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«La Cour constitutionnelle n’est ni unicolore, ni aux ordres»

«La Cour constitutionnelle n’est ni unicolore, ni aux ordres»

Interview exclusive de Hamada Madi Boléro, Directeur de Cabinet

www.lemohelien.com: Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de soutenir en sous-main et de manière tout à fait clandestine le Colonel Azali Assoumani, candidat à l’élection présidentielle?

Hamada Madi Boléro: Naturellement, ceux qui disent ce qu’ils veulent ne pourront jamais en parler publiquement et ouvertement parce qu’ils disent ce qu’ils ont envie de dire sans se soucier de l’objectivité et de la vérité. Toujours est-il que, de par mes fonctions auprès du Président de la République, dont je suis le Directeur du Cabinet chargé de la Défense, je n’ai pas à intervenir dans des activités politiciennes. Je n’ai pas à prendre position pour ou contre un candidat à une élection présidentielle ou autre. Je sais que mon silence et ma réserve dérangent ceux qui cherchent le moindre prétexte pour parler de moi, et je continue à me tenir à l’écart des querelles politiciennes.

www.lemohelien.com: Pourtant, on continue à voir votre main partout.

Hamada Madi Boléro: Comme si c’était nouveau! Oui, comme si c’était nouveau! Je ne suis candidat ni à la présidence, ni à la vice-présidence. Je ne brigue pas le Gouvernorat de Mohéli. Je ne m’exprime pas sur des sujets politiques de nature à soulever les passions et les polémiques. Pourtant, je ne pourrais pas empêcher les gens de parler et de dire ce qu’ils veulent dire.

www.lemohelien.com: Justement, à Marseille et ailleurs, le candidat Fahmi Saïd Ibrahim vous a accusé d’avoir réuni plusieurs personnes et d’avoir lancé un mot d’ordre, «tous sauf Fahmi Saïd Ibrahim», et surtout d’avoir orchestré l’invalidation de la candidature d’Ahmed Sambi. En plus, vous êtes au courant de ces accusations et vous n’avez pas réagi.

Hamada Madi Boléro: Pour être au courant, je suis au courant, et pour réagir, je n’ai pas réagi. Naturellement, je rejette en bloc ces accusations à la fois grossières et sans fondements. Ce qui me pousse à fournir quelques précisions. En mai 2015, j’étais en visite à Antananarivo, sur l’île de Madagascar, en compagnie de Mmadi Ali, alors Conseiller privé du Président Ikililou Dhoinine. Un jour, nous étions accompagnés de Caambi El Yachouroutu Mohamed, Ambassadeur des Comores à Madagascar, et nous avions été reçus par les Ambassadeurs des États-Unis d’Amérique et de la Fédération de la Russie, deux pays dont les Ambassadeurs accrédités aux Comores ont leur résidence à Antananarivo. Sans forfanterie, je signale que mes relations avec les autorités de la Fédération de Russie, pays héritier de l’ex-URSS, où j’ai fait mes études supérieures en Droit et Relations internationales, ont toujours excellentes! Au cours de l’entretien, l’Ambassadeur de Russie me demanda à brûle-pourpoint, mais je sentais qu’il avait bien mûri sa question: «Connaissez-vous un Député qui s’appelle Fahmi Saïd Ibrahim?». Je répondis par l’affirmative, et toujours en présence du Conseiller Mmadi Ali et de l’Ambassadeur Caambi El Yachouroutu Mohamed. L’Ambassadeur de Russie enchaîna: «À Paris, le Député Fahmi Saïd Ibrahim (ainsi qu’un autre candidat à l’élection présidentielle comorienne de 2016) s’est adressé à l’Ambassadeur de Russie en France et lui a expliqué qu’il serait candidat aux élections présidentielles aux Comores et qu’il souhaiterait que la Russie l’aide en lui accordant une grosse somme d’argent dans la perspective de l’élection présidentielle. En contrepartie, Fahmi Saïd Ibrahim a dit à l’Ambassadeur de Russie que la Russie aurait “carte blanche” aux Comores s’il était élu Président». L’Ambassadeur de Russie, en diplomate chevronné et qui connaît bien son affaire, lui expliqua que la Russie entretenait depuis toujours d’excellentes relations avec les Comores et qu’elle avait déjà «carte blanche aux Comores; la Russie n’a pas encore les moyens adéquats pour intervenir aux Comores, sinon elle n’a pas besoin d’une autre “carte blanche”». Ensuite, l’Ambassadeur russe lui a posé la question suivante: «Mais, vous êtes bien Fahmi Saïd Ibrahim, celui qui soutient la candidature de l’ancien Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, non?». Et Fahmi Saïd Ibrahim a répondu du tac au tac: «Oui, mais Ahmed Abdallah Mohamed Sambi ne sera jamais candidat en Grande-Comore: il est Anjouanais, et la tournante est en Grande-Comore». Pourtant, jusqu’à une date récente, il s’était transformé en avocat de la candidature d’Ahmed Abdallah Mohamed Sambi. Où sont la cohérence et la franchise dans de telles manœuvres? Je trouve donc qu’il y a manipulation et absence totale de sincérité. Comme je l’ai déjà dit et comme cela se sait, je ne suis candidat à rien et d’ailleurs, aux Comores, tout le monde sait que depuis longtemps, je me prends très rarement une quelconque position politique depuis que j’ai pris congé politique de mon parti politique. Comment donc, Fahmi Saïd Ibrahim peut-t-il se permettre d’imaginer que moi, qui suis de Mohéli, j’aurais réuni des gens ici, en Grande-Comore, pour leur dire «tout sauf Fahmi Saïd Ibrahim», d’autant qu’en 2006, c’est Fahmi Saïd Ibrahim qui fut mon avocat contre Ahmed Abdallah Mohamed Sambi lorsque le régime politique de ce dernier, en pleine confusion et en pleine hystérie, m’avait accusé d’avoir subtilisé une table basse, prétendue propriété de l’État comorien, alors qu’il allait s’avérer au Tribunal de Moroni que ladite table basse m’appartenait avant même que je ne sois nommé Directeur du Cabinet du Président Azali Assoumani en charge de la Défense.

