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La Direction du Genre: étrange sexisme dans le sexisme

La Direction du Genre: étrange sexisme dans le sexisme

Célébration de la Journée de la Femme et nettoyage ethnique

Par ARM

   Il fut un temps, on respectait les femmes et on savait leur parler sans en faire trop. Elles n’avaient pas les droits qu’elles ont aujourd’hui, mais on savait au moins s’adresser à elles dans la déférence. Et quand, en octobre 1861, Moulay Ismaïl, Sultan du Maroc de 1672 à 1727, envoya El-Hadj Mohammed Temim en ambassade à la Cour de Louis XIV, à Versailles, l’Ambassadeur marocain se distingua notamment par son sens aigu de la diplomatie, mais aussi par sa capacité à prouver qu’une personnalité venue de la terre d’Islam avait une profonde considération pour la femme, en résumé d’une estime générale qu’elle jouissait dans les pays musulmans à l’époque, des pays alors considérés comme des «contrées sauvages et barbares». Aussi, quand une femme de la Cour lui reprochait-elle le fait de s’adresser à d’autres femmes de la Cour en dehors d’elle, il lui dit suavement: «Vous êtes la Reine; je ne dois plus que vous admirer et me taire». Quand une autre gente dame de la Cour lui reprochait le fait pour les Musulmans de pouvoir se marier à plus d’une femme et jusqu’à quatre épouses, il lui répondait délicieusement: «Si elles étaient faites comme vous, nous n’en prendrions qu’une seule». Il fut également un temps où les femmes étaient solidaires entre elles pour conquérir de nouveaux droits et pour célébrer ceux qu’elles ont pu obtenir.

   Or, aujourd’hui, à un moment où dans un calendrier de 365 jours, on ne reconnaît qu’une seule Journée à la Femme, il est des spectacles pour le moins déconcertants et désolants. C’est ainsi que le mardi 8 mars 2016, les Comores ont sacrifié à la coutume des célébrations de la Journée de la Femme, mais on se demande de quelle femme. Oui, de quelle femme? La Délégation du Genre a organisé son show pour célébrer ces femmes comoriennes qui ont eu l’audace de se présenter à des élections, même si elles les ont perdues. Mais, curieusement, la cérémonie a tourné au vaudeville et au café de commerce parce que tout avait été fait pour que celle-ci ait des relents de sectarisme et de «nettoyage ethnique». En effet, la Direction du Genre, censée promouvoir le statut de la femme comorienne, a tout simplement jeté dans une poubelle Mme Zahariat Saïd Ahmed (Photo). Pourtant, cette femme a été la première Comorienne à se porter candidate à une élection présidentielle aux Comores (en 2010), comme aujourd’hui, à Mohéli, les Mohéliennes Hadidja Aboubacar dite Maman et Mariama Haïdar dite Assianfa ont été les premières comoriennes à se porter candidates à une élection gubernatoriale. Il faudra sans doute dire aux Comoriens si être la première Comorienne à présenter une candidature à une élection présidentielle ne compte pas. Qu’on le dise, et les choses rentreront dans l’ordre.

   Le procédé de «nettoyage ethnique» n’a pas plu à tout le monde parce que Mme Zahariat Saïd Ahmed est une pionnière aux Comores. Elle a ouvert une voie à d’autres Comoriennes. Elle a chassé la peur et le complexe chez la Comorienne, en lui montrant qu’elle aussi peut se porter candidate à une élection présidentielle, et ce n’est pas rien. En effet, se porter candidate à une élection présidentielle dans un pays musulman conservateur qualifié même de «féodal» par les anciens révolutionnaires ne peut être que le fait d’une femme qui a de l’estomac. Et cela a été fait. Cela étant, si aujourd’hui, beaucoup de personnes aux Comores voient rouge et ne comprennent pas l’horrible discrimination ethnique dont Mme Zahariat Saïd Ahmed fait les frais, c’est parce que injustice raciste, il y a. Pourtant, Mme Zahariat Saïd Ahmed était bien présente à la cérémonie du mardi 8 mars 2016, mais pour recevoir, par procuration, le «Prix» attribué à une de ses amies. Ce racisme entre Comoriennes n’augure rien de bon, et il serait temps de se poser des questions sur la nécessité d’organiser des cérémonies de discrimination et d’exclusion d’une catégorie des Comoriens et des Comoriennes. Aujourd’hui, celles et ceux qui sont révoltés par la discrimination dont est victime Mme Zahariat Saïd Ahmed ne voient pas en elle une Mohélienne, mais une Comorienne à part entière. Et l’immense mépris et la désagréable méprise du mardi 8 mars 2016 ne sont qu’un maillon dans une immense chaîne d’injustices ethniques sur lesquelles il faudra se pencher un jour, à un moment où, aux États-Unis, le cinéaste afro-états-unien Spike Lee vient de pousser un immense de cri mondial d’indignation sur l’absence d’acteurs noirs nominés lors de la dernière cérémonie des Oscars (2016).

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Samedi 12 mars 2016.

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