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Le centième anniversaire de la révolte de Mboude et de la mort de Massimu

Lassée par les injustices et les humiliations imposées par les colons, la population de Mboudé provoqua des violentes émeutes en juillet 1915. Celles-ci allèrent se propager dans l’île de la Grande-Comore, plus particulièrement dans le Dimani, où Massimu, Mtsala et Ahmadou Patiyara seront froidement assassinés par les milices du résident (RAZIDA) à Samba Madi, le 30 août 1915. La cause directe de ces « troubles de Mboudé » fut la collecte de l’impôt de capitation (patente) imposé par le botaniste français, Léon Humblot. Cumulant les fonctions de représentant officiel de la France, Président du seul tribunal de Moroni, directeur de la plus grande société de l’archipel (SCB : Société coloniale de Bambao) et commandant d’une milice armée, Humblot, le « sultan blanc » s’est imposé comme le Tibé de la Grande-Comore entre 1889 et 1896. Ces multiples fonctions lui permirent d’instaurer en janvier 1892, l’impôt de capitation. Obligatoire à tous les sujets majeurs et valides résidant aux Comores, cette taxe imposée à la population sans concertation fut mal reçue par l’opinion publique comorienne. Malin, rusé et déterminé à s’approprier toutes les richesses comoriennes, le « sultan blanc », qui fut d’ailleurs le seul et unique maître de l’estimation du produit remis, se faisait souvent payer en nature, relativement plus facile pour les habitants, et plus avantageux pour lui : corvée dans sa société, lopin de terre, cabris, zébus…

Les résidents qui lui succédèrent vont supprimer ce genre de paiement. Paysans pauvres, spoliés de leurs terres et vivant dans une économie de troc, beaucoup d’entre eux n’avaient pas les moyens de payer les 2,5 roupies annuelles réclamées par l’administration coloniale. Tous ceux qui ne purent se procurer le montant de l’impôt furent astreints à la corvée ou à la clandestinité. D’autres préférèrent prendre le chemin de l’exil. Martin (1983) avance le chiffre de 15 000 personnes qui furent contraintes de quitter les Comores, plus particulièrement la Grande-Comore, entre 1889 et 1904. Ceux qui n’avaient pas les possibilités de s’exiler furent humiliés par les agents chargés de collecter cette taxe. Enchaînés et attachés les uns les autres par une corde à bœuf (chebouni), ils furent conduits comme des animaux vers les chefs lieux. Un jour de juillet 1915, correspondant à un jour du mois sacré de ramadan, le chef du district du nord, un malgache au nom de Ratolojanahary, envoya les gardes indigènes dans le village de Djomani, deuxième ville de la région de Mboudé. Ces agents furent chargés d’arrêter ceux qui n’ont pas pu s’acquitter de leurs impôts. Arrivés dans ce village, ils réquisitionnèrent une maison et l’aménagèrent en prison. Hommes et femmes y furent entassés. Parmi ces prisonniers, il y avait une femme enceinte et à terme. Sa situation devint de plus en plus inquiétante. Les hommes qui furent emprisonnés avec elle demandèrent sa libération. Cette demande fut rejetée et les femmes présentes se levèrent et firent cercle autour de ladite femme qui était au point d’accoucher. Exaspérés par ce traitement inhumain, les hommes ont, quant à eux, choisi la mort à l’humiliation « KAYIRI HOUFA RAHANA OUWONA HAYA ».

Soudainement, ils déclenchèrent une rébellion. Les gardes indigènes furent désarmés et la route reliant Moroni Mitsamihouli fut coupée. Sous les ordres des notables de Mboudé, unis comme une seule personne, tous les enfants (wanamdji) de Mboudé furent appelés au secours et se sont tous dirigés vers Djomani. La nouvelle se répandit dans les « 7 Ngazidja » et les émeutes de Mboudé se propagèrent dans l’île de la Grande-Comore. La révolte prendra une autre dimension dans le Dimani. La répression fut féroce : Massimu, Mtsala et Hamadi Patiyara tombèrent sous les balles des colons le 30 août 1915. Plus de 80 Comoriens furent déportés à Maoré, Sainte-Marie et Noussi-Lava (Kana-Hazi, 1997). Une bonne partie d’entre eux fut originaire de la région de Mboudé. Selon Moussa Said (1983), le célèbre poète comorien, Ivessi Mgomdri (Bangoula), faisait partie de ces déportés. Bien que, d’une part, les colons aient décidé de réprimer dans le sang cette révolte, d’autre part, ils avaient aussi choisi la voie de la négociation. En effet, cette révolte s’est déclenchée dans un moment difficile pour la France. En guerre contre l’Allemagne, la France avait opportunément besoin de ses colonies.

Elle enrôla, souvent par la force, des milliers d’Africains dans son armée. Comme dans la plupart, des pays africains, aux Comores, plus particulièrement dans le Mboudé, les campagnes de recrutement (Kouriya) furent tumultueuses. Pour apaiser la situation, le Gouverneur général dépêcha un inspecteur à Moroni. Celui-ci fut chargé d’apaiser la situation. Pour ce faire, il préféra jouer la carte de la notabilité. Le Prince Said Houssein de l’Hinya-Mdombozi et arrière petit fils d’Ouma-Dari, l’un des sultans de Mboudé, s’est proposé d’aller discuter avec les notables de cette région. La notabilité de Mboudé exposa ses doléances et accepta de remettre les fusils confisqués au prince Said-Hussein. En contrepartie, l’administration française s’est engagée à supprimer certaines taxes, notamment celles imposées aux pirogues et aux femmes. Le personnel administratif qui s’est distingué par sa cruauté à l’égard de la population fut remplacé. Telle est la révolte de Mboude. Frères comoriens, n’oubliez pas ceux qui se sont révoltés pour la dignité du peuple comorien. J’invite mes frères de Mboudé et surtout ceux de la ville de Djomani à s’approprier de cette Histoire. Je fais un rêve que le 101e anniversaire de cette révolte sera fêté dans cette ville épicentre de cette révolte historique.

Docteur Abdou Katibou

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