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Ikililou Dhoinine accueilli en grande pompe à Riad, quelles lectures en faire ?

Alors que l’Arabie saoudite, terre sainte de l’Islam de confession sunnite est en guerre contre les rebelles chiites au Yémen, le président comorien, Ikililou Dhoinine est chaleureusement accueilli par les autorités de Riad. Le Vice-président chargé des finances publiques, Monsieur Mohamed Soilihi Mamadou déclarait naïvement sur les antennes de l’ORTC qu’ « il n’y avait que les deux drapeaux des deux pays » à l’occasion de cette visite. Au-delà des fanfares et du cadre protocolaire réservés à notre président dans un grand pays d’estime comme l’Arabie Saoudite, notre devoir aujourd’hui est de pousser encore nos curiosités, cultiver notre conscience afin d’en déduire les lectures possibles sur l’avenir politique, la cohésion, la paix et l’harmonie sociale aux Comores dans les décennies à venir.

Les Comores pris au piège entre Sunnites et chiites ?

En 2009, deux ans après l’élection de Ahmed Abdallah Sambi à la tête de l’Etat, alors que les Comores venaient d’inaugurer une nouvelle voie constitutionnelle marquée par une tournante avec Azali Assoumani, le second président issu de la tournante, lui-même surnommé « l’Ayatollah » ouvre les Comores vers l’Iran et fait appel aux autorités de Téhéran leur demandant de venir investir dans le pays. Pour illustrer cette politique, le président Sambi n’a pas hésité à choir parmi ses gardes du corps, des Iraniens. Or, force est de constater, les deux dogmes religieux au sein de l’Islam aujourd’hui sont incarnés, d’une part par l’Arabie Saoudite sunnite et de l’autre, par l’Iran shiite. Depuis, de nombreux Iraniens débarquent massivement aux Comores, surtout dans l’île d’Anjouan dont l’ancien président est originaire. C’est dans ce contexte de conquête et de propagande politico-religieuse que l’Arabie Saoudite veut se forger une place au sein de cet archipel minuscule auquel l’on tend le piège Sunnite et Chiite.

La visite du président comorien à Riad, un signe fort contre Sambi ?

Jusqu’à aujourd’hui Sambi ne s’est jamais déclaré shiite, cela malgré ce que nous venons de confirmer précédemment. Dans un pays où les traditions occupent une très grande place dans la vie quotidienne, où la majorité des citoyens se réclament de confession musulmane chafiite, donc sunnite, on peut comprendre les réticences de l’ancien président Sambi contraint à se taire et d’évoluer dans la démagogie politique. Il faut dire que c’est à partir de son règne qu’une parole est libérée, celle des Comoriens se reconnaissant shiites aujourd’hui.

L’accueil du président Ikililou par son homologue saoudien, le geste de voir le roi porter l’écharpe aux couleurs du drapeau comorien restent un signal fort envoyé, d’abord aux Comoriens, puis à l’ancien président Sambi et par ricochet, à l’Iran shiite.

L’Iran, entre confessionnalisme défensif et diplomatie influente

Iran L’arrivée au pouvoir en 2013 de Hassan Rohani a suscité l’espoir à l’intérieur du pays mais surtout à l’extérieur ; les Américains ont apprécié le pragmatisme affiché par les nouvelles autorités de Téhéran après de très longues décennies d’embargo international infligé à l’Iran. Le dossier en clef : le programme nucléaire iranien. L’Iran accepte de revenir sur la table, négocie avec les puissances occidentales et ouvre ses usines d’Uranium à l’Agence Internationale de l’Energie. Avec cette nouvelle politique, l’Iran s’ouvre au monde et se place en tant qu’acteur incontournable dans le Moyen Orient mimé par les guerres de religions. Dans ce contexte, le pays de l’Ayatollah se positionne en défensif de confessionnalisme shiite et reste un élément de balance diplomatique dans les conflits opposant shites et sunnites comme en Syrie ou au Yémen.

Comment éviter un embrasement futur ?

La situation, telle qu’elle se présente demande la vigilance de tout un chacun. Les Comores est un petit archipel de quatre îles dont l’unité a toujours été menacée par la présence et les forces extérieures. De la cession de Mayotte au séparatisme de 1994, notre pays n’a toujours fait que régresser car au lieu de s’occuper des vraies politiques de développement, l’homme politique devra faire avec l’ambiance le plus souvent réduite à la manœuvre aux allures des sapeurs pompiers face à des urgences artificielles.

Notre devoir est de créer aujourd’hui les outils devant servir pour éviter tout embrasement de quelle nature qu’elle soit dans le pays et pour notre avenir. Je pense que les questions religieuses dans le pays devront être confiées au Conseil des Ulémas existant déjà dont le pouvoir sera défini à l’issue des débats parlementaires qui lui confèrent ses pouvoirs.

Les politiques à venir pour notre pays doivent tenir compte de notre espace insulaire, de notre emplacement au croisé d’un carrefour universel où se côtoient cultures arabes, occidentales et asiatiques. Dans un monde où les visions stratégiques prévoient l’avenir futur de l’Afrique par ses richesses émergeantes, dans un monde où les Chinois avaient bien compris avant quiconque, que l’Afrique reste l’avenir économique du futur, nous devrions être vigilants sur ces questions géopolitiques vis avis de notre archipel qui a toujours été sous les radars des puissances extérieures.

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