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Détestation cordiale et haine «tribale» sur l’île de Mohéli

Détestation cordiale et haine «tribale» sur l’île de Mohéli

Mohéli divisée en zones tribales anarchiques excluant le Droit

Par ARM

     «Que va encore faire ton ami Mohamed Larif Oucacha à cette élection de Gouverneur? Ne pouvait-il pas rester tranquillement chez lui au lieu de se présenter à cette élection, l’élection qui risque d’être le scrutin de trop?». Ces deux questions sont posées par cette femme proche de ce candidat à l’élection gubernatoriale de Mohéli, et cette femme était très en colère comme si Mohamed Larif Oucacha n’avait pas le droit de se porter candidat à celle élection. Le même soir Mohamed Larif Oucacha organisait une réunion politique dans sa villa de Djoiezi, pour essayer de mobiliser d’abord dans sa ville natale, avant d’aller prêcher la bonne parole chez les autres. Ses partisans tiennent un seul discours: «Djoiezi est une ville qui compte beaucoup à Mohéli sur le plan électoral. Djoiezi est la seule ville d’envergure de Mohéli qui ne présente qu’un seul candidat. Si Mohamed Larif Oucacha arrive à mobiliser les Djoieziens, son entrée au deuxième tour du scrutin est assurée et il pourra espérer. Il faudra donc mobiliser les Djoieziens et les fédérer autour d’un projet politique novateur, autour d’une candidature de rassemblement, en faisant taire certaines rancœurs inutiles et improductives. Il est des erreurs fatales que nous devons éviter, dans l’intérêt de tous».

     Au cours de la réunion en question, on entendit un partisan de Mohamed Larif Oucacha, dans la maison de Mohamed Larif Oucacha, au cours d’une réunion de Mohamed Larif Oucacha, demander à ce dernier: «Comment peux-tu espérer convaincre les Mohéliens de ton sérieux et de ton patriotisme, alors qu’il t’accusent depuis 1993 d’avoir cédé et bradé la présidence de l’Assemblée fédérale au Grand-Comorien Saïd Abdallah Mchangama, étant entendu que cette présidence revenait de Droit à Mohéli?».

     Moment de stupeur dans le salon. Des regards gênés ont été échangés par certaines personnes présentes. Et puis, contre toute entente, on entendit le maître de céans faire un petit rire, le rire de celui qui a la conscience tranquille, qui n’a rien à se reprocher, et qui attendait cette question pour crever un abcès remontant à l’année 1993: «Je ne comprendrai jamais pourquoi on m’a toujours attribué à moi seul une décision collective. Toute la classe politique mohélienne était associée à cette décision: Soilihi Mohamed, Salim Djabir, Mohamed Ousseine et bien d’autres. Tous ces gens sont vivants et je voudrais qu’ils viennent nier devant moi qu’ils n’étaient pas d’accord pour la prise de cette décision. J’aimerais bien les voir nier. Nous nous étions tous mis d’accord pour attribuer la présidence de l’Assemblée fédérale à un homme qui avait de graves problèmes en cette période à cause d’un certain nombre d’affaires et qui avait besoin de la couverture de cette présidence pour pouvoir échapper à des ennuis très graves. Cet homme est Saïd Abdallah Mchangama. Moi, j’assume ma part de responsabilité, et il serait normal que chacun assume la sienne avec courage. Je le répète: c’était une décision de la classe politique mohélienne». Les femmes présentes étaient mortes rire au moment où ces paroles avaient été prononcées.

     Seulement, à Mohéli, on a cessé de rire quand on parle politique. La politique à Mohéli est devenue une bataille de chiffonniers. Il faut voir les politiciens mohéliens quand ils se rencontrent dans un coin de rue: ils se donnent du «mon frère» et des tapes sur le dos, mais la réalité est beaucoup plus prosaïque puisque ces braves garçons se détestent et se méprisent. Quand on parle avec les uns, ils ne ratent jamais une occasion pour vouer les autres aux gémonies: «Celui-là ne s’aperçoit pas du temps qui passe et croit que nous sommes restés des gamins au point qu’il peut venir nous parler chaque jour de ses propres ambitions politiques. Mais, que fait-il des plans de carrière politique des autres?». On entend également les paroles de ceux qui disent: «Sur cette île, les gens ont trop joué avec l’esprit villageois, en prétendant que c’est le village qu’il faut voir et non un individu. J’ai cessé de croire à ce discours par trop démagogique. J’ai cessé de croire à la petite démagogie des prétendus intérêts du village. Les intérêts du village ont bon dos».

