On n’a jamais voulu en parler. On préfère regarder ailleurs. Or, le premier chef de la diplomatie comorienne lui-même est montré du doigt, accusé de comploter sur le dos de son chef, qui se reposait entièrement sur lui dans toutes les relations officielles entre les Comores et le monde extérieur. Ce problème est occulté, alors qu’il est très grave.

     Ambassadeur de France aux Comores de 1983 à 1987, Alain Deschamps signale des choses qui auraient dû avoir suscité une grande enquête officielle, mais celle-ci n’a jamais été diligentée: «Mouzaoir Abdallah, tout en étant coordinateur d’Ali Soilihi pour les affaires extérieures, s’était discrètement rallié aux comploteurs du 13 mai» 1978, date du putsch contre Ali Soilihi. En plus, «Mouzaoir Abdallah, ancien président de la Chambre des députés, passait pour le Comorien politicien le plus subtil de tout l’archipel. Il est vrai qu’il avait trahi Saïd Ibrahim puis Ahmed Abdallah et que, ministre des Affaires étrangères d’Ali Soilihi, il avait, aux Nations Unies, défendu si mollement la cause de ce dernier qu’on avait pu le croire, sans doute à tort, stipendié par les services français»: Alain Deschamps: Les Comores d’Ahmed Abdallah. Mercenaires, révolutionnaires et cœlacanthes, Karthala, Collection «Tropiques», Paris, 2005, pp. 98 et 76.

     À un moment de grandes envolées lyriques et «ventriotiques» faites par les «ventriotistes», il n’aurait pas été superfétatoire d’interroger ceux qui disent des choses sur le dévoiement de la délégation comorienne à l’ONU en novembre 1975. Les Comoriens ont le droit de tout savoir pour que les responsabilités soient définitivement établies pour l’Histoire. Le glissement du patriotisme au «ventriotisme» est une grave régression.

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© www.lemohelien.com – Lundi 14 novembre 2016.

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