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La Mahoraise Halima Laza, des Chatouilleuses, n’est plus

La Mahoraise Halima Laza, des Chatouilleuses, n’est plus

Décès d’une des plus grandes figures d’une Histoire mouvementée

Par ARM

     «À Dieu nous sommes, à Lui, nous retournons». La Mahoraise Halima Laza Mzé n’est plus. Elle vient de nous quitter. En disparaissant, elle rappelle aux habitants des quatre îles de l’archipel des Comores les avanies qui ont conduit à l’implosion dudit archipel et au choix fait par Mayotte pour rester sous souveraineté française, pendant que les autres îles choisissaient une indépendance complètement ratée, ce type d’indépendance que l’ancien Président Julius K. Nyerere de Tanzanie qualifiait sarcastiquement d’«Uhuru Wa Bandria», «Indépendance de drapeau»: on a un drapeau multicolore et on se prend pour un «État indépendant». Voire…

     Pour résumer une histoire très compliquée, notons que depuis la fin des années 1950, l’île de Mayotte était en ébullition. Elle estimait à juste titre qu’elle est discriminée, méprisée et marginalisée. En 1958, quand la France consulte ses populations d’outre-mer, les Mahorais disent haut et fort que si les autres Comoriens étaient favorables à l’indépendance, eux la rejeteraient. Les Comoriens rejettent majoritairement l’indépendance. Par la suite, alors que Saïd Mohamed Cheikh est Président du Conseil du gouvernement, la capitale du pays est transférée de Mayotte à la Grande-Comore. Mayotte se révolte. Saïd Mohamed Cheikh est lapidé à Mayotte en 1966. Dès qu’un Mahorais se montre favorable aux autorités de Moroni, il est chatouillé à mort par les Chatouilleuses de Mayotte. Chatouiller quelqu’un est horrible, peut tuer, mais où est ce Code pénal qui interdit de chatouiller quelqu’un? En d’autres termes, les Mahoraises ont choisi une horrible punition qui n’est pas sanctionnée par le Droit. C’est très intelligent. Des Chatouilleuses, on connaît surtout Zena Mdéré, Zena Méresse, Bweni Mtiti, etc. Mais, il y a les autres, et elles sont nombreuses, et parmi elles, Mme Halima Laza.

     Pour comprendre l’engagement de Mme Halima Laza, nous nous permettons de reprendre l’article de Zaïdou Bamana, article publié sur le magazine Flash Infos Mayotte:

     «Disparition. Hommage au “Colonel Laza”.

     Le décès de Mme Halima Laza Mzé, survenue ce lundi 5 septembre 2016 à l’hôpital de Mamoudzou plonge la population mahoraise dans le souvenir exaltant du combat des Chatouilleuses. Décédée lundi et inhumée dans sa ville d’adoption, Labattoir, Mahalaza Ali, également connue sous le nom de Halima Mzé était une fervente combattante pour le maintien de Mayotte dans la nation française, elle a œuvré aux côtés de Zéna M’déré et Zaïna Méresse. C’est une figure historique qui s’est éteinte, provoquant la tristesse de sa famille au sud de Mayotte et en Petite-Terre et l’émoi chez les Mahorais qui voient ainsi disparaître l’un des derniers témoins de l’histoire du séparatisme mahorais.

     Née à Kani-bé, “Laza” pour les intimes gagne ce surnom de son caractère farouche, une indomptable attachée viscéralement à la liberté dès son adolescence. Ce tempérament trempé dans l’esprit d’autonomie et le besoin d’émancipation l’amène à quitter à l’âge tendre son village natal pour gagner les feux de la ville. Ce sera en Petite-Terre, à Labattoir qu’elle élit domicile à une époque où les voyages pour la jeunesse mahoraise, et spécialement pour les femmes, n’étaient qu’un rêve inaccessible, faute de routes goudronnées et de moyens de déplacement motorisés. Femme libérée avant la lettre, au moment de la décolonisation, Halima Laza assouvira sa quête de découverte de nouveaux horizons en faisant le voyage à Madagascar, destination phare pour celles et ceux qui se sentaient à l’étroit dans une île enclavée, insupportable aux âmes sensibles à l’appel du progrès et de la modernité.

