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Fière allure de la talibanisation des esprits aux Comores

Fière allure de la talibanisation des esprits aux Comores

Élucubrations sur la tenue des femmes et sur les boîtes de nuit

Par ARM

       Si au moins on pouvait savoir si le temps est à la franche rigolade ou aux pleurs sur la montée de l’intolérance aux Comores… C’est que, de plus en plus, le pays est gagné par une incroyable intolérance «religieuse», qui n’est pas sans nous rappeler les élucubrations et les divagations pseudo-religieuses des Shabab en Somalie, de Boko Haram en Afrique centrale et occidentale et des autres organisations qui mettent le monde musulman à feu et à sang par obscurantisme et pour faire laisser s’exprimer des pulsions criminelles. C’est quand même grave. En 2014, les Comoriens ont assisté à la plus incroyable des déclarations de la part d’un élu de la République, quand un Député du Front national de la Justice (FNJ) avait déclaré que l’urgence des urgences dans leur pays consistait à légiférer sur la tenue vestimentaire des femmes, dans un pays qui se réclame à la fois de l’État de Droit et de la démocratie. Bien curieuse conception de l’État de Droit et de la démocratie, qui est à des siècles de la sérénité et des vertus d’une démocratie scandinave. Normalement, un État a entièrement le droit de parler du respect de l’ordre public et des bonnes mœurs, et c’est une préoccupation particulièrement légitime. Mais, l’État n’a pas à légiférer sur les strings des femmes et sur la longueur de leurs jupes, robes et pagnes. Ça ne se fait pas, parce qu’il s’agit d’une question qui relève de la sphère purement privée. C’est une question de vie privée, et cela ne regarde aucun législateur. Naturellement, quand les autorités sont en présence d’une personne nue ou dans une tenue vestimentaire exagérément et ostensiblement indécente dans la rue, elles ont le droit de sévir en rappelant à l’ordre la personne nue, mais rien ne leur permet de dire que la longueur des jupes, pagnes et robes, et la minceur rachitique des rubans et bretelles d’un string sont réglementaires ou ne le sont pas.

       Comme le FNJ n’est plus représenté à l’Assemblée de l’Union des Comores depuis les élections législatives de janvier et février 2015, on croyait définitivement fermé le dossier sur les élucubrations des spécialistes des propositions des histoires saugrenues sur les bonnes mœurs. Et voilà que ce jeudi 15 octobre 2015, profitant de la célébration du nouvel an musulman, Ahmed Aboubacar Mougalid, qu’on présente comme un théologien ou comme maître d’école coranique, fait vraiment fort en demandant la fermeture de toutes les boîtes de nuit des Comores. Que c’est mignon. Il le dit dans les termes suivants: «Nous demandons la fermeture immédiate de la boîte de nuit sise à Ouropveni ya Mbadjini, où on s’adonne à la débauche, mais aussi la fermeture de tous les lieux similaires». Admettons que la boîte de nuit d’Ouroveni-Mbadjini abrite des pratiques peu orthodoxes, en contradiction avec les préceptes de l’Islam. Dans ce cas-là, la population est entièrement fondée à demander une intervention des pouvoirs publics car il ne faut pas laisser se développer «la débauche» aux Comores, surtout qu’elle peut avoir des effets désastreux sur les enfants. Mais, pour quelles raisons faut-il fermer toutes les boîtes de nuit des Comores, sans tenir compte des pratiques des unes et des autres? Arrêtons le délire. Où cet homme a-t-il vu qu’il suffit de fermer les boîtes de nuit pour que «la débauche» disparaisse d’un pays? Et puis, est-ce que tous les débauchés du pays sont des habitués de boîtes de nuit? Au surplus, est-ce que c’est uniquement dans les boîtes de nuit qu’on retrouve les fameux «débauchés»?

       Qu’on se le dise tout de suite! S’il était certain qu’il suffirait de fermer les boîtes de nuit pour que les Comores soient débarrassées de la «débauche», eh bien, à l’heure qu’il est, il ne resterait personne dans les maisons puisque tout le monde serait dans la rue pour réclamer et obtenir la fermeture de ces «nids de débauche». Mais, les mesures spectaculaires, malgré leur «beauté démagogique», ne règlent aucun problème de société. C’est de la poudre aux yeux. On gigote, on fait de belles déclarations, mais les problèmes restent les problèmes. Voilà la réalité. Le grand problème aux Comores, c’est qu’il est interdit de poser les vrais problèmes de société, et quand on le fait, il n’y a aucun débat de société qui s’engage, mais une litanie d’injures. Dans un pays où il y a des intellectuels ou de prétendus tels, pourquoi on ne pose pas les vrais problèmes qui concernent la société comorienne? Actuellement, dans un pays comme le Maroc, quand un cinéaste aborde l’épineux problème de la prostitution dans l’un de ses films, il y a ceux qui portent plainte contre lui, estimant qu’il a dépassé les lignes rouges. Mais, au moins, il a abordé un problème de société. Or, qui, dans les Comores d’aujourd’hui, oserait parler de prostitution dans ce pays sans se faire copieusement injurier et sans se faire lyncher par les bien-pensants et les chantres de la bien-pensance? Attention! Il n’est pas dit qu’on doit inciter le gens à se prostituer, mais qu’il faut parler du fait social qu’est la prostitution afin d’en déterminer les «ressorts intimes» et les déterminants. Il ne s’agit pas seulement de raisonner en termes de bien et de mal, mais de parler surtout des faits sociaux sans interférer dans la vie privée des gens. Et, c’est après avoir abordé les vrais problèmes de société que les Comores pourront éviter leur «talibanisation» des esprits, le visage le plus hideux de l’intolérance dans le monde moderne.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Vendredi 16 octobre 2015.

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