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La tournante : un système d'exclusion

La tournante serait- elle une exclusion juridique à la participation ?
Au regard de la tournure que prend le débat malsain sur la candidature d’un comorien non originaire de Ngazidja, il se cache une pensée systématisante voire discriminatoire très dangereuse mais que les intellectuels, la société civile comme les politiques refusent de voir et de combattre.
En effet en 2001, parmi les motifs ou  »esprit » qui on animé les débats à Fomboni et qui ont conduit à l’élaboration de notre Constitution, il y avait la nécessité acceptée de tous d’avoir une loi fondamentale réconciliant les intérêts particuliers de chaque entité territoriale nationale, intérêts non pris en compte par le système fédéral et qui auraient nourri les velléités des séparatistes mohéliens et anjouanais.
La constitution a intégré très largement ces particularités d’intérêts insulaires ignorés à travers la  »large autonomie » reconnue à chaque entité et fixée au bon vouloir de chacune dans sa loi statutaire corolaire tout en préservant l’unité et la souveraineté de l’Etat nation comorienne réaffirmée dans les lois votées par l’Assemblée nationale et les autres institutions étatiques établies depuis. 
Il est vrai qu’à travers notre histoire, certains Comoriens, selon leur localisation géographique, se sentaient éloignés, exclus voire ignorés des centres de décisions politiques. 
Cela a engendré au cours du temps des frustrations énormes mal prises en compte, d’abord, par les responsables coloniaux au temps de la domination coloniale directe, peut-être pour être exploitées plus tard comme moyen de nous diviser et de nous séparer, ( »consultation des populations » voulue par la France, après le référendum d’autodétermination de 1974, ensuite par les gouvernants successifs depuis l’indépendance, il y a 40 ans qui n’ont pas assez intégré les aspirations basiques de la population dans leur politique et ont échoué dans les objectifs naturels globaux tels que la consolidation de l’unité nationale, de la démocratie, de la construction d’un État central compétent, de la garantie de l’égalité de chance de tous les citoyens par l’éducation et l’enseignement, d’une justice fiable et impartiale pour tous. Ce qui aurait fait éclore une nouvelle société comorienne fière de sa souveraineté acquise, confiante en ses dirigeants et en l’avenir.
Jusqu’à aujourd’hui, devant l’échec de nos politiques dans notre système éducatif, sanitaire, énergétique, économique, financière et sociale, ces frustrations que l’esprit de la tournante pensait pouvoir vaincre vont en grandissant car ni l’autonomie des entités n’est acquise ni le séparatisme vaincu. Bien au contraire, celui s’est renforcé à travers l’expression xénophobe très opératoire  »yinou ndeyahatru ». Ainsi des droits élémentaires de participation à la vie politique, aux opportunités économique, judiciaires, etc, reconnus à chaque citoyen, sont conditionnés désormais à une appartenance régionale, insulaire et politicienne du citoyen et non plus à sa référence identitaire naturelle de comorien. 
Ainsi la tournante telle que pratiquée et administrée se résume en 15 ans de pratique par cette formule :  »Dis moi d’où tu es, je te lirai tes droits ». Ce système infamant et discriminatoire découle tout simplement de la lecture étriquée et myope que certains font de la tournante. Elle signe par la même occasion son arrêt de mort car aucune nation au monde, aucun gouvernement responsable ne peut admettre et poursuivre une politique d’apartheid systémique tous les cinq ans sur son territoire. 
La tournante comme procédure de sélection politique offerte tous les cinq ans à une ile de choisir trois candidats comoriens parmi toutes les candidatures déposées et validées par la Cour constitutionnelle pour se présenter aux élections présidentielles est une procédure économe et juridique équitable, une occasion pour chaque entité insulaire de jouer un rôle d’arbitre politique très important puisqu’elle impose aux autres entités son choix politique et que celles- ci sont juridiquement et constitutionnellement astreintes d’élire le président parmi un des trois du choix primaire. 
Sinon, la tournant n’a d’intérêt ni de valeur que là dedans. Dans cette acceptation, elle doit absolument être maintenue. Quand la tournante reste intégrante, participative et jointure, elle est salutaire, acceptable, défendable. Par contre, lorsqu’elle confisque, dépouille, discrimine et exclut comme c’est le cas pendant ces 15 ans, elle devient alors abjecte, infecte, détournante et polluante de divisions et de stigmatisations inacceptables aujourd’hui et demain.
Il faudrait donc l’absoudre car elle ne sert pas d’antidote mais de venin insidieux, fratricide et désopilante. Certains considèrent à tort la tournante comme un mécanisme politique efficace de partage et de participation de pouvoir. Ils défendent ongles et becs ce système qui a déjà montré ses limites et ses avantages (s’il y en a eu). Le pouvoir en place, soucieux de se maintenir au gouvernail, ne lui trouve que du bénéf oubliant les dégâts causés par ses serviteurs depuis 2002 à ce jour et qui se chiffrent en plusieurs milliers de milliards de francs partis dans les poches grâce aux règles instituées de la corruption jamais égalée et effectuée avec insolence à grand échelle. Il lui trouve même des vertus comme :  »garante de la paix et de la stabilité du pays ». 
Les militants du maintien de la tournante oublient sciemment que c’est Sambi et son pouvoir qui ont restauré cette paix et cette stabilité lorsqu’ils ont fait partir les séparatistes à Anjouan à partir de mars 2008. La tournante était l’œuvre d’Azali et de la CRC de 2001 à 2006 et pourtant les troubles, les violences et l’instabilité n’étaient pas recouvertes dans le pays. 
Pensez aux crimes perpétrés par Mohamed Bacar et ses hommes toute cette période. Non, soyons juste, ce n’est pas la tournante comme telle qu’elle est pensée et utilisée aujourd’hui qui assure la paix et la stabilité dans le pays, bien au contraire. Les frustrations, les privations, les confiscations comme les injustices socioéconomiques qu’elle a produits dans la populations par sa gouvernance en font un fossoyeur.
Et pourtant, il existe ailleurs d’autres mécanismes, d’autres systèmes de partage de responsabilités efficaces, solidaires, sûrs et unitaires. Je vais parler du système de gouvernance par quotas proportionnels de représentativité aux centres de décisions et d’exercice du pouvoir de l’Etat qui se pratique dans plusieurs pays. Ces types de dispositions de partage de pouvoir, qui ne remettent pas en cause l’unicité nationale,sont essentiels pour garantir les droits inaliénables des diverses entités nationales et pour empêcher qu’ils soient violés soient par une autre entité, ou une majorité politique quelconque ou par la domination d’une élite au pouvoir. Ces systèmes efficaces existent en Malaisie, en Indonésie, en Inde, au Canada, etc.
En fait, aucune politique dans un pays insulaire n’est dénuée de complexité mais l’expérience de nombreux pays montre qu’il existe des solutions innovantes et très acceptables qui n’ont en aucun moment remis en cause l’unicité et la souveraineté d’aucune nation. Nous devons absolument nous en inspirer. Il y va de notre survie en tant qu’Etat nation.
Mhoumadi Sidi IBRAHIMA.

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