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Îles des Comores : murmure d’une « insurrection mystérieuse » ?

Marine Le Pen, qui n’intervient que peu sur les questions pétro-gazières d’Outre-mer, s’est prononcée très récemment et tambours battants, pour la création d’une base « arrière » logistico-militaire à Mayotte, en appui aux français Total et Maurel & Prom opérateurs majeurs, dans le très prolifique bassin du Ruvuma, frappé par une violence insurrectionnelle, situé non loin de là, à 370 km à l’Ouest. Mayotte fait partie de l’archipel des Comores (4 îles idéalement situées à l’entrée du Canal du Mozambique); elle est administrée depuis 2011 par la France, qui y accueille ses Forces Armées de la Zone Sud de l’Océan Indien, (FAZSOI: 2ème RPIMa, DLEM; en coopération avec l’ile de la Reunion; logées à Dzaoudzi (base navale France depuis 1997). Cette force d’intervention, contrôle la zone de défense et sécurité d’une des circonscriptions du territoire français, en garantissant la protection de sa ZEE dans l’océan Indien. De grands chantiers sont en cours ou à l’étude pour renforcer l’infrastructure aéronavale, à l’aéroport de Dzaoudzi comme l’a notifié le président Macron en octobre 2019, car il n’a pas la capacité d’accueillir des gros porteurs. Au port de Longoni également, exploité et géré (depuis novembre 2013 pour une durée de 15 ans) par la société Mayotte Channel Gateway (MCG), et la très controversée sud-africaine Ida Nel, dont le plan d’action est de faire du quai 1, une fois rénové, une base arrière moderne digne d’accueillir les compagnies de type « supply », travaillant sur les équipements et la logistique des équipages navals » des exploitations offshore.

Cette annonce arrive, après plusieurs interventions successives, notables, dont celle récente du président Emmanuel Macron en personne, à travers un tweet surprenant, posté le 11 novembre dernier, qui stipule l’importance d’intervenir dans la cadre de l’insurrection mozambicaine au Cabo Delgado.

Toutefois, et bizarrement, elles ne soufflent aucun mot, (à l’instar des autorités comoriennes) sur l’état d’avancement sérieux et le volume des richesses du bassin comorien, tout proche. Pourtant, les différents rapports de géophysiciens chevronnés et l’investissement dans la prospective d’acteurs étrangers réputés, décrivent bien ses volumes supposés et soulignent sa grande particularité. En effet, le bassin comorien est positionné au coeur des 2 riches réserves du Nord du Canal du Mozambique; entre les trajectoires des aires gazières 1/4 du Ruvuma-Cabo Delgado/Mozambique, marié au champ gazier de Ruvuma-Mtwara-Mnazi Bay/Tanzanie, mais également celles des bassins Majunga/Ambilobe, au Nord de Madagascar. Les prospectives 3D recensent du gaz en abondance, certes, mais surtout, et aussi du pétrole en quantité commercialisable; ce qui est plutôt rare dans l’Est africain (à part en Uganda, et en Somalie sans doute), pour le moment. Les relevés séismiques, les cartographies marines, les fouilles océaniques, l’examen du plateau continental des îles comoriennes, analysés depuis 2014, avec soutenance, notamment par les anglo-saxons, dont Curtis Cohen (spécialiste des explorations en offshore très profond, à l’origine de découvertes au Nigeria ou en Mer du Nord), sont clairs. Les vastes espaces qui concernent les blocs 35/36/37 sont extrêmement riches en gaz, ceux des blocs 38/39/40, en pétrole.

