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Faut-il lyncher Antoy Abdou ou le prendre au sérieux?

Faut-il lyncher Antoy Abdou ou le prendre au sérieux?

Son réquisitoire contre la Cour anticonstitutionnelle? Fondé

Par ARM

     Antoy Abdou, originaire d’Anjouan, était jusqu’à ces derniers jours Conseiller à la Cour anticonstitutionnelle des Comores. Il vient tout juste de se faire limoger après avoir publié un brûlot sur cette même Cour anticonstitutionnelle, et de l’avis de tous, même de ceux qui ne liront jamais son pamphlet, il s’agit d’un cri du cœur. Le titre du brûlot en dit long sur ce cri du cœur: La Cour constitutionnelle à reformer de toute urgence. Naturellement, on se contente de dire que le désormais ex-Conseiller a jeté à la mer son obligation de réserve alors qu’il était encore membre de cette Cour anticonstitutionnelle. C’est vrai. Mais, en même temps, le fait est nouveau aux Comores, où les personnes occupant des postes de prestige et de prospérité mettent dans la poche le peu de fierté qui leur reste pour bien se remplir leurs ventres. Politique du ventre donc. Félix Houphouët-Boigny avait coutume de dire: «Bouche pleine ne parle pas».

En tout état de cause, tout est à réformer dans cette institution, et la première des réformes devra porter sur le profil de ses membres et sur la discipline à leur imposer. Cette institution a une lourde responsabilité juridique et moral puisqu’elle est chargée de faire respecter la Constitution, la Magna Carta, la Grande Charte, la Loi fondamentale du pays. Or, le profil des membres de la Cour est très rarement celui des juristes et des vrais juristes. Certains n’ont jamais été à l’Université. D’autres n’ont jamais étudié du Droit et ne savent même pas que le Droit constitutionnel existe. Pourtant, les Comores comptent de nombreux juristes mais qui sont ignorés puisqu’il faut nommer les copains et les coquins en fonction des sempiternelles règles du copinage.

Aux Comores, il ne se trouve personne pour s’indigner face à la nomination de non juristes à des fonctions éminemment juridiques, notamment constitutionnelles. Comment peut-on demander à des personnes qui n’ont aucune notion de Droit, surtout de Droit constitutionnel, de défendre la Constitution? Comment peut-on demander à des gens qui ne respectent aucun principe moral et juridique de défendre une Constitution? Comment peut-on parler de primat du Droit, du magistère moral de la Constitution, des exigences de l’État de Droit et de la démocratie quand le juge constitutionnel accuse de corruption et d’incompétence sa propre institution et ses propres collègues, quand il traîne dans la boue sans la moindre exagération, ni excès, l’institution au sein de laquelle il est censé défendre la Constitution? Réfléchissons.

Dans l’Antiquité, le poète romain Juvénal avait posé une question à laquelle, à ce jour, personne n’a trouvé de réponse: «Quis custodiet ipsos custodes?», soit «Qui gardera les gardiens?». Dans le cas de la Cour anticonstitutionnelle des Comores, on tombe dans une gravissime crise de conscience, mais aussi dans une grande crise institutionnelle, dans le déni de Droit.

Parlons vrai. Il est de notoriété publique qu’en plus d’être hautement politisée, la Cour anticonstitutionnelle est dangereusement corrompue. La plupart de ses membres sont des incompétents notoires. Cette institution est à la fois corrompue, incompétente et politisée. Elle réunit tous les malheurs du monde. Au surplus, elle est censée statuer sur la Constitution la plus mal rédigée au monde: des articles d’une longueur inédite, des confusions confondantes, des lacunes inadmissibles, des vides institutionnels, une absence totale de maîtrise des règles de Droit, une ignorance pathologique des mécanismes constitutionnels… C’est l’œuvre de la bande d’incompétents nommés par le «pouvoiriste» polygame Azali Assoumani, qui a eu la faiblesse de prendre le fugitif international Hamada Madi Boléro pour un juriste. Enfin…

La Cour anticonstitutionnelle est corrompue en matière de traitement de dossiers, mais aussi dans le maniement de l’argent public. Elle est dégueulasse à tous points de vue.

Oui, Antoy Abdou a raison de parler de la «La Cour constitutionnelle à reformer de toute urgence». Mais, cette réforme doit toucher également la Commission nationale électorale «indépendante et interdépendante dans l’interdépendance» (CÉNI). La CÉNI souffre des mêmes maux que la Cour anticonstitutionnelle: vols massifs et répétés d’argent public, pervertissement répétitif des résultats électoraux, le sommet étant atteint en 2016, incompétence, ignorance du Droit, mélange des genres, inadmissible et inacceptable politisation, absence totale d’une conscience et d’une conscience civique et juridique, prévalence d’un sentiment de toute-puissance et d’impunité, et voyoucratie. La CÉNI et la Cour anticonstitutionnelle sont une honte pour les Comores. Pour tout juriste, il ne fait pas de doute que leur recomposition s’impose, mais de manière à n’y nommer que des vrais juristes, des juristes titulaires d’au moins un Master 2 en Droit public. Il faut arrêter de se moquer des Comoriens. Un travail de juriste ne sera fait que par un vrai juriste, et un juriste, c’est avant tout un juriste parce que, comme l’a dit le Tunisien Yahd Ben Achour, «un juriste ne tend jamais la main à un dictateur».

Aujourd’hui, les apprentis-sorciers se penchent sur des petites histoires de prise de décision au sein de la Cour anticonstitutionnelle alors que le problème est avant tout déontologique et moral. Il est criminel de laisser ces gens-là continuer à prendre en otage tout un État et sa population. Oui, Antoy Abdou a violé la règle sur la sacrosainte obligation de réserve, mais compte tenu de l’étendue du pourrissement de la Cour anticonstitutionnelle, il aurait fallu le garder à sa place moyennant une sanction disciplinaire, et cela, pour mieux l’écouter. Il faut écouter cet homme-là. Cela n’a pas été fait, alors que les méfaits dénoncés sont d’une gravité tout à fait exceptionnelle.

Malheureusement, le «concubinocrate» Azali Assoumani et son fugitif international Hamada Madi Boléro ne vont tirer aucune leçon du désaveu cinglant et sanglant de la Cour anticonstitutionnelle par Antoy Abdou. Ce désaveu est devenu une balafre sur le visage de chaque Comorien, et désormais, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas. Les Comoriens ont regardé ailleurs quand le soudard de «Bête-Salam», en transgression de toutes les règles liées au parallélisme des formes, a liquidé d’un trait de plume rageur la Commission nationale de Prévention et de Lutte contre la Corruption (CNPLC), pourtant créée par une loi. Elle ne servait à rien, mais aurait pu être réformable si les autorités avaient pris la décision de la confier aux vrais juristes que compte le pays. Les Comoriens se contentèrent de commenter l’affaire alors qu’ils auraient dû descendre dans la rue pour bien manifester leur colère et leur indignation.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Lundi 15 mai 2017.

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