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«Je suis l’opposant d’Ahmed Sambi au sein de l’opposition»

«Je suis l’opposant d’Ahmed Sambi au sein de l’opposition»

Interview exclusive d’Achirafi Saïd-Hachim, leader de CADIM

www.lemohelien.com: Les Comoriens ne comprennent rien à vos contorsions politiques parce que vous vous dites en même temps en accord et en désaccord avec Ahmed Sambi, dont vous dites soutenir l’impossible candidature à l’élection présidentielle de 2016, tout en la stigmatisant et tout en vous déclarant vous-même candidat au même scrutin, alors que vous étiez censé vous ranger derrière sa candidature. Qu’avez-vous envie de dire à ceux qui disent ne rien comprendre à vos zigzags politiques?

Achirafi Saïd-Hachim: N’exagérons pas avec des mots qui fâchent. Parler de «zigzags», c’est me faire un mauvais procès. Il n’y a pas de «zigzags». Ahmed Sambi a été Président des Comores pendant cinq ans, de 2006 à 2011, après s’être accordé une année de pouvoir, dont six mois en train de faire lambiner le Président élu Ikililou Dhoinine dans les allées du pouvoir. Pendant sa présidence, j’appartenais à la frange la plus radicale de l’opposition comorienne. Ma relation spéciale avec lui a commencé par mon opposition farouche à l’égard de sa politique et de sa gouvernance. Par la suite, Ikililou Dhoinine a été élu Président de la République, et n’a pas tardé à nous rejeter brutalement. Des partisans d’Ahmed Sambi sont venus me voir pour me proposer de les accompagner dans l’opposition en tant qu’entité unie. C’est alors que nous avons lancé le Rassemblement des Patriotes, dont le véritable acte de naissance date du samedi 16 mai 2015, lors de notre meeting à Paris. Très soucieux de défendre ses propres intérêts, Ahmed Sambi voulait une fusion de tous nos partis politiques au sein du Juwa, son organisation politique. Au cours du meeting du samedi 16 mai 2015, Ahmed Sambi s’est précipité pour déclarer sa candidature à l’élection présidentielle de 2016, et cela a été ressenti comme notre ralliement total, définitif et inconditionnel à ladite candidature, alors qu’il n’a jamais été question d’un tel ralliement. Moi aussi, je suis candidat à l’élection présidentielle de 2016 et je suis son opposant au sein de l’opposition et au sein du Rassemblement des Patriotes. Mon frère Saïd Larifou, dont le parti politique, le RIDJA, est également membre du Rassemblement des Patriotes, vient de déclarer sa candidature. Cela semble déséquilibrer et affecter le Rassemblement des Patriotes. Le Parti Juwa n’a pas aimé cette initiative du chef du RIDJA. Les partisans du Juwa ne veulent entendre parler que de la candidature d’Ahmed Sambi. Ils ne voient qu’Ahmed Sambi. Personne n’a le droit de présenter une candidature en dehors d’Ahmed Sambi. En ce qui me concerne, je n’ai pas la même vision des Comores et du monde qu’Ahmed Sambi.

www.lemohelien.com: En disant que vous êtes l’allié d’Ahmed Sambi sans partager sa vision des Comores et du monde, vous ne faites que compliquer les choses. Et comment faites-vous pour vous allier avec un acteur politique dont vous ne partagez pas les idées politiques? C’est tout de même paradoxal, ne trouvez-vous pas?

Achirafi Saïd-Hachim: Il n’y a ni paradoxe, ni contradiction dans ma démarche. En tout cas, je ne peux pas empêcher Ahmed Sambi d’être un opposant au régime politique actuel, sinon je n’aurais pas été son opposant quand il était au pouvoir.

www.lemohelien.com: Vous avez le droit d’être opposant au régime politique actuel. Mais, pourquoi n’avez-vous pas choisi d’être l’allié de la partie de l’opposition avec laquelle vous partagez des valeurs communes au lieu de vous encombrez d’Ahmed Sambi, avec qui il y a de nombreuses divergences, d’après vos propres dires?

Achirafi Saïd-Hachim: Est-ce qu’il y a une opposition aux Comores? Azali Assoumani, Abbas Dahalani et Houmed Msaïdié représentent l’opposition modérée et sont devenus des alliés au régime politique actuel. Font-ils confiance à ce régime politique? Il faudra leur poser la question un jour.

www.lemohelien.com: Votre allié Ahmed Sambi remet en cause la présidence tournante, pourtant inscrite sur la Constitution comorienne à dessein de permettre l’exercice de la fonction de chef d’État par des Comoriens originaires de toutes les îles indépendantes des Comores? Comment jugez-vous la démarche d’Ahmed Sambi consistant à lire ce qu’il veut et comme il veut dans la Constitution et à vouloir réécrire le Droit comorien selon son bon vouloir?

