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Du photocopillage de diplômes à celui de livres scolaires

Du photocopillage de diplômes à celui de livres scolaires

Belle «Justice» bénit le photocopillage des manuels d’École

Par ARM

     C’est quand même bizarre. La Police judiciaire arrête le journaliste vedette Abdallah Agwa de Baraka FM, au prétexte qu’il a interpellé le «concubinocrate» Azali Assoumani sur son port inapproprié et interdit de vêtements traditionnels, lui qui n’a pas respecté la tradition qui autorise le port de ces tenues de prestige social. Qu’on se le dise! Le «ventriote» Azali Assoumani n’est ni un «homme complet» au regard du grand mariage, ni un jurisconsulte musulman, et ses abus vestimentaires sont de mauvais goût. Naturellement, toutes les voix respectant les valeurs démocratiques et sociales du pays sont de tout cœur avec le trublion de Baraka FM, qui a bien mérité de la patrie. Au même moment, la «Justice» comorienne vient de franchir un nouveau pas dans le dévoiement, la honte et la saleté. En effet, après avoir légalisé et institutionnalisé les faux diplômes de certains dirigeants parmi les plus bruyants et les plus remuants, elle vient de bénir le photocopillage des manuels scolaires, dans un climat de banditisme total.

Pour comprendre les tenants et aboutissants du problème, il vaut mieux écouter la voix d’Isabelle Mohamed, la gérante de la Bouquinerie d’Anjouan, victime du photocopillage des livres scolaires (ceux qu’elle vend sont des originaux) et d’une Justice inique qui donne raison à l’entreprise de photocopillage des manuels scolaires, sans le moindre respect du copyright: «Depuis quelques années, nous avons assisté au développement d’une pratique de photocopie de manuels scolaires, à l’occasion de la rentrée scolaire. Au début, il pouvait s’agir de manuels épuisés et devenus introuvables, mais très vite nous nous sommes rendu compte qu’il s’agissait de manuels toujours commercialisés, qui ont été intégralement photocopiés. Dans un premier temps, ce sont certaines écoles privées qui ont fait photocopier les manuels chez les imprimeurs pour les revendre aux parents, ensuite.

     Cette année, le problème a pris une nouvelle ampleur. Un commerçant spécialisé en informatique, devenu imprimeur, s’est lancé dans la duplication et la reliure à grande échelle de toutes sortes de manuels scolaires. Il a fait publicité de son offre commerciale à la télévision, et s’est donc livré à la vente publique en son magasin d’ouvrages intégralement photocopiés et reliés au sein de son imprimerie. Il existe des textes très clairs, qui régissent les droits sur les livres qui interdisent – dans tous les cas – la photocopie intégrale d’un ouvrage. Ceci commence dans la Déclaration des Droits de l’Homme (article 27) pour arriver à la Convention universelle sur les droits d’auteurs, qui instaure une véritable protection juridique pour les œuvres, laquelle se manifeste par le symbole du copyright ©.

     Il faut comprendre que même si ces ouvrages intégralement photocopiés étaient distribués gratuitement, ce serait une infraction à la Loi. Alors, quand il s’agit de commerce, c’est encore plus illégal. Avec de telles pratiques, ce sont tous les acteurs de la chaîne du livre qui sont lésés. Nous avons donc pensé qu’il fallait informer la population sur toutes les étapes que représente la production d’un manuel scolaire, depuis sa conception jusqu’à sa commercialisation. Il s’agissait de déclencher une prise de conscience. Puis, devant l’ampleur de l’entreprise engagée par ce commerçant, il nous a semblé indispensable de porter l’affaire devant la justice pour que cessent de telles pratiques. Nous avons donc déposé plainte pour “photocopie de manuels scolaires en dehors de l’usage privé du copiste; contrefaçon de manuels scolaires; concurrence déloyale”. Nous avons engagé un avocat et l’audience a eu lieu le 24 novembre dernier, le jugement doit être rendu le 22 décembre prochain» (Entretien accordé par Isabelle Mohamed à Soeuf Elbadawi).

Le jeudi 22 décembre 2016, le verdict est tombé comme un couperet: la prétendue Justice comorienne a donné gain de cause à la société Comores Informatique Services, à l’origine de la hideuse contrefaçon, et c’est la Bouquinerie d’Anjouan, respectueuse de la Loi et victime d’une concurrence déloyale due à la contrefaçon des manuels scolaires, qui a été clouée au pilori. Dès lors, une question se pose: est-ce qu’il y a quelqu’un qui est étonné par un tel verdict, rendu par la fameuse «Justice» de Sa Seigneurie Monsieur l’Héritier du Trône, ci-devant Grand Vizir en charge de Dieu, du Prophète, du Paradis, des Gènes, de la Généalogie et de la Génétique? Personne de sérieux.

Sa Grandissime Seigneurie, cher Grand Vizir en charge de Dieu, du Prophète, du Paradis, des Gènes, de la Généalogie et de la Génétique, celui qui s’adresse aujourd’hui à Votre Hautesse n’est plus le blogueur que vous adorez au point de vouloir mourir et être enterré à sa place, mais l’homme à qui il arrive d’écrire un livre de temps à autre. La «Justice» de Votre Grandeur tue la libre concurrence, le livre et les droits d’auteur. Vous qui êtes capable de faire juger un innocent en une semaine, que faites-vous des droits d’auteur? Vous qu’on présente comme le plus grand avocat et le plus grand juriste comorien de tous les temps et même de l’éternité et de l’au-delà, n’avez-vous jamais entendu parler de propriété intellectuelle et de copyright? Vous qui connaissez tout et savez tout, vous allez étonner même les chancelleries en disant que vous n’êtes pas au courant des dispositions pertinentes de la Convention de Berne du 9 septembre 1886 pour la Protection des Œuvres littéraires et artistiques telle qu’elle a été révisée, complétée et modifiée par la suite.

Monsieur-je-sais-tout, Monsieur-je-connais-tout, quand, dans les années 1980, les éditeurs français ont lancé le slogan «Danger. Le photocopillage tue le livre», ils ont également tenu à indiquer sur les livres que «le photocopillage, c’est l’usage abusif et collectif de la photocopie sans autorisation des auteurs et des éditeurs. Largement répandu dans les établissements d’enseignement, le photocopillage menace l’avenir du livre, car il met en danger son avenir économique. Il prive les auteurs d’une juste rémunération. En dehors de l’usage privé du copiste, toute reproduction totale ou partielle de cet ouvrage est interdite». Qu’il soit également permis de signaler à Votre Hautesse que dans la plupart des manuels produits en France, on trouve la mention: «Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle».

Donc, le verdict rendu le jeudi 22 décembre 2016 sur la falsification des manuels scolaires est digne du promoteur de cette «Justice» dévoyée et scandaleuse. Rien n’étonne les Comoriens quand il s’agit d’elle.

Par ARM

Le copier-coller tue la blogosphère comorienne. Cela étant, il est demandé amicalement aux administrateurs des sites Internet et blogs de ne pas reproduire sur leurs médias l’intégralité des articles du site www.lemohelien.com – Il s’agit d’une propriété intellectuelle.

© www.lemohelien.com – Lundi 26 décembre 2016.

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