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Ibrahim Mohamed Soulé contre «son» propre candidat

Ibrahim Mohamed Soulé contre «son» propre candidat

Il a voté contre le «mercenaire» candidat d’Ahmed Sambi

Par ARM

  Il a tout compris, lui. Youssouf Boina, délégué ministériel, secrétaire général de l’UPDC et surtout, descendant de la famille royale du Oichili, a tout compris: quand on a pour aïeux des gens qui ont régné par le passé, on ne le dit pas; on laisse les autres le dire. Comme ça, ça fait plus beau et moins prétentieux. Youssouf Boina était donc l’homme le mieux placé pour parler même à distance à celui qui, à longueur de discours à l’utilité douteuse, parle des ancêtres, des bisaïeux, du trisaïeul, de Mathusalem, de Moïse et autres ascendants dans le but de tenter d’impressionner les gogos en période électorale. Et Youssouf Boina l’a fait avec brio, maestria et panache chez lui, sur ses terres, à Koimbani, lors de la campagne pour le premier tour de l’élection présidentielle du 21 février 2016. Et si on considère que le frère Youssouf Boina a produit l’un des discours les mieux élaborés et les mieux structurés, donc l’un des discours les plus réussis au cours de cette campagne électorale terne et fade, c’est parce qu’il avait su montrer que ce qui compte dans le monde d’aujourd’hui, c’est l’individu lui-même et non un ancêtre dont on s’est trop, trop, trop éloigné du point de vue du comportement. En d’autres termes, quand on se réclame inlassablement et jusqu’à la nausée d’un ancêtre qui aurait été un Saint ou un Prophète, il faut se comporter comme un Saint et un Prophète et non comme un vulgaire débauché. Et le discours du même Youssouf Boina a ceci de remarquable: quand on passe son temps à se réclamer d’Itsandra et d’Iconi, considérant que le reste du pays est composé de bois sauvages habités par des singes, il fallait y réaliser de bons scores au lieu de s’y faire battre par les autres. C’est un peu comme Azali Assoumani, qui s’est appuyé sur Msa Ali Djamal, de Chezani-Mboinkou (où le Grand Docteur Ali Abdou Mdahoma est très actif en cette période électorale), et qui n’y fait que 16 voix dans la ville de son chef de «Communication». Triste, mais prévisible!

  Donc, il y a maldonne. Il y a quelque chose qui cloche, quand on voit un candidat qui se fait battre dans les deux villes dont il s’est réclamé à longueur de discours agressifs et insultants, mais également insipides et inutiles. Cependant, le plus grave, c’est quand le candidat qui a été battu à plate couture se veut le nouveau chef de l’opposition comorienne, alors que dans ce qui est supposé être sa famille politique, il est considéré comme un simple «mercenaire». La chose fait des étincelles parce que le Député Ibrahim Mohamed Soulé, secrétaire général du Parti Bidoche, n’a pas voté pour le candidat désigné par Ahmed Sambi lors de l’élection présidentielle, même s’il a voté pour Ahmed Abdallah Salim, également coopté par Ahmed Sambi, mais pour l’élection gubernatoriale de la Grande-Comore. Les deux têtes du Parti Bidoche ont des préférences électorales radicalement opposées.

  Ce proche d’Ibrahim Mohamed Soulé ne décolère pas quand il aborde le sujet: «Ahmed Sambi nous a foutus dans la merde. C’est Ahmed Sambi qui nous a foutus dans cette merde. Il aurait pu désigner Ibrahim Mohamed Soulé, secrétaire général de notre parti et portant bien son titre de Député. Au lieu de cela, il est parti chercher un mercenaire, qui n’est même pas membre de notre parti, qui lui a menti sur l’éligibilité d’un Anjouanais à la Grande-Comore, pour préparer son propre terrain électoral, et qui n’a rien de plus qu’Ibrahim Mohamed Soulé puisqu’il est Député comme lui. En termes de notoriété, notabilité et respectabilité, il aurait dû choisir Hassan Ahmed El-Barwane, mais ce dernier s’est barricadé dans un discours familial, en continuant à appeler le candidat repêché “mon fils”, pour leurs petites histoires du frère de tel marié à la fille de tel. Pourquoi Ahmed Sambi n’a-t-il pas désigné soit Ibrahim Mohamed Soulé, soit Hassan Ahmed El-Barwane pour porter la candidature de notre parti politique au cours de cette élection présidentielle? Sa stratégie électorale manque visiblement d’intelligence et d’élégance.