Achirafi Saïd-Hachim: Le jeu politique comorien est trop compliqué. La Constitution de notre pays est très compliquée et coûte très cher. Ahmed Sambi a dit un jour que «c’est l’élection primaire qui tourne et non les hommes». Il en est arrivé à souhaiter que quand une île organise l’élection primaire, les Comoriens des autres îles puissent se présenter au scrutin. Moi, je ne me vois pas présenter une candidature à Anjouan et à Mohéli. Personnellement, je ne remets pas en cause la présidence tournante, mais la pratique qui en découle. Aujourd’hui, dans notre pays, le sentiment d’appartenance insulaire est tel que le Président élu se dit le Président de l’île de la Grande-Comore et même de la région Oichili et non le Président des Comores. Dès lors, il n’y a pas de démocratie. Je suis un peu irrité par ces dérives chauvines teintées d’insularité. Je souhaite que cette conception insulaire du pouvoir cesse d’être la règle aux Comores. On doit ajouter quelques verrous constitutionnels pour empêcher l’avènement d’un pouvoir insulaire, régional et villageois.

www.lemohelien.com: Pourtant, le Président Ikililou Dhoinine s’est affranchi de l’insularité, en nommant des Grands-Comoriens aux ministères les plus importants (Économie et Finances, Relations extérieures, Intérieur, Justice, etc.), pendant que les Mohéliens l’accusent de ne pas penser à eux. N’avez-vous pas le sentiment que cela permet de démentir toutes les accusations d’exacerbation du sentiment insulaire et villageois par la présidence tournante?

Achirafi Saïd-Hachim: Oui, par rapport à Azali Assoumani et à Ahmed Sambi, le Président Ikililou Dhoinine a nettement fait mieux. Mais, même si des Grands-Comoriens occupent des fonctions stratégiques actuellement, l’insularité prévaut. Est-ce que la présidence tournante permet à la démocratie de prévaloir? Je n’en ai pas le sentiment. Aujourd’hui, nous avons en face de nous un régime politique résolument mohélien, avant d’être un régime politique national comorien. Aujourd’hui, tout est placé sous l’angle de la Grande-Comore, de Mohéli et d’Anjouan et non sous l’angle des Comores. Nous devons clarifier la situation pour éviter le séparatisme. En son temps, Azali Assoumani avait fait très fort en matière d’insularité et de népotisme. Quant à Ahmed Sambi, n’en parlons même pas. Le Président Ikililou Dhoinine fait moins dans l’insularité, mais le credo reste mohélien.

www.lemohelien.com: Naturellement, je récuse votre accusation sur «le credo mohélien» parce que, pour la première fois, un Président comorien évite le piège de l’insularité. Cela étant, que préconisez-vous pour faire en sorte que l’insularité soit réduite à des proportions ne mettant pas en danger l’unité nationale des Comores?

Achirafi Saïd-Hachim: Nous devons faire confiance à la démocratie. Nous devons valoriser la majorité parlementaire et demander au Parlement de contrôler le gouvernement. Or, dans notre pays, le Parlement ne sert à rien. Il est inutile. Il vote des lois mais ne suit pas leur mise en application. Si nous voulons un régime présidentiel, nous devons en créer les conditions. Aux Comores, la démocratie est foutue. La logique insulaire a tué la démocratie. Nous pouvons maintenir la présidence tournante, mais pas au détriment de la démocratie. Ceci est d’autant nécessaire que plus on élève la logique insulaire, plus on tue la démocratie.

www.lemohelien.com: Quels sont les enjeux territoriaux des élections présidentielles de 2016?

Achirafi Saïd-Hachim: Comme il y a trop de candidats, la vingtaine à peu près, en dehors de moi-même, aucun autre candidat ne pourra se vanter de disposer d’un fief. Moi, je serai le candidat majoritaire dans trois régions majeures: Oichili-Dimani, Hamahamet-Mboinkou et Bambao. J’ai ma chance. Dans ma région d’origine, Oichili, je vois s’agiter Djaé Ahamada Chanfi et Maoulana Charif, mais je ne suis pas inquiet. Dans le Hambou, les notables ont demandé à Bourhane Hamidou de ne pas être candidat, parce que sa candidature gênerait celle d’Azali Assoumani, alors que dans la même région, la plus petite de la Grande-Comore, le Général Salimou Mohamed Amiri et Mohamed Abdouloihabi sont également en position de combat électoral.

