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Enjeux des élections présidentielles de 2016 aux Comores

La situation des Comores en 2015 est très différente de celle qui prévalait avant la fondation de l’Union des Comores en 2002. En 1999, l’archipel des Comores était à genoux car il a sombré dans la crise séparatiste qui a éclos le 3 août 1997 et qui a ébranlé les fondements même de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale déjà mises à mal par la France, ex-puissance colonisatrice. La crise séparatiste fut l’élément détonateur qui a mis à nu un pays gangrené dans une crise socio-économique profonde. La crise énergétique qui a frappé le pays pendant le règne de feu président Mohamed Taki Abdulkarim, le carton rouge collé au pays par les institutions de Breton Woods, la dette multiforme du pays dont les huit mois d’arriérés de salaire, le choléra, la corruption à outrance mais aussi l’appétit nourri par un groupe de l’élite anjouanaise à faire de leur île un roitelet développant des activités louches qui échapperaient de tout contrôle et qui feraient de la perle de l’océan Indien un centre de grande mafia ont largement contribué à la désintégration de la République Fédérale islamique des Comores. La Banque mondiale a plié bagage et suspendu ses activités qu’elle menait à travers le FADC, le Projet Santé, le Projet Éducation,… etc. L’économie de la République Islamique des Comores est en conséquence dévastée en raison de sa dette qui a jeté le pays dans l’effroi économique et social. La moitié de la population a sombré dans la pauvreté. Pendant cette période, le pays a connu une explosion de la pauvreté, de l’exclusion, des inégalités, de violentes récessions, etc. Au moment où la défunte OUA ne trouvait pas ses repères pour dénouer la crise séparatiste anjouanaise après un débarquement militaire raté, une crise de plus s’invite encore dans l’archipel.

Il s’agit du coup d’État du 30 avril 1999. Les Comores font désormais face à une double crise séparatiste et institutionnelle qui, trois mois plus tard, motivera l’OUA à adopter la décision 142 rejetant les régimes issus des coups de force en Afrique. Cette décision sera largement soutenue par l’OIF et la Ligue des États Arabes. Toutefois, il s’avère que grâce à ce brusque changement, les Comores connaîtront un début de solution par rapport à la crise séparatiste. Le colonel Azali entrera en contact direct avec les chefs séparatistes qui avaient rejeté les Accords d’Antananarivo pour se mettre d’accord sur l’essentiel. Ainsi est né l’Accord-Cadre de Fomboni qui jalonne désormais un long et tumultueux processus de paix aux Comores. Il réussit tout de même à organiser dans la foulée des élections générales, doter le pays d’une nouvelle Constitution et de nouvelles institutions qui garantissent l’unité du pays et qui offrent aux îles qui composent l’Union des Comores une large autonomie. Le pays s’engage dans des réformes administratives et économiques profondes. Dorénavant, le pays s’est réconcilié avec la Banque Mondiale, en épurant sa dette et en payant les arriérées de salaires des fonctionnaires de l’État.

Et le pays lance les grands chantiers de développement à travers les grandes infrastructures. Le régime du président Sambi a ainsi bénéficié de tout pour réussir. Les retombées de la Conférence de Maurice, la mise en place effective des institutions, la confiance renouée entre les Comoriens eux-mêmes et entre eux et la communauté internationale sont autant de facteurs pour un nouveau décollage du pays. Pourtant, le président Sambi est passé à côté de la plaque. Le pays s’est dégradé au vu de tout le monde. Les promesses données au peuple se sont évaporées, la souveraineté du pays est bradée, les infrastructures démolies, la justice instrumentalisée et la corruption devient monnaie courante. Où sont passés les milliards du Projet Habitat et de la Citoyenneté économique ? Le même régime continue la même politique avec l’arrivée du président Ikililou Dhoinine qui s’est fait complètement effacé sur la scène nationale. Aujourd’hui, rien ne va. L’énergie est en panne. Les infrastructures routières sont en ruine. Le pétrole devient un point de discorde entre les ministres du même Gouvernement. Le patrimoine national est vendu en brocante à tel point qu’avec seulement 7 milliards de francs comoriens, l’État a vendu son système de télécommunication et même la terre et les cailloux (Handouli) sont vendus aux enchères. Dans le même temps, le pays a approfondi son profil d’importateur de toutes les matières y compris de l’eau et du piment tanzanien. Le girofle et la vanille n’ont aucune valeur. Les indicateurs économiques abondent donc dans le sens d’une évolution négative depuis 2006. Pourtant, les Comoriens croient en l’avenir et aux mêmes gouvernants ! 2016, une autre année charnière du pays s’annonce difficile. La stabilisation relative acquise grâce à la Constitution consensuelle de 2002 et qui a instauré la tournante est remise en cause par ceux-là mêmes qui l’avaient réclamée.