     Et quand on demande aux Fomboniens pourquoi ils ne se réunissent pas pour désigner une candidature unique, eux qui constituent 62% de l’électorat de Mohéli mais se font battre à toutes les élections majeures, leur réponse est unique: «Ça serait l’idéal, mais personne parmi les candidats n’accepterait de se désister au profit d’un autre parce que chacun se croit le meilleur, celui qui est capable de mobiliser la frange la plus large de l’électorat. Et nous n’avons personne parmi nos aînés qui pourrait parler à ces gens dévorés par l’ambition politique personnelle. Alors, c’est la curée, et Fomboni se fera toujours devancer». Sur le sujet, le seul qui tient un discours apaisant est le Colonel Mohamed Anrifi Moustoifa Bacar Madi dit José, dit Obama: «Je n’ai aucune envie de me prononcer sur cette élection de Gouverneur, à laquelle se présentent plusieurs membres de ma famille, à commencer par mes cousines Hadidja Aboubacar et Mariama Haïdar dite Assianfa. Que dire d’Achiraf Ben Cheikh et des autres? Je n’ai aucune envie d’avoir des problèmes avec les uns et les autres. Donc, je me tais et je me montre très discret. Personne n’entendra un mot de moi sur cette élection de Gouverneur. D’ailleurs, j’ai assez dit et il est temps pour moi de me taire».

     Pour autant, cette modération n’est pas l’apanage de tout le monde. Mohéli est devenue un ensemble de zones tribales, des zones que s’attribue chaque candidat au point d’en interdire l’accès aux autres. Aucun candidat n’a le droit de se rendre dans une localité qui a son propre candidat, les partisans de Mohamed Larif Oucacha et ceux de la Première Dame dite Maman étant sur le point de s’entretuer à Djoiezi, chez Mohamed Larif Oucacha mais où Maman a des partisans bien résolus à en découdre. Au moins, à Djoiezi, deux personnes se partagent le territoire, alors qu’ailleurs, chacun se reconnaît un village dont il interdit l’accès aux autres. Mohéli est divisée en zones tribales où bientôt même les autorités n’auront pas droit de cité. Jusqu’à maintenant, se murant dans une indifférence totale, les pouvoirs publics laissent pourrir une situation déjà explosive. Tant que le sang n’est pas encore versé, les autorités s’en moquent. Que les gens s’insultent en pleine rue n’est pas une chose pouvant les émouvoir.

     Naturellement, quand on se rend dans les différents villages, les partisans des uns déchirent rageusement les affiches des autres, notamment pour provoquer des scènes de rue où ils n’ont pas peur de verser le sang. Il est vrai que les Mohéliens perdent toute trace de sang-froid en période électorale, mais cette fois-ci, un nouveau palier de l’intolérance a été dépassé. Il y a des gens qui cherchent la bagarre. Naturellement, les menaces fusent de toutes parts. Les injures aussi. Les accusations fondées sur le néant et motivées par une volonté de nuire et de diviser également. Et comment passer sous silence les mensonges gratuits proférés sur chaque candidat?

     Pendant que toutes ces péripéties se déroulent sur une île sinistrée et divisée, où la haine politico-familiale est d’une épaisseur à couper au couteau, les partisans de Mohamed Saïd Fazul ont choisi un État de Droit, la France, où ils ne subiront l’interdiction d’aucune ethnie, tribu ou famille pour se réunir ce samedi 6 février 2016. Au moins, en France, ils ne risquent pas de subir les avanies d’aucune horde de partisans en plein déchaînement et en pleine furie. Les choses sont à ce point. Et quand on demande aux partisans de Mohamed Saïd Fazul pourquoi ils se réunissent très loin du théâtre des opérations électorales, ils répondent à l’unisson que c’est pour que leur chouchou sache qu’il n’est pas seul dans cette bataille électorale qui va décider de son avenir politique et de celui de l’île de Mohéli en cette période cruciale. Voilà des paroles qui vont faire boire du petit-lait à Mme Soifiat Youssouf Bacar, épouse Abdou Djabir, qui a suspendu toutes ses activités professionnelles à Mayotte pour aller animer à Mohéli la campagne électorale de son champion Mohamed Saïd Fazul.

     Où va Mohéli? Dans la haine brute.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Vendredi 5 février 2016.

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