  En réalité, il ne s’agit pas d’un fait isolé, mais d’une tendance mégalomaniaque et dictatoriale générale observée chez Ahmed Sambi, qu’on a vu à l’œuvre à Mutsamudu entre décembre 2014 et janvier 2015, lors de l’élection législative. La base du parti avait désigné comme candidat à la députation Missubah Mdama, qu’Ahmed Sambi déteste parce qu’il n’a jamais peur de l’affronter et de lui dire qu’il a tort quand il a tort, pendant que tous les autres membres du parti se font plus petits qu’une fourmi pour se plier aux injonctions dictatoriales et souvent contreproductives d’Ahmed Sambi. Hassan Ahmed El-Barwane et Ahmed Saïd Jaffar, spécialement venus de Moroni pour la circonstance, cherchèrent Missubah Mdama et lui parlèrent pour lui dire que le parti l’avait choisi parce qu’il était le candidat qui savait parler aux gens de Mutsamudu et que la jeunesse de la ville se reconnaissait en lui, mais qu’Ahmed Sambi ne supportait pas son indépendance d’esprit et sa liberté de ton et avait décidé d’imposer le très inintéressant Mohamed Bacar Dossar, qui n’arrivera à s’imposer finalement qu’à coups de millions de francs comoriens offerts aux électeurs et lectrices. Ces gens qui font d’Ahmed Sambi un Dieu et qui n’osent pas l’affronter pour lui dire la vérité ne le savent pas encore, et pourtant la réalité est là: nous avons perdu cette élection et nous allons perdre la suivante. En 2021, Ahmed Sambi va redevenir Anjouanais, se présenter à Anjouan mais pour se faire battre, et ça sera la fin de notre parti, qui n’est qu’un simple instrument au service des ambitions politiques d’un seul homme: Ahmed Sambi.

  Un vrai chef de parti aurait dû comprendre que pour une élection majeure comme c’est le cas de toute élection présidentielle, il aurait fallu un candidat que respectent les Comoriens et non un candidat que la population méprise et honnit. Aujourd’hui, nous avons tout le temps pour réécouter ses discours de campagne électorale et je veux qu’on réponde à une seule question: comment peut-on monter sur des estrades, insulter les gens pendant des heures, croire s’attirer le respect de la population, se faire élire et devenir le Président des Comores? Qui est cet homme intelligent qui entend un discours fait d’injures du début jusqu’à la fin et qui peut avoir envie de voir son pays être dirigé par un individu pareil? Eh bien, moi aussi, j’ai fait comme le Député Ibrahim Mohamed Soulé: j’ai refusé de voter pour le candidat de mon parti parce que je sais que ce candidat ne pouvait ramener que l’échec et se plaindre après. C’est le candidat de l’échec. Je ne me suis pas associé à un échec annoncé. Les Comores méritent mieux qu’un Président qui ne sait qu’injurier les gens».

  En réalité, le mépris d’Ibrahim Mohamed Soulé pour le futur candidat du propriétaire du parti qu’il dirige ne date pas d’aujourd’hui parce que, déjà dans sa vidéo postée sur Facebook le jeudi 2 avril 2015, ledit futur candidat se plaignait de l’alliance qui avait été conclue par Ahmed Sambi et Mouigni Baraka Saïd Soilihi sur son dos et sans qu’il ne soit consulté, allant jusqu’à déplorer l’attitude inamicale de son «frère» Ibrahim Mohamed Soulé, le secrétaire général du parti d’Ahmed Sambi.

  Voici ce qu’il disait alors: «En deuxième lieu, il y a le climat politique, que vous connaissez. Comme vous l’avez constaté, nous sortons d’une période électorale. Il y a eu des assemblées, et puis il y a eu l’alliance que je voudrais évoquer un peu, l’alliance, vous l’avez compris, entre le RDC et le Parti Juwa. Vous connaissez mon compagnonnage politique avec le Président Sambi, et vous savez que cela date d’il y a 7 ans, quand il allait libérer l’île d’Anjouan, qui était prise par des rebelles, qui étaient des séparatistes, qui ne voulaient pas que perdure l’unité des Comores. C’est à cette époque-là que j’ai connu le Président Sambi, qui était un grand patriote, qui aimait l’unité des îles Comores. C’est à cette époque que je l’ai connu, que je me suis rapproché de lui, que j’ai commencé à militer avec lui, pour mener plusieurs combats, entrant dans son gouvernement, nous accompagnant jusqu’aujourd’hui. Il a créé un parti politique, le Parti Juwa, un parti frère. Nous faisons du chemin ensemble. Cependant, il y a des choses qui se sont passées il y a quelques jours, il y a quelques semaines de cela. C’est que, les dirigeants du Parti Juwa, nonobstant mon amitié avec eux, quand ils sont partis faire une alliance avec le RDC du Gouverneur Mouigni fils de Saïd Soilihi, n’ont pas dit que “Fahmi et le PEC sont des frères, nous devons les appeler”, ne serait-ce qu’en nous passant un petit appel téléphonique, en disant “nous allons discuter avec notre frère le Gouverneur”. Rien du tout. Ils ont choisi de ne pas appeler et de ne pas commettre cet acte de courtoisie à mon égard. Ils nous ont méprisés. Quand nous observons la situation, nous voyons qu’ils ont fait leur alliance avec le RDC, et cela m’a beaucoup attristé parce que nous sommes des compagnons de route. […].

  Mais, ce message par lequel les gens s’entredéchirent, pendant qu’ils passent par derrière pour aller dans des bureaux et dans des maisons pour pactiser, même pour quelques jours, moi, je ne trouve pas cette politique honorable et je ne veux pas la faire. Je souhaite vous dire que le frère qui dirige le Parti Juwa, le secrétaire général du Parti Juwa, […] et je ne parle du Parti Juwa, parce que je sais qu’au sein du Parti Juwa, il y a des gens qui, je crois, ne sont pas contents de ce qui vient de se passer».

  Il ne reste plus qu’à féliciter l’opposition comorienne, qui a trouvé comme nouveau chef un homme contesté au sein même de ce qui est supposé être sa propre famille politique. Nous allons voir comment tout ce micmac va se terminer: dans un conflit géant entre ces individus.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Mardi 1er mars 2016.

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