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Élections du 21 février aux Comores : on voudrait comprendre !

Quand on a été un parmi celles et ceux qui se sont sentis heurtés, d’abord par l’actualité politique aux Comores, puis par les réactions « irresponsables », dirais-je de certains, incitant à la violence, c’est parce qu’à la place, on veut comprendre, on veut savoir ce qui a dû se passer depuis les jours précédant le double scrutin du 21 février 2016 aux Comores jusqu’à ces, ceux des candidats, et bien sûr les regards nécessaires des institutions nationales, régionales et internationales. Or, jusqu’à aujourd’hui, à part le rapport de l’observatoire national présidé par Mohamed Farouk Ali Hamdi, rien ne s’infiltre pour répondre aux questions qu’on s’est posées au départ.

Mais qu’est-ce qui s’est passé en réalité ? Pour en savoir, les rapports doivent être multiples ; ces rapports sont ceux des Comoriens dans une espèce de cas par cas, les rapports des partis politiques vus des comptes rendus faits par leurs délégués dans les bureaux de vote le 21 février. Mercredi 24 février, le document de 6 pages en version électronique dressé par l’Observatoire National décrit le processus de vote, sa mission financée par l’Organisation Internationale de la Francophonie et l’Union Européenne et présente points par points le processus depuis sa phase d’avant élections, plusieurs anomalies comme la distribution « tardive et suspectées » des cartes électorales, « l’utilisation abusives » des biens de l’État dans la campagne…. La mission a regretté davantage plusieurs actes dégradant la politique nationale, l’indisponibilité des lignes d’urgence libres de la CENI (611), de la CEI (612) et celle des Forces de l’Ordre (416) « durant toute la journée du scrutin.

Quand tout laisse croire à la théorie du complot
L’observatoire national a salué le travail remarquable des forces de l’ordre dans le cadre de l’acheminement des résultats « enveloppes inviolables » mais aussi la coordination sans faille entre la CENI, les CEII, et le CECI « dans la collecte » des résultats. Mais les grandes questions que je me pose aujourd’hui sont vues du cadre médiatique national, régional et international ; quel rôle ont-ils vraiment joué, par exemple les médias locaux, régionaux et internationaux dans ce processus de vote ? Peut-on compter un jour sur la presse nationale, les radios et télévisions dans le pays pour espérer un jour ? Dans un pays où une grande partie est paralysée par d’innombrables délestages, comment peut-on se rendre compte du rôle des médias dans tout processus visant le bien-être démocratique ? Peut-on compter sur les réseaux sociaux seuls pour s’informer ?

Le vide médiatique institutionnalisé est un gros danger pour des sociétés mouillées dans le modernisme mondial ; ces carences, soit par lâcheté (médias « vendus ») ou par manque de professionnalisme ou de moyens laissent le monopole aux rumeurs et les prérogatives aux visions individualistes précaires. Or, dans cette situation, chacun avec ses hoax, ses rumeurs, ses photos ou vidéos truquées fait abonder les fausses informations sur la toile. Après tout, ce n’est pas de sa faute, dira-t-il. Tout ça parce que l’État n’est rien pour l’individu puisque cet Etat ne fait rien pour s’accréditer et lever le soupçon. Entre ceux qui complotent et ceux qui dénoncent la manipulation, n’y aurait-il pas de la manipulation ? De ma part, en suivant de près moments par moments, jours par jours, heures par heures l’évolution du double scrutin national, je veux tout simplement vous livrer des preuves que tout a est réuni pour être dans l’impasse aujourd’hui après le 21 février 2016. Qui croirait, malgré toutes ces difficultés qu’on prendrait 3 jours de décompte pour un scrutin dont la population n’a toujours pas atteint le 1 millions ? Pour comprendre, je m’autorise des moments clés de cette séquence électorale.

