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«Il existe des gens qui ont fait des calculs électoraux»

«Il existe des gens qui ont fait des calculs électoraux»

Interview exclusive de M. Saïd-Ahmed Saïd-Abdallah

Président du Parti Comores Alternatives (PCA)

     www.lemohelien.com: Quand vous avez appris que le samedi 7 janvier 2017, dans un certain nombre de capitales africaines, il y a eu des manifestations contre le franc CFA, vous avez dû boire du petit-lait, dans un état de félicité paradisiaque, vous qui prêchez la sortie des Comores de la zone franc, le credo qui vous a fait connaître sur la scène politique.

     Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Je voudrais, tout d’abord, vous remercier et vous présenter mes meilleurs vœux de réussite et de succès pour l’année 2017, vous et l’équipe de votre site d’information, l’un des plus connus des Comores.

J’ai été ravi d’apprendre cette nouvelle, mais aussi celle de la mobilisation des intellectuels comoriens qui écrivent pour demander qu’on mette fin à cette mainmise monétaire coloniale. En même temps, je suis inquiet du fait du décalage avec la réalité quotidienne des populations africaines, plus particulièrement francophones, qui souffrent de tous: du chômage, surtout des jeunes cadres, de l’absence de pouvoir d’achat, de la mévente de leurs produits agricoles à cause à d’une monnaie surévaluée et qui ne reflète pas la réalité économique de leurs pays. Ce décalage m’inquiète à deux niveaux, le premier du fait que les responsables africains, plus particulièrement francophones, habitués aux diktats et aux injonctions de la France et des instances internationales et non de leurs peuples, risquent d’étouffer ou même de minimiser l’ampleur de cette revendication. Le deuxième, c’est qu’on ne se prépare pas d’une manière sereine pour assurer ce grand défi économique mais, on va refaire les erreurs qu’ont faites nos aînés en prenant l’indépendance sans une vraie anticipation.

Que les pays africains de la zone franc le veuillent ou non, cette monnaie coloniale marque le début de sa fin. Aujourd’hui, après les intellectuels, dont la plupart sont des économistes, on assiste à une manifestation populaire qui demande la mort de la zone franc. On est loin de la manifestation des Maliens quand ils protestaient contre la décision du feu Modibo Keita quand il avait décrété la sortie de la zone franc. Les peuples d’Afrique francophone ont compris la parole de Jacques Rueff, l’économiste le plus écouté du Général de Gaulle, qui disait: «Croyez-moi, aujourd’hui comme hier, le sort de l’homme se joue sur la monnaie».

  www.lemohelien.com: Vous tenez ce langage souverainiste depuis au moins 2012, et c’est ce qui nous a permis de nous connaître. Mais, sincèrement, croyez-vous qu’un Saïd Ali Chayhane et un Djaanfar Ahmed Saïd ont la capacité intellectuelle et professionnelle pouvant rassurer les Comoriens sur leur aptitude à diriger les finances et l’économie des Comores sans la coopération de la France?

     Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: C’est vrai. C’est un article que j’avais publié sur Al-Watwan en 2012 et proposant la sortie des Comores de la zone franc afin que notre pays puisse acquérir son droit régalien de battre sa propre monnaie qui nous a permis de nous connaître. J’avais déjà publié mon premier livre, Comores. D’une République à l’autre, en octobre 2011, aux Éditions Cœlacanthe, livre sur lequel j’avais déjà parlé de la nécessité vitale pour la réussite du développement économique et social des Comores en sortant de la zone franc.

Pour la question sur la compétence des membres du gouvernement actuel, je suis loin d’être apte à porter ce jugement. J’espère beaucoup pour eux et pour mon pays qu’ils auront cette aptitude car ils sont aujourd’hui aux commandes, et je ne peux que leur souhaiter la réussite. Ils occupent des postes politiques, et peuvent, en cas de besoin, se faire entourer de techniciens, qui ne manquent pas dans notre pays.

Par ailleurs, je voudrais vous faire remarquer que quitter la zone franc n’implique pas nécessairement une rupture de nos relations diplomatiques ou autres avec la France. La France a des bonnes relations avec le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, Djibouti et Madagascar, pour ne citer qu’eux, qui ont quitté la zone franc. C’est une question de souveraineté nationale et de relations internationales, dont les derniers ressorts nous reviennent, à nous Africains de la zone franc et non à la France. La France est un grand pays, qui comprend les enjeux et les défis mondiaux et qui a su évoluer au-delà de son empire colonial. Elle peut faire ce même effort, en acceptant l’indépendance monétaire et financière pour quinze pays d’Afrique Noire.

www.lemohelien.com: Sans vouloir chipoter, je souhaite attirer votre attention sur le fait que lors de ses «vœux» aux Comoriens pour 2017, Azali Assoumani a dit: «Comme je ne cesse de le réitérer, nous voulons faire des Comores un pays émergent». Une analyse du contenu de son discours permet de no que l’expression «pays émergent» revient 3 fois. Je ne le savais pas magicien et maintenant, il dit aux Comoriens qu’il va faire sortir leur pays de la misère grâce à sa baguette magique. C’est quand même émouvant! Vous y croyez vraiment?

     Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: J’ai écouté le discours d’Azali Assoumani. Je pense qu’il émettait le vœu de faire des Comores, après les 5 ans de son mandat, un pays émergent. Est-ce que je le crois? Cela n’est pas le plus important. Le plus important est son ambition de faire des Comores un pays émergent, c’est-à-dire, avec un PIB proche de celui des pays développés et une forte croissance économique, avec structures économiques et sociales semblables à celles des pays développés. En sachant qu’on est très loin de ce but, avec notre administration publique totalement désorganisée et inefficace, nos structures financières presque inexistantes, je l’encourage et je lui suggère de mettre de l’ordre et de la fermeté dans la gestion des affaires publiques. Je sais que je vous surprends, du fait que je suis membre de l’opposition nationale et que je n’ai pas voté pour lui. Or, vous saviez que mon combat est uniquement contre la misère des Comoriens. Donc, pour moi, quelle que soit la personne qui fera sortir le pays de la misère, elle aura mon soutien.

Maintenant, comment sortir de cette situation chaotique, sans routes, ni électricité, ni Éducation nationale, avec une Santé publique en lambeaux, alors que les autorités actuelles viennent de mettre des milliers des jeunes au chômage? Comment aller donc vers la situation d’un pays émergent? Je peux vous rassurer sur une chose: Azali Assoumani n’est pas un magicien. Mais, aux Comores, on a beaucoup d’experts. Si chacun d’entre eux s’y mettait au travail au lieu d’attendre les résultats afin de critiquer, d’insulter, ou de fuir, le pays irait mieux et pourrait atteindre une croissance économique plus élevée.

www.lemohelien.com: Cette foi de charbonnier fait rire face au sectarisme, à l’exclusion et l’ostracisme élevés au rang de vertus cardinales et de règles de pouvoir. C’est très touchant, mais comment avoir un pays émergent dans l’incompétence criminelle et dans la corruption institutionnalisée? Il n’y a pas d’«insultes», mais de critiques sur une situation explosive. Avons-nous le droit de parler de ce qui se passe dans notre pays?

     Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Oui, nous pouvons parler de notre pays. Nos dirigeants doivent soutenir des mesures incitatives au profit des jeunes entrepreneurs, notamment ceux qui dirigent les compagnies aériennes Inter-Îles et AB Aviation. Le soutien aux initiatives privées doit être une priorité de l’État, et cela pourra favoriser l’arrivée des investisseurs étrangers aux Comores. Nous sommes un petit pays, qui n’exige pas beaucoup d’efforts pour rehausser le niveau de vie des Comoriens et favoriser le plein-emploi. Il faudra de la part des dirigeants le courage de remettre les Comores sur la bonne voie, avec ambition et volontarisme. J’espère, pour les Comores, qu’ils y arriveront.

Nous avons aussi une spécificité qui nous permettra d’aller vite vers le développement économique et social: il faudra faire un bon usage des mannes financières relevant de la «citoyenneté économique», en parfait partenariat avec nos amis du Golfe, et de concert avec la diaspora, tout en déployant des efforts pour accroître nos recettes. Dans cette optique, l’État doit redonner au Trésor public son vrai rôle, et à la Banque centrale le sien.

www.lemohelien.com: Comprenez-vous les accusations très sévères que portent les Comoriens sur certains opposants qui ont subitement un béguin pour Azali Assoumani et qui font tout pour aller manger à son râtelier?

     Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Je pense que parler d’opposants est très excessif quand il s’agit de nos acteurs politiques. Je trouve que vous confondez la réalité occidentale, que vous maîtrisez beaucoup, à celle de notre pays. Il n’y a pas d’opposition idéologique, doctrinaire ou basée sur une manière de gérer les biens de l’État ou les finances publiques. Cela est valable même pour ceux qui se prétendent «islamistes» aux Comores. Il y a une opposition de circonstances électorales, et de pouvoir et cela vous le savez très bien. Vous ne pouvez pas me dire, par exemple, sans citer de noms, que tels responsables du parti RADHI sont plus proches de Mohamed Ali Soilihi que d’Azali Assoumani. Cela ne m’étonne pas qu’il existe des gens qui ont fait des calculs électoraux en soutenant tel candidat et en rebroussant chemin, pour retourner vers leurs anciens compagnons qui ont la direction de l’État aujourd’hui. Je souhaite uniquement que ceux qui se décident de rester dans l’opposition s’organisent sur un projet de société fiable et défendable afin d’éduquer les Comoriens et se battre pour des idées et non pour des noms de personnes, de villes, villages ou d’îles.

www.lemohelien.com: Comment percevez-vous l’actuelle descente aux enfers de la liberté d’opinion et de la liberté de la presse, mais aussi la destruction de la Justice aux Comores?

     Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: C’est compliqué de porter un jugement sur ce domaine, plus particulièrement quand il s’agit de la liberté de la presse. Je suis partisan de la liberté de la presse, et je condamne les arrestations ou intimidations des hommes et femmes politiques ou des journalistes. Par contre, nous devons avoir une déontologie de communication, que ça soit pour les dirigeants politiques ou pour les opposants et les journalistes.

La France, qui est un pays modèle pour la plupart de nos dirigeants politiques et de nos journalistes, nous a appris à distinguer les actions politiques des actes privés. Il est bien, de mon point de vue, d’approuver, de condamner, de critiquer ou de parler des actes ou intentions politiques d’un dirigeant au lieu de s’appesantir sur ses origines sociales, ses diplômes, son mariage ou ses vêtements.

En ce qui concerne la Justice, c’est le plus grand fléau de notre pays. Pour assurer notre stabilité, gage de tout développement économique et social, il nous faut une Justice équitable et impartiale au service de la population. Il est urgent que nos dirigeants fassent des efforts pour notre Justice afin d’éviter les abus des uns envers les autres. La survie de notre nation en dépend.

Propos recueillis par ARM

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© www.lemohelien.com – Lundi 9 janvier 2017.

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