Les Comores, après les dernières élections présidentielles de mars 2019, remportées dans la violence, par le très décrié président Assoumani Azali, (reçu en visite officielle à l’Elysée, par l’équipe Macron dès juillet 2019, pour un appel à investissement), confirment un rapprochement diplomatique, bien entretenu, par les gouvernements français, depuis 2013/14; dates d’arrivée des pétroliers Western Energy, puis de Tullow (junior/partenaire trader de Total) au large de la Grande Comore, qui s’effectue en parallèle.
Après une période de crise profonde, liée au visa Balladur, à la délimitation des frontières maritimes avec Mayotte, exacerbée par la politique d’immigration musclée, engagée par le président Macron (suite à l’épisode des kwassa kwassa), qui exaspère définitivement l’opinion publique comorienne, Paris décide de mettre de l’eau dans vin. C’est pourquoi, on dépêche, à partir de 2017, la très active Jacqueline Bassa-Mazzoni, (ex attachée dans plusieurs ambassades ayant supervisé de nombreux contrats pétroliers: Gabon, et ex ambassadrice de France en Namibie); elle ne manque pas de rappeler l’histoire profonde qui unit les 2 nations, malgré tout et de multiplier les efforts ici et là en communication. La concurrence agressive des russes, chinois, ou américains et leurs appétits de conquête en nouvelles positions stratégiques, dans l’océan Indien, au plus près des côtes Est-africaines, n’est pas totalement étrangère à cette implication très soutenue.
Les accords de Défense signés avec la France, en 2010 qui protègent entre autres, les espaces maritime et aérien des 3 îles, permettent à Paris de garder la main sur le contrôle opérationnel du territoire comorien, qui ne possède qu’une soixantaine de gardes côtes et peu d’embarcations en bon état, pour espérer surveiller son immense ZEE, unique porte d’accès au Nord du Canal du Mozambique, et à son trafic maritime mondial.
Les subventions considérables, débloquées en 2014 par l’AFD (Aide Française au Développement ) pour le projet de création du Parc Marin Protégé au Sud de Mohéli, finalisé en juillet 2020, en dit long sur cette utilisation de zone verte, (déjà vue ailleurs) au Mozambique par exemple, avec l’Aire Marine Protégée des Quirimbas et son collier d’îles. Un espace transfrontalier, qui fait office de filtre, quadrillé, surveillé, progressivement vidé de ses habitants, comme à Mtwara en Tanzanie dans le Parc Marin Protégé de Mtwara- Mnazi Bay, qui jouxte l’exploitation gazière de Maurel & Prom. Une « no go zone » tampon opérationnelle, idéalement située au plus près du site offshore. Elle crée « une ligne » de démarcation et de sécurité, essaimant sur son passage des points d’arrêt en mer; et ce depuis la Grande Comore (en bordure de la fôret Karthala) via Mohéli , dans le Parc Marin Protégé et ses 8 ilots stratégiques à Nioumachoua. Directement dans le « couloir d’observation » des blocs 35/36/37 et 38/39/40.

