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Des homos sur ces îles prudes, pudiques et islamiques?

Des homos sur ces îles prudes, pudiques et islamiques?

L’orchestre Safinat Salama accuse vertement les homosexuels

Par ARM

     Un immense privilège, un insigne honneur et un grand avantage. J’ai l’immense privilège, l’insigne honneur et le grand avantage d’avoir pour voisins à Salamani, Fomboni, quand je suis à Mohéli, mes bons amis que sont le grand musicien Boinariziki et son talentueux choriste Ousseine Badjo, qui est également la plus belle voix de l’orchestre Safinat Salama de Mdji Mbia, à Fomboni. Nous revenions du sympathique pique-nique que nous avions organisé sur une plage de Fomboni le 31 décembre 2015 quand mon ami Ousseine a commencé à me parler de son orchestre Safinat Salama. Sachant que je suis un passionné de musique, le même soir, il me remit un enregistrement de son orchestre, que j’écoute au moins deux fois par jour depuis. Même à cet instant précis. De la bonne musique. Et puis, il y a les petites histoires de la vie sociale aux Comores dans ces belles chansons.

     Tout ça se passait sans soucis jusqu’à ce mardi 30 août 2016, quand je reçus cet appel téléphonique venant des Comores: «ARM. Excuse-moi de t’importuner. Je suis Madame…, l’épouse de… […]. ARM, je me permets de t’appeler alors que nous ne nous connaissons pas parce que je souffre en silence, et je meurs en silence, à petit feu. Le chien et fils de chienne qui me sert de mari m’a toujours trompé avec des femmes et même avec des hommes, mais en ce moment, il me tue littéralement. Il fait cric-crac avec son grand allié politique du moment, et vient souvent avec ce chien et fils de chienne à la maison, sous mes yeux, prétendument pour parler politique. Ça me tue. Il faut faire quelque chose, sinon, soit je meurs de chagrin et de honte, soit je me suicide». «Je compatis, Madame, mais, je ne vois pas ce que je peux faire dans une affaire aussi sensible, qui relève de l’intimité. Et puis, les Comoriens, en bons Musulmans qu’ils sont, ne font pas ce dont tu accuses ton époux et son allié politique du moment. Ils disent être de bons Musulmans». Il fallait faire un peu d’hypocrisie pour la bonne cause… La souffrance qui émanait de la voix de cette femme fendait le cœur. C’est sérieux.

     S’ensuivit une discussion. La femme voulait que je dénonce de manière nominative son mari et son partenaire. Je sentis mon cœur à la gorge. Mon cœur quittait mon corps par la gorge. Que me demandait cette femme? «Madame, le jour où j’ai parlé de la sexualité et de l’homosexualité sur la scène politique aux Comores, j’ai été menacé et injurié pendant un mois. Tu n’as pas pitié de moi?». C’est alors qu’une chanson figurant sur l’album que m’avait remis mon ami Ousseine me revint à l’esprit. Quand j’en parlais à la femme, elle fut comme une noyée qu’on sauvait de la noyade. «Traduis les paroles de cette chanson et balance tout ça sur ton site. Le chien et fils de chienne qui me sert de mari finira par le savoir. Ces chiens et fils de chienne doivent savoir que je t’ai appelé. Ça leur fera peur». Cela étant, je vais devoir honorer mes engagements à l’égard de cette femme, en traduisant les paroles de cette belle chanson de l’orchestre Safinat Salama de Mdji Mbia.

     La chanson s’appelle «Midjouza», «Miracle»: «Dans le monde d’aujourd’hui, il y a des miracles. Une personne de sexe masculin et une autre personne de sexe masculin se marient, une femme et une autre femme s’épousent. Les êtres humains, nous devons penser au monde de jadis. Sodome et Gomorrhe ont péri violemment, et nous devons nous éloigner de Satan et de certaines mœurs. Être humain, tu dois penser à la tombe dans laquelle tu dormiras un jour. Mounikara et Nakirou [les deux anges de la tombe] te poseront une question, et si tu te montres incapable d’y répondre, ta perte est assurée.

     Dieu a créé les Musulmans et les infidèles. Le signe distinctif de l’Islam n’est pas la peau noire, mais de bonnes mœurs, conformes à la religion.

     L’être humain doit penser à l’au-delà, où nous nous rendons. Ce qui se passe n’est pas normal. Des personnes de sexe masculin qui se marient entre elles. Des personnes du même sexe masculin qui s’embrassent sur la bouche. Une mariée qui a de la barbe. Ces pratiques sont déplorables. C’est de l’homosexualité. Une personne de sexe masculin qui se transforme en femme. Une personne de sexe masculin qui frappe le “hobessi”. Une femme qui frappe le “trangaro”. Vous, les femmes qui vous mariez entre vous. La femme qui s’est transformée en Monsieur. Ces pratiques sont déplorables. Vous, les jeunes, écoutez mon conseil: évitez le “trangaro”. Vous les femmes qui vous êtes transformées en hommes. Vous les hommes qui vous êtes transformés en femmes. Où devons-nous être? Que devons-nous éviter? Une minute de silence».

     À ma grande honte, je dois avouer que je n’ai jamais entendu parler des expressions «frapper le “hobessi”» et «frapper le “trangaro”», qui proviennent de vieux mohélien, que ne maîtrisent que ceux qui ont été élevés par leurs grands-parents. J’ai appelé Baco Zyngui, que les lecteurs et lectrices connaissent pour ses commentaires piquants sur ce site. Il est sur messagerie. J’ai dû appeler un autre ami, qui me parla de «pratiques sexuelles», sans pouvoir m’en dire plus.

     Alors? Comme chacun le sait, chacun est propriétaire exclusif de son corps. Chacun fait ce qu’il veut de son corps. Si on décide d’aller se faire déchirer le derrière, c’est un problème qui ne regarde que celui qui veut se faire déchirer le derrière. Religion ou pas religion, mœurs sociales ou pas, chacun est libre de faire de son corps ce qu’il veut. Chacun est libre d’être homosexuel ou hétérosexuel.

     Pourtant, le problème n’est pas que personnel, parce qu’aux Comores, au cas où il y aurait des homosexuels – y en a-t-il? –, tout le monde se marie. Donc, les homosexuels comoriens ont des femmes et des enfants, donc une vie familiale et sociale, et les homosexuelles ont des époux, des enfants et donc une vie familiale et sociale. Cela signifie que les conjoints et les enfants des homosexuels et des homosexuelles ne sautent pas de joie en apprenant les penchants sexuels de chérie, chéri, papa ou de maman. Ces proches souffrent en silence, comme l’a si bien dit la femme au téléphone. L’appel de cette femme qui traite son mari de «chien et fils de chienne» est un cri d’agonie, un cri venant du cœur, un coup de sang. Dès lors, la question qui se pose est celle de savoir si la jouissance du corps par son porteur doit se traduire par les blessures intimes et incurables imposées aux proches? Que chacun fasse de son corps ce que bon lui semble, mais sans oublier les êtres qui sont à côté de lui et qui souffrent en silence, dans un silence de mort.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Mardi 30 août 2016.

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