www.lemohelien.com: En d’autres termes, vous n’avez aucune espèce d’animosité envers Fahmi Saïd Ibrahim et vous n’avez rien fait contre lui?

Hamada Madi Boléro: Faire quoi contre Fahmi Saïd Ibrahim et pour quelle raison? Je n’ai rien contre lui. Je ne suis pas en concurrence avec lui. Je n’ai jamais agi contre lui.

www.lemohelien.com: Et que répondez-vous à l’accusation selon laquelle c’est vous qui aurez rédigé l’arrêt de la Cour constitutionnelle par lequel la candidature d’Ahmed Sambi à l’élection présidentielle de 2016 a été invalidée?

Hamada Madi Boléro: Que répondre à la malveillance, au mensonge et à la calomnie? Je sais que Fahmi Saïd Ibrahim continue à dire que j’ai été l’auteur de l’arrêt de la Cour constitutionnelle invalidant la candidature d’Ahmed Abdallah Mohamed Sambi. Il faudra que ceux qui jettent l’opprobre sur cette institution sachent que la Cour constitutionnelle n’est ni unicolore sur le plan politique, ni aux ordres. Ses membres ne sont pas nommés par une seule autorité, et à la moindre manipulation, ceux-ci crieraient au scandale. Or, a-t-on entendu un seul membre de la Cour constitutionnelle m’incriminer de basses manœuvres et combines politico-juridictionnelles? Il faut lire l’arrêt de la Cour constitutionnelle pour savoir que son argumentation est entièrement fondée sur le plan juridique et qu’on n’avait pas besoin de lui tenir la main quand elle rédigeait son arrêt. S’il n’y a eu aucune réaction hostile de la part de la frange du peuple comorien soutenant Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, c’est parce que tout a été fait de manière correcte, et les Comoriens le savent. Dès lors, si un acteur politique dit ce qui l’arrange, en instrumentalisant mon nom, cela le regarde et je ne perdrai pas mon temps sur des choses inutiles. D’ailleurs, je me félicite de la maturité du peuple comorien, qui n’accepte plus qu’on vienne lui raconter n’importe quoi.

Propos recueillis par ARM

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© www.lemohelien.com – Mardi 19 janvier 2016.

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