Tout semblait être réuni pour un scrutin serein
19 février : arrivée de Mohamed Moncef Marzouki, ancien président tunisien aujourd’hui chef de mission de l’Union Africaine. C’est vrai que le choix, bien qu’il soit trop international de M. Marzouki à la tête de cette mission relève d’un calcul fortement symbolique : la Tunisie incarne aux yeux du monde (avec ses Nobels, hommes et femmes 2015) la volonté démocratique en marche progressive. A cette occasion de sa venue aux Comores, le missionnaire tunisien de l’UA a mis en garde, après les avoir salués, les observateurs « à faire un travail professionnel et impartial. » Il a aussi rencontré le président Ikililou Dhoinine, son ministre ami des affaires étrangères et le président de la Cour constitutionnelle. Il a été prévu de tenir une sortie-presse le mardi 23 février au Siège du Conseil National de la Presse et de l’Audiovisuel à Moroni.
Jusqu’au matin, au lendemain de la tenue du double scrutin aux Comores, dimanche 21 février 2016, le vote se déroulait dans un calme relatif global, ont-ils constaté l’ensemble des Comoriens comme l’a souligné la presse nationale à l’image des deux célèbres quotidiens Al-watwan et La Gazette des Comores, mais aussi des observateurs internationaux comme l’UA et l’UE. Cependant, des files d’attente ont été souvent observées. Dans certains bureaux de vote (comme à Koimbani 2 dans le Oichili), nombreux électeurs déploraient le fait qu’ils n’ont pas pu voter à force d’être traîné sur de longues files. Selon des témoignages recueillis à Koimbani, les files d’attente longue étaient dissuasives pour de nombreux électeurs dont on savait les intentions de vote. Al-Watwan a aussi confirmé le 21 février à 15h44, « De Vuvuni jusqu’à Moroni, des files pour se rendre dans les urnes »

Proclamation des résultats, où es-tu ?
– Dans un article mis à jour le soir du 21 février à 23h28, Réunion 1ère la chaine régionale de l’île de Bourbon publiait « A Moroni, Fahami Saïd Ibrahim est en tête du dépouillement en cours ». Quant à leurs confrères de Mayotte, rien ne semble les intéresser pour ce double scrutin dans les îles sœurs. Sachions qu’à cette même date des élections, une mission d’observation de la COI s’est rendue à Moroni. Aucune information n’est clairement connue aujourd’hui sur cette présence.
– 22 février à 8h29 heure de Paris 10h29 à Moroni : le quotidien comorien La Gazette publie sur sa page officielle Facebook en une du lundi une tendance Trio mettant Azali Assoumani en première position, Fahami en seconde et Mohamed Ali Soilihi en troisième. Cette publication a été partagée plus de 70 fois dans les quelques heures qui ont suivi puis appréciée plus de 100 fois.
– Alors qu’on attendait les résultats dès la nuit du dimanche 21 février dernier à lundi 22 février, on se réveille hélas sans nouvelles. Les tensions montent de partout ; tous les scénarios commencent à s’envisager. Le pire d’un double vote détourné animait les esprits des Comoriens contrastés par le calme longtemps évoqué durant le déroulement des votes. A 10h00, le quotidien Al-watwan envoie un post « Huit candidats à la présidentielle ont réagi, après avoir accompli leur devoir civique » pendant que l’Office des radio et Télévisions des Comores continuait ses émissions à la noie quotidiennes.
– 22 février à 10h01 : Al-watwan publie un rapport sur la « présence des représentants des candidats » dans les bureaux de vote, un rapport qui souligne la présence massive des délégués de la CRC qui prend le devant (89% contre 86% pour le candidat issu du pouvoir).
– A 10h04 : sortie d’un post d’Ahmed Ali Amir, Directeur d’Al-Watwan « Pour un débat sain sur l’avenir » Qu’est-ce qu’il est toujours solide et prévoyant Ali Amir ! Selon le journaliste, « Les élections se sont déroulées dans le calme. Il est très tôt pour tirer toutes les leçons de cette primaire de l’Union et du premier tour des élections des gouverneurs. Très tôt pour mieux comprendre les raisons ou l’origine des nombreuses défaillances constatées. La majorité de nos journalistes, cinq équipes déployées dans les régions, ont circulé sans badge avec des difficultés d’accéder dans les bureaux »
– A 10h05 : Al-watwan publie « Qui, d’Azali, Fahami, Mamadou et Mouigni, sera éliminé ? à l’heure où nous mettions sous presse (une heure du matin), il était difficile de désigner clairement les trois candidats qui vont se disputer le second tour de la présidentielle le 10 avril prochain. »
– A 14h26 : Al-Watwan a posté un article relatant la situation à Fomboni à Mohéli « Violente altercation en centre ville de Fomboni » où desz citoyens dénonçaient l’achat des con sciences par des minables sommes d’argent par des partisans du régime en place.
– 23 février à 13h43 : Al-watwan publie « Fahmi Said Ibrahim talonne Mamadou, selon Juwa »
A 13h44 : Mouigni Baraka revendique la seconde place selon Al-watwan
– A 23h46 : « La Crc se félicite de son score » a-t-il Al-Watawan sur sa page officielle.
– A 13h48 : selon Al-watwan, « Le directeur de campagne de Mamadou se dit optimiste »
– A 13h50: ça commence à bouillonner, l’attente devient insupportable « Une longue journée pleine de suspens », écrit Al-Watwan sur sa page.
– A 13h52 : les QG chauffent, il y a du quoi; les calculettes sont plus que sollicitées « Bataille de chiffres dans les Qg » annonce Al-watwan sur sa page.
– A 21h:33 : « Report de la proclamation des résultats du 1er tour des présidentielles aux Comores », publiait Réunion 1ère.
– 24 février à 8h38 : « Présidentielle: Mamadou, Mouigni Baraka et Azali au second tour », lit-on sur Al-watwan.
– A 11h00 : Al-watwan publie « Le ministre [de la justice] dresse le bilan de la campagne et des élections ». Il déclare n’avoir pas été « saisi pour aucun incident pendant les opérations de vote »
– A 11h01: Al-watwan annonce pour Mohéli « Un duel Fazul et Hadidja Aboubacar » alors que dans la minute qui suit, le quotidien titre « Élection à Ndzuani : les résultats provisoires confirment les tendances sorties des urnes », puis une sortie aux allures internationales « Missions d’observation : L’Ua et la Ligue arabe satisfaites du déroulement du double scrutin »
– A 11h03: Al-watwan publie « Présidentielle des Comores : Proclamation retardée pour «raisons techniques». «Elle interviendra ultérieurement, en tout cas pas maintenant», a déclaré un membre de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante) à la presse qui demandait des précisions sur les raisons de ce report. Avant d’ajouter «qu’Il s’agit d’un problème technique».