Les manipulations autour de l’accaparement des terres passent souvent, par une variété de montages: privatisation soudaine et opaque orchestrée par l’Etat hôte, avec la complicité d’acteurs extérieurs; ou nationalisation des terres coutumières dans l’intérêt du développement de la nation, avec promesse de relogement. Le développement éco-touristique, cause noble sur le papier, promet souvent son lot d’avantages utopiques pour les habitants: création d’emploi et dédommagement honorable, sont souvent utilisés, pour calmer l’inquiétude des populations; lettres mortes, après coup. Une étude réalisée par l’Ecole Supérieure Polytechnique d’Antanaravio, sur les activités de pêche, à Nioumachoua , Ouallah I – Miréréni, explique que dès 2006,  plusieurs villages côtiers, montrent leur désaccord ferme, quand à l’élaboration d’un tel projet; pointant du doigt son danger pour l’accès aux plages et à la mer et les conséquences irrévocables, sur leur habitat et moyen de subsistance.
Alors, à quoi joue la France aux Comores ?
Le passé indique qu’elle a, à plusieurs reprises, été un acteur déstabilisateur qui a fomenté plusieurs coups d’Etat, et manipulé, gangréné les autorités, par une prise de contrôle des richesses et du territoire. Avec l’aide de l’Afrique de Sud (toujours là avec l’opération Copper) et les mercenaires de Bob Denard, elle tenait la puissante Garde Présidentielle comorienne, ainsi que les points stratégiques et vitaux du pays (sites aéronavals, ensemble de l’infrastructure). Aujourd’hui, ce sont les pays du Golfe, le Koweit, les Emirats et plus particulièrement l’Arabie Saoudite (un des partenaires/client clef de la France en matière de sécurité défense) qui se positionnent comme principaux argentiers et associés de Paris, dans la gestion territoriale de l’Union des Comores (qui fait partie du CCG). Le prince héritier Mohamed ben Salman a alloué à partir de 2016, plus de 5 milliards pour améliorer l’infrastructure vitale du pays; plusieurs projets de construction: routes, ponts, ports, réseau électrique, gestion de l’eau, logements, tourisme, ont été signés.
En attendant, le mécontentement de la population gronde; depuis les dernières élections un peu plus fort. La défaillance de l’Etat, dans sa capacité à developper les infrastructures du pays, en réinvestissant les fonds étrangers et les dividendes accumulés pendant la période de prospective offshore, rappelle son manque de volonté et d’intérêt à créer des emplois. Le fragile et impopulaire gouvernement Azali, qui resserre un peu plus l’autorité de son pouvoir et son emprise sur les caisses de l’Etat, sans inquiéter aucunement, la communauté internationale, ne laisse que peu d’espoir concernant une redistribution équitable des richesses pétro-gazières à venir. Le manque de transparence de ces dernières années, surtout pendant le pic des découvertes, montre bien la mise à l’écart frontale de la population, leurrée par de faux espoirs, liés à ces grands projets. Ces derniers changeront à marche forcée, la physionomie de ces territoires-concessions, attribués à de grandes firmes étrangères.
Le « boom » gazier, associé à l’avidité des autorités des pays hôtes n’a permis, que l’avènement de groupes insurrectionnels: au Mozambique où ils ont chassé de leur terre, plus de 500 000 personnes au Cabo Delgado, et à Mtwara où l’actualité tanzanienne, confirme un embrasement du district. Cette violence habillée d’un voile mortuaire, touche les villages très proches des sites d’exploitation, des français Maurel & Prom en Tanzanie et celui opéré par Total, dans la péninsule d’Afunji, au Mozambique.
Chômage, manifestation et grève aux Comores, créent une atmosphère délétère, qui aggrave la corruption et une plus grande opacité du gouvernement sur les négociations des avoirs nationaux, à haute valeur ajoutée. Leur vente à moindre coût, entend certainement attirer les plus gros investisseurs, de calibre mondial; elle laisse néanmoins dubitatif, quant aux dividendes qui seront réinvestis dans le pays. L’intrusion d’acteurs étrangers antagonistes, dans les eaux souveraines comoriennes, dont l’objectif est de dresser des remparts dans l’océan Indien, en cherchant des blocs pétroliers à occuper plus qu’à exploiter : une position navale utilisée comme mirador, dans un des endroits les plus stratégiques du monde, peut s’avérer inquiétante, à long terme.
Une chose est sûre: la France appuyée de ses riches et proches partenaires Moyen-orientaux très présents dans l’Est africain, confortée par les accords et exercices militaires signés avec l’Inde, l’Australie, le Japon, pour peser sur l’ensemble Indo-Pacifique, entend bien revenir aux Comores: « sa précieuse chasse gardée historique ». Dans cette perspective, il est indéniable que ses investissements offshore effectués au Kenya , en Afrique du sud, au Mozambique et en Tanzanie, pèseront lourds, pour permettre au cluster France de s’imposer, avant les échéances importantes, de 2021/2022. Un agenda chargé, dans le Canal du Mozambique, qui lancera d’une part, le début de la production du Ruvuma mozambicain, et d’autre part, marquera un grand tournant dans l’officialisation des futures et premières exploitations comoriennes. Dans le cadre d’un contrat de partage de production certainement prestigieux mais pesant, de  nombreuses questions concernant le volet  sécuritaire (matériel, société militaire privée autour des îles comoriennes ) qu’il induit, restent néanmoins en suspend. 
Comment l’Etat des Comores va-t-il quadriller ses blocs, et surveiller son domaine maritime en haute mer, face à ces nouveaux enjeux ? Quelle organisation, avec quels appuis matériel et moyen humain ? Cette dernière question a-t-elle été réfléchie, avec les futurs investisseurs, dans le cadre des programmes de formation navals, déployés avec vigueur, par l’Union Européenne ? Avec Paris ? Le remaniement discret de l’industrie de pêche comorienne, cacherait-il une prochaine commande « camouflée » de bateaux civils, qui serait en réalité dédiée aux activités de surveillance et d’intervention offshore, à l’instar du Mozambique ? Toujours est-il, que la mise sous pression du gouvernement comorien, face à des contrats d’envergure internationale, qui demanderont des garanties solides au risque d’être mis totalement sous tutelle, versus le mécontentement social grandissant, ne permet pas d’augurer la sérénité, sur les très convoitées îles de la lune. 

Layla.Mind

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