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Elections de 2016, les craintes sont très palpables

Mais qu’est-ce qu’on n’a pas vécu dans ce pays pour devenir des hommes et des femmes révoltés ? Qu’est-ce qu’il nous faut pour se rendre compte que le navire chavire ? Que nous faut-il pour que le Comorien ouvre enfin un œil, murmure tout seul, puis en ouvre un autre, sursaute dans son lit, claque sa porte derrière l’ombre et l’obscurité, se lance à la marche pieds et torse nus à la recherche d’un bonheur qu’on lui a toujours enfoui chez lui ? – On a tout vécu les abaissements dans ce petit pays.

Chacun et chacune de nous, Comorien et Comorienne s’est ainsi senti trahi un moment ou un autre par la trajectoire dégradante qu’a prise et suivie le cours de notre Histoire. Il faut dire que ces Comores-là dont je parle sont celles nées un certain 6 juillet 1975. Qu’est-ce qu’on n’a pas vécu de ce pays-là et qui puisse justifier notre folie collective menant au soulèvement populaire sans fin, cela jusqu’à tant pi ? Le comble ? – Des plus anciens régimes politiques aux plus récents, s’il l’on nous contraint, couteau sous la gorge d’en choisir certains où la vie fut ou a paru la moins pénible, la réponse est connue de tous, cela sans équivoque : – le plus reculé dans le temps. Autrement dit, chaque régime qui passe et qui en laisse derrière lui d’autres dans le passé, le Comorien doit regretter ce dernier. Telle se résume hélas la situation prévalant aux Comores à la veille de l’entrée en campagne pour les scrutins ramenant au pouvoir d’autres.

Pourtant, rien ne laisse croire que les slogans de campagne s’en inspireront encore moins les discours tenus ici et là s’y intéresseront. Dans un article publié sur ce site le 7 décembre 2015, j’ai fait un tour d’horizon sur les besoins fondamentaux du peuple comorien en fonction de la situation actuelle. Parce que ces points fondamentaux font défaut aujourd’hui et que la situation s’empire au fil du temps, le peuple comorien devra se révolter, penser à l’indignation pour espérer le changement.

Il n’y aura jamais de changement sans l’indignation populaire

Albert Camus disait qu’ « elle [l’indignation] s’exerce à heure et à sens fixe ». L’indignation est alors une protestation imminente qui ne cherche pas davantage son fond dans la raison mais qui est suscitée par le cœur blessé, bouleversé. Mais qu’est-ce qui bouleversera le Comorien qui en 2016 n’a plus de lumière, ni d’eau potable ? Qu’est-ce que se heurtera à lui si ce n’est pas la misère sociale marquée par la cherté d’une vie sans revenus, l’appauvrissement croissant de la population, pendant que d’autres voient leurs ventres gonfler parce qu’ils tournent à leur profit les caisses de l’Etat et les fonds publics ? Quand on voit que des voyous de la République font briller la Commission Electorale Nationale Indépendante par le gros trou qu’ils ont fait en détournant les fonds de fonctionnement de l’organisme, Pour l’auteur de L’homme révolté, l’indignation est précisément ce sentiment violent, animal que provoque le spectacle d’un crime et plus généralement d’une injustice.

De la même façon que Camus conçoit les choses, Georges Bernanos, dans son livre Les enfants humiliés (Gallimard, 1949) écrit que l’indignation n’est rien si elle n’est le cri spontané d’une conscience outragée par le scandale. Pour Albert Camus, l’indignation est la source inflexible de toute véritable révolte. C’est ce qui confère à l’homme sa dignité. Dans L’homme révolté (Gallimard, 1951), Camus, lui qui s’amuse avec son cogito cartésien, dira Je me révolte, donc nous sommes. Si l’on tient compte de cette philosophie cartésienne, à commencer par celle de Descartes (Cogito ergo sum) de laquelle s’inspire l’auteur de L’Etranger, nous ne sommes plus car il faut penser pour être (Descartes) et se révolter pour exister (pour Camus). Dans un pays où les populations brillent par leur attitude molle, l’indignation restera toujours leur vilain défaut, constituera la terre fertile des tromperies et accentuera davantage les craintes quant au déroulement normal du scrutin.

Des craintes jaillissent de partout

Sur 28 candidats à la course vers Beiti-Salam en 2016, seuls 25 courront le 21 février prochain si des surprises ne viennent pas empêcher le processus. Il ne faut pas avoir peur d’émettre ces craintes quand on sait que la CENI vient d’être mise en cause pour des détournements de fonds par au moins deux responsables à sa direction. Lorsqu’on se rend compte que beaucoup de ces candidats sont des gens qu’on côtoie et dont le quotidien ne nous est secret, des gens qui peinent à subvenir à leurs besoins matériels mais qu’ils sont parvenu à avoir des sommes colossales leur servant de cautions et autres, cela doit susciter trop de questions : on a envie de se demander: mais gouvernera après ces élections ? – Ces candidats, quand ils seront élus ou lorsqu’ils accéderont au pouvoir, seront-ils les mêmes qui gouverneront ? Leur pouvoir s’exercera à Beiti-Salam, dans les lieux publics de l’Etat ou plutôt ce sera des pouvoirs téléguidés de loin ? Ça craint quand on sait que certains se sont même fait arrêter par la police parce que des commerçants cautionnaires leur portent plainte déjà…. Ça craint lorsqu’on sait que cette ambiance à laquelle on rajoute les tensions internationales du Moyen-Orient immigrées chez nous, on sait que nous ferons face, dans les années à venir à des Comores vendeurs de gaz et d’hydrocarbures, ce qui déchaîne tout le monde aujourd’hui pour avoir le nez aux fenêtres du pouvoir.

Ces craintes sont aussi palpables quant au déroulement de ces élections ; rien ne nous empêche aujourd’hui avec cette mise en cause de la CENI, de ne pas émettre des doutes quant à la tenue de votes transparents. Comment cette CENI compte nous rassurer que l’ensemble des assesseurs éparpillés sur le territoire sont à mesure de suivre de près, sans faille ces votes jusqu’aux résultats finaux ? Quelle formations ont-ils bénéficié avant pour être sûr que le logiciel mis en place par des ONG internationaux sont compris par tous ces assesseurs ? Qu’est-ce qui empêchera à ces assesseurs, à ces membres de la CENI déjà salie, auxquels on tend une cagnotte pour falsifier les résultats la nuit tombée ? Quelles en sont les garanties que nous donne-t-on ? ces élections ont déjà suscité des craintes dès lors que le gouvernement par la voix du ministère de l’intérieur annonçait six mois avant le vote de la diaspora de France pour se résigner après. Quand les raisons d’abandon de ce projet qui a pourtant été ficelé ne sont jamais clairement élucidées, cela accentue ces craintes légitimes.

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