Le président Sambi, malgré les réactions de la Communauté internationale s’obstine et insiste à être candidat aux prochaines élections. Les thèmes de cette campagne, qui n’a pas encore commencé indiquent beaucoup de clivages importants et nourrissent une haine exacerbe et réveillent les démons du séparatisme. Le président Sambi, soutenu par les Chiites, notamment de l’Iran (exterminateurs de la Syrie, du Yémen et de l’Irak) semble pouvoir publiquement se défaire du consensus de 2002. Aussi, les différences entre les principaux candidats se feront surtout sur des questions de gestion de l’économie, de gouvernance, de lutte contre la corruption et de sécurité. Il s’agit davantage de se demander comment maintenir la continuité du régime en place qui a mis le pays en ruine et dont les ténors ont beaucoup de questions à répondre que de propositions à faire au peuple ? Si l’on demande à Azali, pourquoi a-t-il signé un cahier de charges pour la construction d’un complexe hôtelier au nord de Ngazidja, couplé par l’élargissement de l’aéroport de Hahaya on a le droit de demander aux Vice-présidents Mamadou et Idi Nadhoim, pourquoi ont-ils détruit le complexe hôtelier de Galawa dans la même région ? Pourquoi Azali a mis en place une structure universitaire aux Comores qui réduit le chômage, retient les devises de la diaspora et qui canalise la jeunesse alors que Mamadou pendant huit ans n’a pas réussi à construire une seule salle de classe à Nvouni ? La liste est longue.

Au niveau diplomatique, c’est un pays qui avait une tradition de rayonnement et un poids très important dans la région de par ses entrées dans le Monde Arabo Musulman, la Francophonie et en Afrique de l’Est. La donne a beaucoup changé depuis l’arrivée de Sambi au pouvoir. Même la solidarité indo-océanique (COI) est une réelle chimère, ce qui laisse peu de chance sur le plan géopolitique pour le successeur du Dr Ikililou de faire rayonner les îles de La Lune. Azali et Sambi sont les dirigeants les plus populaires dans le pays depuis la mise en place des nouvelles institutions et le retour de la démocratie en 2002. Mais il faut garder un peu de prudence. Les sondages multiplient les erreurs dans de nombreuses élections dans le monde. Azali, en tête des sondages, qui bénéficie de la médiocrité de ses successeurs doit écarter beaucoup d’obstacles pour pouvoir accéder à Beit Salam car le chemin est plein d’embûches. Le calendrier électoral a été publié mais les élections pourraient ne pas se tenir faute de consensus. Sambi dont la candidature serait rejetée par la Cour constitutionnelle s’entêterait avec ses acolytes à se maintenir dans la course. Soutenu financièrement par les Iraniens, il pourrait organiser un scrutin parallèle et contester la légitimité de celui qui sera élu par le peuple. Aussi, les autres prétendants, au lieu de s’unir pour sauver l’unité apparente du pays vont se déchirer pour s’imposer à la tête du pays, ce qui ouvrira la voie à des divisions au sein de la classe politique, de l’armée et qui poussera le peuple à une rébellion, voire une guerre civile. Ici la décision de Ni Ni va devoir s’imposer. Ni Mamadou, ni, Azali, ni Mouigni Baraka ne pourront se maintenir. Et l’on revendrait à la situation de 1995 ; le pays se verrait imposer un autre Caabi El Yachroutu à la tête d’un Gouvernement d’Union Nationale.

Hadji Saidali

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