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Interview de M.Said HASSANE Said Mohamed

Interview de M.Said HASSANE Said Mohamed
Lundi 21 décembre, fut la date butoir pour les dépôts des candidatures pour les présidentielles et celles des gouverneurs des iles autonomes. Nombreux candidats se sont bousculés pour ne pas rater ce rendez-vous quinquennal. Il se trouve que le candidat issu de la diaspora, M.Said HASSANE Said Mohamed, avocat inscrit au barreau de Paris, qui convoitait l’exécutif de Ngazidja, ne s’est pas présenté à ce rendez-vous qu’il a longtemps préparé avec courage et détermination. Pour comprendre les raisons de ce désistement de dernière minute, Mbadakome est allé recueillir ses propos que nous vous livrons ici.


Mbadakome : Me Saïd HASSANE Saïd Mohamed, par votre communiqué, les comoriens ont appris votre retrait de dernière heure, à l’élection du chef de l’exécutif de l’ile de Ngazidja. Pourriez-vous nous donner les raisons qui ont profondément motivé ce désistement?


SAÏD MOHAMED SAÏD HASSANE:
Je vous remercie tout d’abord de m’offrir cet espace d’échange et de dialogue. Ensuite, je voudrais présenter mes excuses à ceux, nombreux qui soutenaient ma candidature et qui étaient prêts à m’accompagner. Je mesure et comprends leur déception. Je suis moi-même extrêmement déçu et frustré. Je m’étais beaucoup investi, j’ai énormément travaillé et rencontré de tas de personnes en France et à Ngazidja qui m’ont fortement ému par la confiance et la sympathie qu’ils m’ont spontanément témoigné. Je pense sans cesse à eux.
 
Mais enfin, j’ai envie de faire la politique autrement, d’incarner une autre façon de faire de la politique, une politique basée sur des valeurs et des principes, une politique dévouée à l’intérêt commun, une politique au service des Comores et des Comoriens.  Si je quitte mon petit confort parisien pour m’engager en politique c’est pour défendre des valeurs et des principes aujourd’hui en perdition dans notre pays, c’est pour prendre ma part, dans la construction de mon pays, c’est aussi et surtout pour rendre à mon pays ce que je lui dois.
 
Vous savez, un homme se définit par ses valeurs. Un homme sans valeur est comme un cadavre. Un ami et confrère m’a raconté deux anecdotes qui illustrent la portée des valeurs et des principes et la différence entre ceux qui en ont et ceux qui n’en tiennent pas compte.
 
« Un jour, le doyen des avocats aux Comores s’est trouvé dans une affaire où il y’a avait parmi les avocats des parties le frère du juge. Le doyen des avocats, en homme de principe a souligné le conflit d’intérêts évident mais personne n’a voulu l’entendre. Le juge a poursuivi son office et son frère avocat a plaidé.
 
Un autre jour, le même confrère, qui a assisté à cette audience, plaidait devant une juridiction à l’étranger.  Le juge a expliqué aux parties qu’il devait se déporter pour laisser un autre juge prendre sa place car il connaissait l’une des parties pour l’avoir jugé dans une autre affaire plusieurs années auparavant. La personne concernée ne s’en souvenait même pas le juge s’est rappelé de lui en le voyant. Le juge s’est donc retiré. »
 
Moralité : les principes on les défend quand ils ne sont pas respectés et on les respecte sans contrainte.
 
Je n’ai pas souhaité prendre part à cette cacophonie au risque de brouiller le message que nous portons. Il nous faut donc agir autrement.
 
 
Mbadakome: Monsieur, l’anarchie et le climat délétère qui règnent dans le pays, ont généré l’individualisme, le clanisme et le séparatisme. Trouveriez-vous que l’unité nationale est garantie et prenne avec la tournante ou au contraire, il va falloir lancer un nouveau chantier reconstruction nationale ?


M.Said HASSANE Said Mohamed: Nul comorien ne naît séparatiste. C’est la mauvaise gouvernance qui engendre le séparatisme. Les Comores c’est comme une mère qui a 4 enfants : maore, ndzuani, mwali et ngazidja. Le pouvoir exécutif de l’union est le père de famille. Tous les enfants sont égaux mais si le père fait une préférence et de la discrimination sur ses enfants, ne les traite pas tous en égalité, il provoque alors inéluctablement la division entre ses enfants, ceux qui sont délaissés ont tendance à se rebeller et à détester celui qui est préféré.
 
Tant que nos Présidents ne se comportent pas comme le Président de tous les Comoriens, tant qu’ils n’effacent pas leur origine insulaire en s’élevant au-dessus de tous, en considérant toutes les îles et leurs habitants de la même manière, nous aurons des crises séparatistes.
 
Toute l’histoire du séparatisme comorien de 1975 à nos jours est une histoire de lutte et de partage de pouvoir.
 
Aujourd’hui la constitution, et notamment la règle de la tournante sont prise de bouc émissaire.  Je pense à mon humble avis, que c’est plutôt l’incapacité du gouvernement à satisfaire les besoins même les plus élémentaires de la population et la discrimination des comoriens selon leur origine insulaire qui nourrit ce clanisme et séparatisme dont vous parlez.
 
L’unité nationale se construit sur l’égalité de tous et non sur le favoritisme et le clientélisme sectaire. Et c’est le grand échec de nos gouvernements successifs.
 
 
Mbadakome : Maître, Est-ce que avec le nombre élevé de 28 candidats enregistrés aux présidentielles et 32 pour les exécutifs insulaires, ne serions-nous pas engagés dans un processus de banalisation de la fonction de président qui le 1er comorien?