La CENI rompt au silence pour dire quoi ?
La nuit du 23 au 24 février a été la plus longue pour les Comoriens d’où qu’ils se retrouvaient. Chacun se plaint, dans son coin du retard que prend cette maudite CENI nous ayanat fait longtemps attendre pour une montagne qui n’accouchera que d’une vilaine souris. Boom ! Partout, on crie la Théorie du complot.
– A 1h30 du matin : Djaza, le président de la CENI se présente sur l’estrade du Palais de Hamramba pour proclamer enfin les résultats provisoires si longuement attendus depuis 16h du lendemain des votes. Sa sortie si tardive surprend encore plus ; le trio annoncé le 22 février tôt le matin par La Gazette donnant Azali Assoumani une large victoire s’effondre et c’est le nouveau départ d’un cafouillage mental des Comoriens : Mohamed Ali Soilihi soutenu par le pouvoir 17,61%, suivi de Mouigni Baraka Saïd Soilihi, avec 15,09 %, et en troisième position Azali Assoumani avec 14,96%. Rien que la proximité de ces résultats en pourcentage, la suspicion saute aux yeux. Et à chacun de se plonger dans une espèce d’arithmétique pour enfin accabler Djaza et son équipe. En pourcentage, dans le cadre du décompte, une énorme erreur laisse à désirer l’institution garant d’une élection crédible et sincère : au lieu d’avoir 100%, on en a 104%. Dégueulasse !
– A 16h50 : Réunion 1ère annonce l’élimination de Fahami : « Présidentielles aux Comores : Fahami Said Ibrahim éliminé du second tour ».

De ce constant plus qu’alarmant, de nombreux partis et responsables politiques comme la CRC conduite par Azali Assoumani se sont joints pour dénoncer la mascarade électorale dont le pouvoir en place ne peut qu’être l’organisateur et bénéficiaire. Le parcours de 2016 n’a jamais été aussi long après ce 21 février.  Tout peut se passer dans les cinq jours à venir. Espérons que seule triomphera la démocratie.

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