www.lemohelien.com: En 2010, lors de l’élection du Gouverneur de la Grande-Comore, Farid Soilihi s’était présenté comme «le candidat de la diaspora», et l’affaire avait fait grand bruit. Aujourd’hui, pour l’élection du chef de l’État, vous êtes dans la même posture. Apparemment, la notion de «candidat de la diaspora» est devenue un gadget électoral…

Achirafi Saïd-Hachim: N’exagérons pas. Je suis proche de la diaspora. Je partage ma vie entre les Comores et la France. Je connais la diaspora comorienne, qui me respecte et me fait confiance. Le 29 novembre 2015, nous allons organiser le congrès de la diaspora comorienne en France. Jusqu’à ce jour, il n’y a pas eu du respect des engagements des pouvoirs publics auprès de la diaspora, notamment sur la création des conditions dignes de voyage des Comoriens entre la France et les Comores. Moi, je sais ce qu’il y a à faire pour arrêter les problèmes constatés en ce domaine. Pour réussir l’affaire, l’État comorien doit être partenaire de l’opération. Je veux être le Président d’une République proche de sa diaspora. Je veux mettre fin à la petite démagogie consistant à reconnaître les apports de la diaspora au développement des Comores sans rien faire pour la diaspora. Les Comoriens de la diaspora doivent être impliqués dans le processus de développement de leur pays et dans les priorités de la coopération entre la France et les Comores. Les Comoriens installés en France savent que je suis le candidat qui pourra réaliser tout ça, et me font confiance.

www.lemohelien.com: Pourquoi dans toutes vos déclarations à la presse, vous faites tout pour citer, et toujours en termes négatifs, le nom du Colonel Azali Assoumani. Vous ne l’aimez pas?

Achirafi Saïd-Hachim: Je n’ai pas à aimer ou ne pas aimer Azali Assoumani. Cet homme-là a commis plusieurs gaffes. En avril 1999, les Comoriens venaient de mener d’intenses et intéressantes négociations à Addis-Abeba, alors que Tadjidine Ben Saïd Massounde était Président par intérim, et Abass Djoussouf son Premier ministre. Nous étions en train de réconcilier les Comoriens, et Azali Assoumani commit son putsch le 30 avril 1999. Déjà, en 1995, quand les mercenaires étaient en train de renverser le Président Saïd Mohamed Djohar, le même Azali Assoumani était chef d’État-major de l’Armée. Or, au lieu de défendre le Président et le pays, il s’était caché dans les locaux de l’Ambassade de France aux Comores. L’officier surnommé Campagnard, lui, avait résisté aux mercenaires et en porte les séquelles physiques jusqu’aujourd’hui. De 1999 à 2006, Azali Assoumani avait pris les Comores en otage sans rien donner en retour.

www.lemohelien.com: Est-ce que vous me dites tout? Pourquoi ai-je le sentiment que vous ne me dites pas l’essentiel?

Achirafi Saïd-Hachim: Ah! Je vois où vous voulez en venir. Le 19 décembre 2001, trois jours avant le référendum sur la Constitution du 23 décembre 2001, des mercenaires avaient débarqué à Mohéli. L’un des mercenaires arrêtés par les autorités comoriennes avait dit me connaître, alors que je n’avais fait que le croiser à Paris en compagnie d’un Comorien de ma région, qui me l’avait présenté et sans que je ne sache qu’il s’agissait d’une barbouze. Du coup, Azali Assoumani en avait pris prétexte et avait lancé des poursuites judiciaires contre moi en France, alors que je ne connaissais rien de cette affaire de putsch. On m’avait arrêté pour recrutement de mercenaires et tentative de putsch. D’ailleurs, à ce jour, personne ne peut dire pourquoi j’avais été arrêté pendant 10 mois. En mai 2014, j’ai bénéficié d’un non-lieu.

www.lemohelien.com: Justement, la rumeur prétend qu’à la suite de ce non-lieu vous avez été indemnisé et que c’est avec l’argent de cette indemnisation que vous allez financer votre campagne électorale pour le scrutin présidentiel de 2016.

Achirafi Saïd-Hachim: C’est du roman. Quand j’ai été reconnu non coupable, j’ai décidé de demander une indemnisation. Mais, à ce jour, aucune décision n’a été rendue dans ce sens par la Justice française. Alors, s’il y a des gens qui parlent de financement de ma prochaine campagne électorale par de l’argent que je n’ai pas, c’est leur affaire, et ils assumeront seuls la responsabilité de leurs affirmations gratuites.

Propos recueillis par ARM

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© www.lemohelien.com – Mardi 10 novembre 2015.

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