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La France et le nouveau dispositif de sécurité à Mayotte

La France et le nouveau dispositif de sécurité à Mayotte

Le nouveau dispositif en matière de sécurité et d’immigration

Par ARM

     Au-delà de l’anecdote, savez-vous ce qui différencie les Mahorais des habitants des autres îles de l’Archipel des Comores? La réponse est très simple. À Mayotte, les invités, les hôtes de marque et les autorités ont droit à des colliers de vraies fleurs, souvent au jasmin ou avec du jasmin, pendant qu’à Mohéli, Grande-Comore et Anjouan, on accroche au cou de ce beau monde des colliers en fleurs en plastique, qui peuvent avoir une durée de vie comprise entre 5 et 10 ans. D’ailleurs, à Mohéli, on n’hésite plus à faire venir du jasmin de Mayotte en certaines circonstances. Et puis, des fois, on se demande pourquoi il faudrait gaspiller du temps, de l’énergie et de l’argent pour faire des colliers de fleurs naturelles aux bandits qui mettent les Comores à feu et à sang. Les Marocains disent qu’on n’accroche pas au cou d’une chèvre un collier de perles, et les Mohéliens ont toujours glosé sur le rat qui traîne une barre de fer. Ces considérations florales ne signifient pas que la vie est en fleurs aux Comores, tant s’en faut. Les Comores nous rappellent cet éditorial au vitriol d’Ignacio Ramonet sur l’Afrique: «La vision de ce continent proposée par les grands médias, en particulier par la télévision, accrédite l’idée qu’il est devenu une succursale de l’enfer, inlassablement parcouru par les quatre cavaliers de l’Apocalypse. Les médias ne l’évoquent qu’à l’occasion de massacres, de pandémies, de cataclysmes, de famines et ils finissent par inscrire, dans l’imaginaire collectif, l’idée que le continent noir est un cas perdu»: Ignacio Ramonet: Combats pour une renaissance, in Afrique des malédictions, espoirs des Africains (Dossier), Le Monde diplomatique, Paris, mai 1993, p. 3.

     Cette Afrique est celle des Comores, celles des Comoriens qui veulent fuir la misère qui sévit dans leur pays, pour l’Eldorado de Mayotte, en raison du décalage du niveau de développement entre Mayotte, restée sous souveraineté française, et les trois autres îles devenues indépendantes, mais d’une «indépendance de drapeau», selon la célèbre formule de Julius K. Nyerere, alors Président de la Tanzanie. Quand on est face à ces différences de niveau de développement, on aborde la problématique de la migration: on quitte un pays pauvre pour aller vers un pays riche. Or, nous apprend Charles Condamines, «en tout état de cause, le rattrapage des niveaux de vie des pays occidentaux par les pays en voie de développement demandera beaucoup de temps et d’argent. Si l’on extrapole les taux de croissance du revenu par habitant observés entre 1985 et 1994 en Tunisie, au Maroc ou au Mali, il faudra 123 ans aux Tunisiens pour atteindre le niveau de vie actuel des Français, 253 ans pour les Marocains et 456 pour les Maliens. Rappelons que ces derniers disposent d’un revenu annuel 100 fois inférieur à celui des Français»: Charles Condamines: Immigrations, intégration et politique de coopération. Les illusions d’un codéveloppement sans moyens, Le Monde diplomatique, Paris, avril 1998, pp. 14-15.

     Le Nord et le Sud. Habituellement, le Nord et le Sud se trouvent dans des espaces géographiques différents, le Nord étant plus développé que le Sud. Or, dans le cas des Comores, sur le même territoire, on a un Sud (Mayotte) plus développé que le Nord, et cela engendre la confusion. Les Comores revendiquent Mayotte, mais Mayotte ne veut plus entendre parler des Comores. Les Comoriens se rendent massivement à Mayotte, qu’ils considèrent comme une île comorienne, alors que les Mahorais sont des citoyens français qui s’éloignent chaque jour des Comores. Si on doit se dire la vérité dans le blanc des yeux, on doit admettre que le comportement de tous les Comoriens vivant à Mayotte n’est pas toujours exemplaire, et aux Comores, personne ne veut être «envahi» par des voisins se croyant en pays conquis et qui détruisent tout à leur passage. Les Mahorais se plaignent, et la France est obligée de promettre la fermeté, surtout en cette période électorale, quand le Front national est en embuscade sur le lagon de Mayotte.

     Ce que dit la presse de Mayotte à ce sujet est à prendre en considération. Ce lundi 3 octobre 2016, on lit sur le journal Flash Infos Mayotte ce qui suit:

     «Sécurité: Ericka Bareights promet du changement

     Dans son discours sur le volet immigration du plan sécurité mis au point par le gouvernement, la ministre de l’Outremer a promis quelques nouveautés à l’horizon 2017 et après.

     Tout d’abord, elle a réaffirmé l’engagement de l’État sur le plan de la lutte contre l’immigration clandestine en mer. “L’engagement de l’État est total”, sur cette question, a-t-elle martelé. Mayotte devrait ainsi disposer bientôt d’un radar digne identique à celui du porte-avion Charles de Gaulle. Elle a parlé d’un “dispositif unique sur tout le territoire national”, qui a déjà permis de reconduire, en moyenne 18.500 personnes par an depuis 5 ans. Un dispositif qui aujourd’hui devient perméable avec l’utilisation de moteurs plus puissants par les réseaux de passeurs ou encore de technique de dissimulation à l’intérieur de barques de pêcheurs. Afin de remédier à cela, la ministre a promis à la fois plus de patrouilleurs de la marine nationale, une vedette supplémentaire pour la gendarmerie et aussi l’homogénéisation des moyens de circulation maritime des brigades pour faciliter les commandes et l’entretien du matériel.

     Elle s’est engagée à ce que les services augmentent le temps de surveillance des côtes avec la possibilité début 2017 d’utiliser des drones pour la surveillance des littoraux. Elle a enfin évoqué une étude en cours pour trouver le meilleur site d’implantation d’un ponton de la gendarmerie sur la zone Nord de Mayotte afin d’être plus rapidement sur site en cas d’intervention au Nord et à l’Ouest. Il est aussi question d’intensifier, sur de courtes périodes, et de manière ciblée, la présence de la Légion étrangère. La dernière annonce en matière de défense du territoire concerne la nomination d’un élu référent dans chaque commune pour communiquer les informations locales et aiguiller les forces de l’ordre. Son ambition est que les forces d’interception “interviennent le plus rapidement possible pour garantir un meilleur niveau de protection de nos frontières”».

     Adrien Theilleux: Sécurité: Ericka Bareights promet du changement, Flash Infos Mayotte n°3958, Mamoudzou, lundi 3 octobre 2016, p. 6.

     D’habitude, quand on prend de telles mesures, c’est pour faire face à un État belligérant ou à une organisation terroriste. Mais, ici, «l’ennemi» est le Comorien de Grande-Comore, Mohéli et Anjouan. À l’heure qu’il est, on s’intéresse aux effets, mais personne ne parle des causes, les causes qui ont conduit les Mahorais à ne plus vouloir être considérés comme des Comoriens, et les causes qui poussent des Comoriens à braver la mort dans le bras de mer entre Anjouan et Mayotte pour fuir un pays qui n’est confronté ni à la sécheresse, ni à la famine, ni à la guerre.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Lundi 3 octobre 2016.

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