SAÏD MOHAMED SAÏD HASSANE:
Tout comorien a fondamentalement  le droit de prétendre aux fonctions politiques mais n’importe qui ne peut se porter candidat. Les élections ce n’est pas la course des sacs au village. Il faut instaurer des critères sélectifs.
 
Selon l’article 12 de la constitution, le Président de l’Union est le symbole de l’unité nationale. Il incarne donc  à la fois les Comores au niveau national et  international, l’unité nationale et l’intégrité territoriale. Il est le premier des Comoriens. C’est la fonction suprême et majestueuse dans le pays. 
 
C’est une fonction exceptionnelle. Le Président a des responsabilités immenses dans la vie du pays. Il a entre ses mains le destin du pays. Ses décisions peuvent engager le pays plusieurs années après la fin de son mandat.
 
Le Président symbolise donc une certaine image de guide. Cet image a été parfaitement représenté par les présidents successifs des Comores jusqu’au coup d’état de 1999. A partir de cette date, en même temps que la fonction présidentielle perdait son caractère majestueux, s’est instauré dans notre pays, ce qu’on peut appeler la gouvernance en bande de copains, en ce sens que le Président gouverne avec ses amis et proches.
 
Cet abaissement de la fonction présidentielle est doublé d’une faible légitimité politique et sociale des Présidents, à l’exception du Président Sambi qui avait une légitimité politique forte.
 
Je pense que nous devons imposer des conditions restrictives pour prétendre aux fonctions présidentielles. Nous pouvons par exemple exiger des parrainages, ou l’expérience d’un mandat électif même au niveau local.
 
Mbadakome: Maintenant que vous avez identifié  le mal qui ronge le pays : Quelles solutions idoines préconisez-vous pour sortir le pays du gouffre?
 
SAÏD MOHAMED SAÏD HASSANE:
Non, nous avons parlé de problèmes particuliers mais pas du mal qui ronge notre pays, comme vous dites. Et c’est bien là le drame. Nous passons l’essentiel de notre temps à débattre de sujets, qui sans être inutiles, ne s’intéressent pas aux vrais problèmes de notre pays. Vous n’entendez aucun candidat aux élections présidentielles nous dire quelle solution pour résoudre la crise énergétiques, quelles solution pour résoudre la crise du chômage des jeunes, quelles solutions pour développer notre économie, quelle solution pour lutter contre la corruption.
 
La crise énergétique, le chômage des jeunes, l’agonie de notre économie et la corruption constituent  à mon avis les principaux maux qui doivent prioritairement nous préoccuper.
Pour résoudre la crise énergétiques, je pense qu’il faut d’une part, libéraliser la production de l’électricité afin de permettre  à de sociétés étrangères venir produire de l’électricité, vendre leur production à mawmwe qui en assurera seule la distribution, et d’autre part, mettre en place des régies autonomes au niveau de chaque région ou sous régions et inviter les communes à créer des syndicats de communes pour gérer eux-mêmes leur électricité.
 
En ce qui concerne le chômage des jeunes, les candidats doivent dire aux jeunes quelles solutions ils préconisent. Aujourd’hui 2 jeunes sur 3 sont au chômage et seule une poignée des centaines de diplômés de l’université des Comores trouve du travail. L’écrasante majorité reste sans rien. Pourtant notre principale richesse c’est cette jeunesse.
 
Je pense qu’il faut avoir le courage de rétablir un service national civil afin de créer 2 000 emplois en CDD renouvelables pour les jeunes diplômés dans l’administration de l’Union et des îles. Ils y aguerriront leurs premières expériences.
 
La banque islamique a donné 6 millions de dollars pour l’aide à la création d’emplois des jeunes. Il faut renforcer cela et faciliter l’accès aux prêts et la création des entreprises.
 
Il faut soutenir les entreprises comoriennes à se développer car ce sont elles qui créeront les emplois pour les jeunes.
 
Pour aider les entreprises, le gouvernement doit, dans un premier temps, payer une partie de leur dette et/ ou négocier avec les banques des rééchelonnements.
 
Dans un deuxième temps, le Gouvernement doit mettre en place un fonds qui garantit les prêts accordés aux entreprises.
 
Dans un troisième temps, le gouvernement doit mettre en place un fond d’épargne à long terme qui permettra, entre aux banques d’octroyer des crédits à long termes aux entreprises.
Par ailleurs, il faut réaliser d’importants investissements publics pour rénover ou créer les infrastructures indispensables au décollage économique.
Nous avons dilapidé bêtement la manne financière de la citoyenneté économique qui nous aurait permis de réaliser ces investissements.
 
Nous manquons de gestions saines mais nous avons les compétences et les ressources pour mobiliser des fonds.
 
Mais ce qui nous tue avant toute chose c’est la corruption  qui gangrène notre société et pullule jusqu’au plus haut sommet de nos institutions. Il reviendra à la société civile, et notamment celle de notre diaspora de la combattre. Le droit français offre la possibilité de saisir la justice française des cas de corruptions qui impliquent des autorités étrangères si les faits ont eu lieu, ne serait-ce que partiellement en France, et dans les cas où les faits seraient déroulé à l’étranger, si la victime est française ou si le corrompu ou le corrupteur est français. Les associations peuvent se porter partie civile à condition d’avoir pour objet la lutte contre la corruption et d’avoir 5 ans d’existence.
 
 Il y’a donc là une vraie possibilité d’engager en France des actions pour stopper la corruption aux Comores. Il y a surtout une jeunesse comorienne instruite, ouverte, connectée qui a envie de faire changer les choses et qui y arrivera.
 
Mbadakome
 
 
 
 
 
 

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