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«Le changement espéré ne viendra pas d’une élection»

«Le changement espéré ne viendra pas d’une élection»

Interview exclusive de Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah

Président du Parti Comores Alternatives (PCA)

www.lemohelien.com: Que faites-vous encore en Espagne, loin de Paris, où vous avez vos habitudes? Il se chuchote et se murmure que vous y menez une intense activité politique, et les Comoriens voudraient savoir si pouvez leur en dire plus à ce sujet.

       Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Je vous remercie de m’avoir accordé cette interview, vous et votre équipe qui gérez le site d’information, lemohelien.com. Je suis en Espagne, dans une ville située non loin de la frontière française, avant d’aller aux Comores, la semaine prochaine Incha Allah. Je continue mes contacts politiques, dans différentes régions de France et dans d’autres pays d’Europe. Les Comoriens doivent savoir que le changement qu’ils espèrent tant ne viendra pas d’une élection. Les dernières élections présidentielles ont été, peut-être, une promenade pour les autres, mais pour nous, un engagement de longue date et de vie qui nous empêche de nous consoler d’un résultat né d’une décision inique d’une Cour constitutionnelle notoirement corrompue.

  www.lemohelien.com: Comme vous ne croyez pas au «changement venu d’une élection», vous êtes en Espagne pour acheter des armes et recruter des mercenaires?

       Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Votre humour noir fait partie de votre personnalité très spéciale, et je suis en train de me demander si vous plaisantez ou pas, si je dois rire ou pas. Je ne suis pas un adepte du putschisme, et je ne souhaite pas être arrêté à mon arrivée aux Comores sous prétexte de complot. Des fois, vous rendrez d’énormes services à un tas de gens si vous pouviez vous taire et ne pas dire tout ce que vous voulez.

 www.lemohelien.com: Nous sommes en démocratie, et je parle comme je veux. Par ailleurs, comme vous êtes actuellement en Espagne, on ne peut pas vous accuser d’avoir été à l’hôtel de Bellou, Directeur du Cabinet d’Azali Assoumani chargé de la Défense, qui était de passage à Paris. Mais, rien ne vous a empêché de l’appeler clandestinement pour vous prosterner et faire une allégeance larmoyante à votre chef commun au téléphone. Tout le monde voulait le voir, Bellou, et certains se cachent pour aller se prosterner devant lui afin d’être reçus par Azali Assoumani lors de son prochain passage à Paris. Tel est votre cas?

       Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Comment faites-vous pour être aussi méchant et toujours mauvaise langue, même en prenant de l’âge? En réalité, on ne doit pas se cacher pour rencontrer ou téléphoner au Directeur de Cabinet à la Présidence de l’Union des Comores. Je parle de ceux qui désirent le faire. C’est une autorité politique comorienne. Je ne vois pas où est le problème si un acteur politique souhaite le rencontrer ou l’appeler au téléphone.

Personnellement, je ne l’ai pas fait, et cela, pour plusieurs raisons, mais surtout je ne demande rien et je n’ai rien à demander. Par contre, je vous propose d’être compréhensif envers les hommes et femmes politiques qui dirigent notre pays aujourd’hui et ceux qui veulent s’approcher d’eux. Ce sont vos compatriotes. D’une façon ou d’une autre, vous travaillerez un jour avec eux, pour l’intérêt supérieur de notre jeune nation. Les Comores ne peuvent pas se passer de leurs enfants, surtout du plus diplômé d’entre eux. Pour vous, travailler avec le régime politique d’Azali Assoumani est un crime et une haute trahison. Je ne pense pas que cela soit le cas. Chacun est libre de faire, de travailler et collaborer avec qui il veut. Ce sont tous des Comoriens et personne n’est meilleur que les autres.

 www.lemohelien.com: Pensez-vous donc? Moi, ce que je déplore, ce sont ces cachotteries et ce jeu de cache-cache imprégné de mendicité. C’est indigne. Les «opposants» qui draguent Azali Assoumani vont voir leurs amis de l’opposition, jurant qu’ils sont toujours dans l’opposition. Croyez-vous que cet hermaphrodisme politique milite en faveur des «opposants», à un moment où l’œcuménisme politique de ces «opposants» «navigateurs» exaspère bien de Comoriens? Où en êtes-vous vous-mêmes?

       Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Je n’aime pas le mot «draguer» que vous collez à certains opposants comme si faire de la politique est une sorte de prostitution. Cette manière de dire et de faire fausse le rôle de l’homme ou femme politique qui fascine et attire par ses idées, ses ambitions et ses engagements. J’estime que ceux approchent Azali Assoumani ont des idées ou des projets à lui soumettre afin de l’aider à mieux gérer notre pays. Pour moi, cela n’est pas nouveau pour nos hommes et femmes politiques, quoique je ne partage pas cette approche tactique. Nous restons dans l’opposition, en cherchant la meilleure solution pour faire sortir notre pays du gouffre. Je laisse chaque acteur politique comorien agir à sa guise et à sa façon, et je n’ai aucune leçon à donner ou recevoir.

www.lemohelien.com: Houmed Msaïdié a rendu compte à l’opposition de ses entretiens avec Azali Assoumani. Abdou Souefou, qui était son bras droit il y a encore quelques mois avant de faire allégeance à Azali Assoumani, veut être le transfuge en chef, et le dénonce devant l’opposition pour le discréditer. Sincèrement, est-ce une manière honorable de faire de la politique?

       Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: Je ne m’autorise jamais à porter un jugement sur les gens, plus particulièrement les hommes et les femmes politiques, surtout de notre pays. La politique, comme vous le savez bien, est très complexe, et la stratégie que mènent les uns et les autres est différente selon les objectifs qu’on cherche à atteindre. Il y a celui qui fait de la politique un moyen de survie et qui ne peut pas avoir d’états d’âme, pour des considérations d’idéologies ou d’idées, qui sont futiles à ses yeux. Il y a celui qui fait de la politique par conviction, avec l’ambition d’aboutir à un idéal qui consiste à améliorer la vie de son peuple. Ce dernier peut tout sacrifier sauf son idéal, qui se confond souvent avec lui et sa vie. Parfois, il y a des gens qui croient qu’un homme politique patriote n’a pas de cœur, de vie de famille, de désir de belle voiture, de belle villa et d’autres choses. Mais, non! Il a aussi, comme tout le monde, ses besoins, mais l’avenir de notre patrie passe avant toute chose, car c’est le sens de la vie d’un homme ou d’une femme politique. C’est comme le soldat qui va au front en sachant qu’il risque de mourir en laissant sa famille et les plaisirs mondains derrière lui, pour défendre sa patrie. Il ne suffit pas d’avoir un idéal, mais aussi d’être capable de le mettre en œuvre, en conquérant le pouvoir, étape fondamentale d’un combat politique. Cette conquête de pouvoir peut, dans certains cas, passer par une voie immorale si cela est votre question, et le peuple ne pourra apprécier que la finalité.

www.lemohelien.com: Que vous inspire ce lugubre événement d’un Djaanfar Ahmed Saïd Hassani, n°2 du régime politique actuel, qui doit assurer l’intérim de son chef à la Présidence de la République, mais qui s’en cache pour voyager vers l’Amérique latine sans le prévenir, avant d’être débarqué de force de l’avion par son chef dans des conditions qui font quand même honte?

       Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: J’ai appris cette information en me posant plusieurs questions, dont celle-ci: est-ce que cela est vrai? Je ne peux pas comprendre qu’un Vice-président de l’Union des Comores puisse aller à Mohéli ou à Anjouan sans que son chef ne soit informé. Je ne vous parle même pas d’un déplacement à l’étranger, dont l’information et la décision passent en conseil des ministres afin de saisir l’intérêt d’un tél déplacement. J’espère que cela fait partie de l’intox de ces informations que nous recevons sur notre pays. Si cela est vrai, cela veut dire uniquement que le pays va très mal, que la situation est très grave et a besoin d’une solution d’urgence afin d’aiguillonner notre peuple et nos dirigeants.

Je profite de cette question pour parler d’un autre événement relaté par les réseaux sociaux: la vente par le Directeur général des Comores Télécom de sa propre voiture d’occasion à la société qu’il dirige. C’est un comportement condamnable. Or, notre Justice n’a pas diligenté une enquête et nos acteurs politiques n’ont pas condamné ce comportement. Le Directeur général n’a pas formulé un démenti sur le document d’achat qu’il a signé et qui a été publié par les réseaux sociaux. Pourtant, cela marque clairement un conflit d’intérêts. Azali Assoumani, qui dit vouloir mettre les Comores dans la voie de l’«émergence», n’a pas réagi à ce comportement, qui salit l’image de notre pays et sape la confiance du peuple envers ses dirigeants. En France, pays qui sert de modèle de comportement politique, le fait pour un dirigeant d’avoir employé ses enfants est légal, mais de mauvais goût, et entraîne une démission. Cela doit nous servir de leçon de conduite dans nos affaires publiques.

www.lemohelien.com: Cette descente aux enfers vous donne toujours envie d’aller vous agenouiller devant Azali Assoumani, lui baiser les pieds et lui demander un poste, au nom de son «émergence», devenue la tarte à la crème?

       Saïd-Ahmed Saïd-Abdillah: À ma connaissance, personne ne s’est agenouillé devant Azali Assoumani, et je vous le dis par expérience. J’ai déjà travaillé avec Azali Assoumani, et il ne demande pas ce genre de choses que vous dénoncez. Vous pouvez l’aimer ou le détester, mais Azali Assoumani ne se comporte pas en demi-dieu, en Pape ou en chef spirituel tibétain devant qui on doit s’incliner et se prosterner. Je comprends vos doutes sur sa façon de gouverner, et c’est votre droit le plus absolu. Je ne partage pas la façon dont les Comores sont dirigées aujourd’hui. Mais, je n’ai aucune rage sauf envers moi-même. En effet, je me sens comptable du malheur qui frappe mon pays et coupable de ne pouvoir y apporter plus que moi-même, et je ne m’incline que devant Dieu.

Par ailleurs, je peux vous assurer que je ne cours pas derrière un poste ministériel ou autre, quoique cela ne soit pas indigne d’un homme ou femme politique d’avoir un poste politique au sein du gouvernement. Comme je l’ai souvent souligné ici, sur votre site d’information, notre combat politique ne ressemble pas à d’autre, et notre objectif ne se limite pas à un poste politique. Cet objectif n’est autre que le développement économique et social de notre pays, qu’on l’appelle «émergence» ou non. L’essentiel est la vraie intention de nos dirigeants. Nous espérons vivement que la notion d’«émergence» ne soit pas uniquement un slogan ou de la «tarte à la crème», comme vous le dites.

Prions pour le bien de notre pays, et que Dieu bénisse notre peuple, dans l’unité de l’archipel à savoir: Mayotte, Anjouan, Mohéli et Grande-Comore.

Propos recueillis par ARM

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© www.lemohelien.com – Jeudi 23 mars 2017.

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