     À son retour à Mayotte, elle est happée comme toutes les jeunes femmes de sa génération par la passion de la lutte politique incarnée par le Mouvement populaire mahorais (MPM), parti révolutionnaire en rébellion contre le gouvernement comorien. Remarquée pour sa bravoure, elle portera le titre de colonel, au sein du Commando des Chatouilleuses, fer de lance du Mouvement des femmes pour la séparation te Mayotte des Comores et pour l’ancrage dans la France. Laza Mzé a alors le feu sacré chevillé au corps. Son amour pour son neveu Younoussa Bamana, alors député et porte-parole du MPM, était aussi fortement enraciné que son engagement indéfectible pour la défense de son île. La population a toujours vu en elle une combattante infatigable, toujours présente aux premières loges lors des événements importants qui ont forgé le destin de Mayotte dans les années 60 et 70, aux côtés des égéries de la lutte pour la départementalisation.

     Sa famille à Kani-bé gardera le souvenir d’une femme volontaire, déterminée, que sa frêle silhouette rendait intrépide, telle une redoutable féline à l’avant-garde de l’éveil des matrones lors des manifestations pacifiques audacieuses qui ont valu à nos mères courage bastonnades, matraquages, charge de dispersion à la grenade offensive, emprisonnements et privations de toutes sortes au plus fort de l’insurrection mahoraise combattue en vain par un gouvernement autoritaire, spoliateur, servi par les armes d’une milice comorienne brutale aux ordres d’un régime dictatorial et colonisateur.

     “Colonel Laza” s’est éteinte ce lundi 5 septembre 2016 à l’hôpital de Mamoudzou à l’âge de 84 ans. Son entourage savait sa santé fragile depuis plusieurs années, séquelles des années de militantisme qui le portait naturellement aux quatre coins de l’île, à chaque fois que le destin de Mayotte était en jeu, notamment lors des rassemblements unitaires précédés du fameux “maoulida chengué”, manifestation traditionnelle récupérée politiquement pour symboliser, par la parole divine et les gestes gracieux, le patriotisme mahorais. Ses obsèques ont eu lieu à 15 heures. C’est avec tristesse que M. Frédéric Veau, Préfet de Mayotte, a appris le décès de cette grande dame, mince comme un roseau mais d’une exceptionnelle endurance, qui a toujours honoré de sa présence les invitations des représentants de l’État successifs. Plusieurs centaines de personnes se sont déplacées à Labattoir pour rendre un dernier hommage à une des dernières “Chatouilleuses”.

     Certains Mahorais n’ont pas manqué de compatir à l’annonce du décès de cette héroïne “non reconnue à sa juste valeur”, allusion aux nombreuses militantes qui ont terminé leur vie dans un relatif dénuement. “La dame aux pieds nus”, le dernier surnom qui la caractérisait, par affection, a elle aussi montré à la jeunesse mahoraise, garçons et filles, “la voie de la libération, de la dignité et du courage dans l’engagement”, selon l’expression d’un internaute. Comme le souligne une digne représentante des “nouvelles chatouilleuses”, Coco Laza est partie, “avec la fierté d’avoir accompli une mission, celle d’avoir existé pour une cause, d’avoir combattu pour le futur de tout un peuple”. Laza, comme ses nombreuses congénères, fut un exemple pour toutes ces femmes mahoraises iconiques qui ont fait la force patriotique de Mayotte dans les pires moments et qui feront son avenir radieux dans l’unité.

     Mayotte Hebdo présente ses sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

     Zaïdou Bamana».

     Zaïdou Bamana: Disparition. Hommage au “Colonel” Laza, Flash Infos Mayotte n°3940, Mamoudzou, 6 septembre 2016, p. 4.

     Aux Comores, on estime que Mayotte est une terre comorienne. À Mayotte, on considère que les Mahorais ont le droit de choisir leur destin. En tout cas, chacun célèbrera et enterrera les siens. Que les «vrais et bons Comoriens» reconnaissent aux Mahorais le droit de faire des Chatouilleuses des héroïnes. Et que les Mahorais reconnaissent aux gens des autres îles le droit de célébrer leur «pouvoiriste» et leurs voleurs d’argent public et d’élections.

Par ARM

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© www.lemohelien.com – Jeudi 8 septembre 2016.

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